‹ La province romaine de DalmatieChapitre 23 sur 32 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

El» Dalmatie sous Oioclétlen et ses •accesseur* Jusqu'à la mort de Théodose ( 235-295 ).

De tous ces empereurs illyriens, qui relardèrent de plus d'un siècle la chute de la domination romaine sous les coups des barbares , Dioclétien est resté le plus célèbre .

Né à Doclea en 245 (Dukle, près de Podgoritza), il atteignait l'âge de prendre les armes au moment où les Goths faisaient dans la Dalmatie orientale cette terrible irruption contre laquelle l'armée trop faible de Rome resta si longtemps impuissante, et à Toccasion de laquelle ses concitoyens a Respublica Docleatium :o dédièrent à Gallien , soit pour invoquer son secours , soit pour le remercier de son assistance, une inscription qui est parvenue jusqu'à nous * . Ces impressions de sa jeunesse , en même temps qu'elles décidaient de sa vocation et de sa fortune militaires, firent naître en lui, par le spectacle des maux qu'entraînaient à leur suite l'indiscipline de l'armée et l'anarchie du gouvernement, cette résolution qu'il poursuivit avec tant de fermeté et, pendant quelque temps, de bonheur, de faire cesser l'une et l'autre. Arrivé déjà sous Probus à un grand commandement en Mésie ,

il devint, par sa victoire sur Garin, seul maître de l'empire, qu'il garda pendant vingt ans (285-305), pour survivre encore huit années à son abdication. La durée de son pouvoir, la manière dont il l'organisa, celle dont il le quitta, les malédictions que les chrétiens ont répandues sur lui, tout a contribué à l'illustration de son nom, doublement cher aux Dalmates , et par son origine et par le magnifique souvenir qu'il a laissé sur leur territoire , ce palais dans l'intérieur duquel s'abrite encore aujourd'hui une partie de la plus grande ville de la Dalmatie, Spalato.

Le restaurateur de Tempire était précisément originaire de ces provinces, que son fondateur avait si difficilement soumises. Ce n'était même pas sur les bords de l'Adriatique , dans la partie policée de la Dalmatie , qu'il avait pris naissance , mais bien dans une des plus sauvages et des plus âpres régions de la contrée. Les conditions mêmes de sa naissance peuvent seules expliquer sa haute destinée. Il n'y avait que dans ces rudes pays que l'énergie se fut maintenue ; la passion naturelle pour le métier des armes y était encore excitée par le voisinage des barbares, et r exemple de ces soldats heureux qui étaient avant lui parvenus à Tempire n'excitait que trop, nous le savons , tous ceux que leur courage et leur mérite avaient fait sortir de la foule.

Les victoires de Probus et les concessions qu'il a\iiit faites aux barbares avaient assuré pour quelque temps la sécurité de Tlllyrie , à la condition toutefois de faire toujours sur la frontière ime garde vigilante. Dès 286, Dioclétien s'associait à cet effet à l'empire le Pannonien

Maximien. En 288 , tous deux marchaient contre les Germains, que Maximien attaquait par le Rhin pendant que Dioclétien luttait en Rhétie sur les bords du Danube. En 289 , les Sarmates étaient battus à leur tour. Mais Dioclétien prit une mesure plus efficace encore pour la défense et la protection de riUyrie, en reconstituant sous une forme nouvelle le grand commandement dont Aurélien avait été investi sous Claude. Deux Césars ayant été adjoints aux deux Augustes, Tun d'eux, Galérius, soldat intrépide et habile général , eut à ce titre la Thrace et l'Illyrie sous ses ordres. Sirmium devint une des quatre capitales de l'empire, et Dioclétien lui-même, bien qu'ayant sa résidence à Nicomédie , y fit , comme en témoignent les lois qu'il y promulgua, de. longs et fréquents séjours. Galère reprit les travaux que Probus avait déjà imposés aux légions. Une partie du pays fut déboisée , un lac desséché, bientôt môme une nouvelle province créée (295), la Valérie, Galère en môme temps battait plusieurs fois * les Carpes , et en 295 , Dioclétien transportait en Pannonie* toute la nation dont une partie y avait été déjà établie par Aurélien , système qu'il reprit plus tard pour les Bastames (299). Ce furent des soldats illyriens qui fournirent aux deux Augustes leurs gardes particulières , les Joviens et les Herculiens. Jusqu'en 203, disent les chroniqueurs , tout lui réussit. «Jusque-là, le règne de Dio-

* Jorn.; Hist. Goth,, 16 ; Amm. Marc, XXVIII, 1.

' Amm. Marc, XXVII, 5. — J'ignore sur quelle autorité s'appuie le traducteur d'Ammiea Marcellin. dans la collection Nisard, pour placer, à propos de ce passage, les Garpis(5ic) dans le Monténégro actuel.

394 OALMATIE.

clétiea se pouvait dire heureux, et^ selon Eusèbe, il n'y avait rien eu de plus florissant \ »

C'est à cette date de 303 que l'on place communément redit de persécution contre les chrétiens, bien que Ton fasse dater de Tavénement môme de Dioclétien «rère des martyrs d. Dioclétien, qui, moins patient que ses prédécesseurs, voulut être adoré de son vivant, devait nécessairement essayer d'arrêter les progrès d'une doctrine religieuse dans laquelle il pouvait voir, lui aussi, une menace ou une atteinte à son autorité de souverain pontife, une rébellion contre l'État. Son collègue Galérius, né comme lui dans la condition la plus humble, partagea et exagéra sa passion contre les chrétiens, dont les doctrines venaient à rencontre du plan qu'ils avaient adopté pour la restauration de l'empire et de l'autorité impériale. Constance Chlore, lUyrien comme eux, mais d'une famille déjà sortie de Tobscurité, s' associa plus faiblement sur ce pointa leurs sentiments et à leur conduite, sans les désapprouver toutefois; car si la persécution ne frappa pas les Gaules, il n'est pas aisé de soutenir que l'Espagne ait joui du même avantage ^. Gouverneur de la Dalmatie, il avait dû rencontrer des chrétiens à Salone, où ils étaient déjà nombreux, comme dans toutes les villes d'IUyrie, ce qui explique sa modération relative à leur égard.

Cette même année (303)', et Lactance voit une corré-

^ Tiilemont, Hisi. des emp.

2 Tiilemont ; Constantin, art. 3.

<* Les Actes de saint Félix, martyr, donnent pour gouverneur à la Dalmatie, au commencement du ive siècle, un certain Tarquinius

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lation étroite entre les deux événements, le palais de Nicomédie était détruit par le feu. Dioclétien fit alors commencer près de Salone la construction de la villa où il devait passer ses dernières années. Dès qu'il y fut fixé après son abdication, il n'en sortit guère que pour aller en 307 k Carnuntum (PelroneW) , assistera la promotion deLicinius à la dignité d'Auguste. Les truites de V ladre et les laitues de son jardin n'étaient pas seules à l'y retenir, et son séjour dans cette splendide résidence s'explique assez par les charmes qu'elle offrait, sous le climat le plus doux de la Dalmatie, à un vieillard fatigué par une existence des plus actives et affaibli par la maladie. Pour n'avoir point de licteurs, il n'en était pas moins Dioclétien, et le seul fait qu'il ait pu vivre et mourir tranquille dans sa retraite, au milieu des agitations de l'empire, indique assez que son souvenir était populaire et sa mémoire aimée. Il avait procuré vingt ans de repos à l'empire. Les lois qui nous restent de lui témoignent des soins qu'il donna à l'administration ; tout enfin parle en sa faveur, jusqu'à l'acharnement avec lequel les chrétiens ont détruit ou laissé périr tous les écrits qui le concernaient, jusqu'aux déclamations qu'ils ont dirigées contre lui, jusqu'aux pauvres inventions dans lesquelles ils ont voulu nous montrer la punition de ses édits contre eux. Gomme si l'opprobre que cette persécution attache à sa mémoire n'était pas la meilleure et la plus éclatante revanche

(Farlati; ///. sacr., I, 41) C'est vers la même époque que je placerai M. Aurelius Julius, que d'autres, nous l'avons vu, font contemporain de Trajan

que ses victimes aient prise aux yeux de la postérité! Ce palais de Dioclétien est non-seulement le plui beau vestige que la domination romaine nous ait laissé en Dalmatie, c'est encore un des plus curieux monuments que nous ait légués l'antiquité. S'il ne peut être comparé, pour le style, aux témoins du siècle d'Auguste ou de celui des Antonins, c'est un intéressant spécimen de l'art au commencement du iv" siècle. Décrit avec d'heureuses tentatives de restauration, au siècle dernier, par Adams et Clérisseau, et, au commencement de celui-ci, par Cassas, il a été, de nos jours, étudié avec soin par la Commission centrale de Vienne, et des travaux importants ont été entrepris, sous la direction de M. Glavinich, pour isoler et mettre à jour les parties les mieux conservées. Un plan général du palais, des rues et des constructions renfermées dans sa vaste enceinte et une description de son état actuel ont été, enfin, récemment publiés par M. Ch. Yriarte. « C'est, nous dit M. Dumont dans une de ces pages substantielles qu'il a consacrées à la Dalmatie, un de ces monuments si rares qui en apprennent plus sur une époque que toute une histoire*. » Rien de plus saisissant que l'aspect de cette longue façade dont les pieds baignaient autrefois dans la mer et

1 A. DumoDt ; Le Balkan et l'Adriatique, pag. 243.

La façade qui regarde la mer a 180n» de longueur et 35™ d'élévation. Des 50 colonnes qui la composaient et formaient une galerie de 25 pieds de largeur, 42 subsisloat (Cassas, îoc. cit,). Deux tours carrées à 4 élages la dépassent de 6™ en hauteur aux deux angles. Le côté sud a 210" dd développement. La tour qui îe termine à rextrémilé opposée à la mer n'a qve 2 étages, mais le surmonte également de 6".

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que, en entrant dans la baie, on voit fuir à sa droite le long des quais de Spalato, à moitié dissimulée derrière de misérables constructions adossées à sa base. Là se déployait une longue galerie de 180 mètres, dans laquelle aimait à séjourner l'empereur déchu. Cinquante arcades, dont les pilastres étaient surmontés de statues aujourd'hui disparues, la décoraient. A.u bas, une porte étroite et un couloir souterrain ouvraient sur la mer. Derrière étaient les appartements de l'empereur, dont l'entrée principale, parfaitement conservée, ouvrait sur une cour intérieure encadrée d'un immense portique aux colonnes élevées, se prolongeant jusqu'à la porte principale du palais, la porta aurea, de construction lourde et massive, mais imposante encore. A droite, en sortant des appartements, était le temple particulier de Tempereur : des sphinx en gardaient l'entrée ; il était dédié à Jupiter, dont Dioclétien avait pris le nom et le rang parmi les hommes. C'est une vaste rotonde dont l'unique et haute ouverture était, il y a quelques années encore, à moitié masquée par un orgue mesquin qui fermait presque entièrement Taccès à la lumière. Une galerie circulaire vers le haut, de vastes souterrains au-dessous, la complètent. Les sculptures, fort remarquables encore, qui ornent le pourtour de la galerie, témoignent pourtant, par les scènes qu'elles représentent, d'une époque de décadence artistique et morale. Ce sont des combats, des courses et des jeux dont les héros sont des amours. Longtemps l'on a voulu voir dans cet édifice un mausolée que Dioclétien s'était fait construire de son vivant. D'au-

très pensent que œlte destination était réservée, au contraire, à un autre temple de beaucoup plus petite dimension, situé en face, de l'autre côté de la cour intérieure. « La décoration, dit H. Dumont, n'en est pas moins riche que celle de la rotonde. Cet art est encore imposant et luxueux ; des rinceaux élégants, des feuilles d'acanthe, rappellent la belle époque ; mais des attributs orientaux, des figures mystérieuses et bizarres, montrent combien Tarchitecture gréco-romaine a subi l'influence de l'Asie: la pierre est ciselée de broderies sans nombre, comme sur les monuments romains de Balbeck et de Laodicée, de toute la Syrie. » Un des côtés de ce « temple d'Esculape », comme on l'a souvent désigné, est absolument nu ; il semble que le temps ait manqué pour l'achever et que personne n'ait pris souci, après la mort de son auteur, de continuer l'œuvre de ce païen. De nombreux bas-reliefs, provenant de différentes parties du palais, dont l'un surtout, dans lequel on a voulu voir la représentation ou le symbole de la lutte de Dioclétien contre Aper, ornent aujourd'hui le riche et intéressant musée de Spalato. Vers le nord, la ville moderne a tout envahi. Des arcades traversent les rues ; peu à peu, l'on est sorti de cette enceinte, dans laquelle les habitants de Salone trouvèrent, au moment des invasions, un précieux asile.

Une seule des façades de cette construction rectangulaire est restée intacte : c'est celle qui regarde le sud. Aucune des forteresses du moyen-âge n'a un aspect plus redoutable et plus sombre que ce haut et long mur

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que ne perce aucune ouverture, avec les deux énormes tours qui sont à ses angles, et la voie déserte que Ton suit à ses pieds. Les barbares avaient déjà plus d'une fois menacé Salone de leur approche, et Dioclétien n'avait-il pas, dans l'empire, des ennemis plus redoutables encore pour sa personne ? Un aqueduc, dont les traces et les débris étaient longtemps visibles, amenait dans rintérieur du palais les eaux de la colline voisine. Une restauration intelligente lui a rendu son ancienne destination, et depuis une année la ville de Spalato, s'alimentant aux mêmes sources, reçoit par le même canal cette eau dont l'absence est un si grand fléau pour toutes ces villes du littoral. Quel exemple à suivre pour elles ! Du règne de Dioclétien date un fait des plus importants pour l'histoire de la Dalmatie : sa division en deux provinces, d'étendue d'ailleurs fort inégale, dont la vie allait être maintenant absolument distincte. La Dalmatie proprement dite, dont Salone restait la capitale, et la Prévalitane*, qui allait avoir son gouverneur particulier résidant à iScodra (Scutari). Cette dernière, qui ne comprenait sur la côte qu'une ligne fort étroite de frontière maritime, allait en s'élargissant au nord, de façon à embrasser le Monténégro actuel, une partie de l'Herzégovine et de la Bosnie, enfermant ainsi dans ses limites la patrie même de Dioclétien, Doclea (Dukle). Peut-être même cette ville fut-elle la première capitale de la Prévalitane,

^ Prœvalitana {Not. dign.; Rufus, Lib. prov. rom.; Novell,, XI). PrîEvalis (Ruf., Brev.)y Upé^oàtç vi ;^wjo«(Proc.; G. goih., I, 15.), *E7ra/9 x^" n/îf€àXea)ç (Hiéroclès).

et faut-il faire remonter à cette époque une partie des édlQces dont les ruines attestent encore son ancienne importance : mur d'enceinte formant un parallélogramme, restes d'un aqueduc, d'un pont de pierre sur la Moratcha, d'un palais ou d'un temple appelé par les Monténégrins tsarskidvor (cour impériale), outre de nombreux fragments d'inscriptions, sculptures, colonnes*, etc.

Ce n'était là qu'une application partielle et nullement isolée du système général de gouvernement qu'avait adopté Dioclétien. Quelque jugement qu'on doive porter sur elle, la réorganisation administrative à laquelle est resté attaché le nom de Constantin , au reste lUyrien comme lui, est surtout son ouvrage. C'est un spectacle curieux de voir ce barbare de génie apporter à cette œuvre grandiose tant d'esprit de suite et de conduite. (( Dioclétien, dit fort bien Naudet*, soldat de fortune, aurait été un prince guerrier s'il n'avait eu un génie capable d'une plus grande gloire et d'un plus noble exercice de la dignité suprême. Il n'avait été soldat que pour acquérir le pouvoir d'être législateur. » « Il se trouve dans le code Justinien seulement, sans compter les autres recueils, plus de 600 lois ou décisions de Dioclétien. On en a conservé de lui plus que de tout autre prince'». Si ces lois ne sont pas toutes nouvelles, elles témoignent du moins d'une application soutenue à rétablir partout

^ Cose di Bosnia^ delBar*. deHelfert. (Bull, diarch. e st, dalm.^U, pag. 150.)

2 Naudet; Adm. de l'emp, rom.y II, 3* part., pag. 292.

3 /&i</., I, not. pag. 356.

DE OlOGLÉTIEN A THÉOOOSË. 301

le bon ordre dans la société civile comme dans l'administration. L'école de savants jurisconsultes qui, depuis Adrien surtout, faisait la principale et la plus solide gloire de l'empire, a sans doute le principal droit à la reconnaissance que méritent ces généreux efforts; mais il n'en est pas moins certain que leur œuvre fût restée encore pour quelque temps stérile, si Dioclétien n'avait pas assumé la tâche de réformer l'empire.

Il savait mieux que personne les dangers que faisaient courir à la transmission régulière du pouvoir la puissance et l'ambition des chefs d'armée, des gouverneurs de province, des hauts dignitaires de Tempire, et nous n'avons pas à exposer ici les conceptions heureuses ou malheureuses par lesquelles il essaya d'y porter remède. Qu'il nous sufiBse de dire que la Dalmatie, administrée dorénavant par un prœseSj profita de ces mesures pour mieux répartir les charges et relever la situation des décurions, comme elle souffrit d'un autre côté du poids des impôts que le nouveau système devait nécessairement aggraver et de ses persécutions contre les chrétiens. On veut même que, dès l'année 297, lesDalmates, irrités par le martyre de plusieurs chrétiens*, parents de Tempereur, mis à mort l'année précédente pendant son séjour à Salone^ aient proclamé dans cette ville un de ses généraux, Démosthènes^, lequel passé en Italie sur la flotte qui

* Parmi eux, saint Georges, évêque de Saîone. La Dalmatie aurait eu alors pour praeses, Dacianus, appelé Tannée suivante au gouvernement de la Syrie. (Farlati, IlL sacr.^ 1, pag. 677.)

2 Farlati; III. sacr.» I, pag. 784; TI, 380; Lago; Mem, suîla DaU mazia. I.

3(1^ DALIÏATIE.

était sous ses ordres, aurait détruit Ariminium (fiimini)^ mais serait mort après quatre mois d'empire, bien que saint Georges eût combattu pour lui. Un autre dalmate, saint Marin, aurait été plus heureux. Forcé par Dioclétien de travailler avec les autres chrétiens de son pays à la reconstruction à* Ariminium j il se serait ensuite retiré sur une montagne voisine avec quelques familles de ses compatriotes, et aurait été le fondateur d'une commimauté chrétienne, devenue plus tard le village et la république de Saint-Marin' .

Les pays que Diodétien détacha de la Dalmatie ne lui sont pas revenus. L'opposition même allait bientôt grandir entre les deux provinces voisines. Si, conune la Dalmatie, la partie occidentale de la Prévalitane est devenue slave, la partie orientale et Scutari elle-même sont restées albanaises Sous la domination lointaine de Constanlinople, ces populations allaient conserver cette indépendance que Rome n'avait que nominalement atteinte, et dont elles sont restées aujourd'hui si jalouses, soumises seulement à la condition de ne pas obéir, et n'ayant guère d'autre obligation que celle de fournir, comme autrefois à Rome, des soldats à leurs maîtres'. La Dalmatie n'en resta pas moins une des plus importantes provinces de l'empire. Lorsqu'on 325, Constantin eut achevé l'œuvre administrative de Dioclétien, Salone fut non-seulement un chef-lieu de province, mais lacapi-

* Lago. Op. cit., I.

2 Cf. A. Dumoat; Le Balkan et r Adriatique, ch. 3 : Scutari et les Albanais.

taie d'un diocèse de la préfecture d'Italie, celui deriUyrie occidentale, qui comprenait sept provinces, et c'est la Dalmatie que la Notitia dignitatum prend précisément pour exemple de la manière dont fut alors réglée l'administration d'une province.

L'abdication de Dioclétien et de Maximien fit arriver comme Césars, au partage de l'empire, deux lUyriens : Maximin Daia, neveu de Galérius et Sévère. L'Illyrie fut encore un des principaux théâtres de la nouvelle guerre civile , qui netarda pas à éclater. Galérius, devenu Auguste, la gardait dans son lot, et cette année même luttait contre les Sarmates'; mais, dès l'année suivante, la mort de Constance Chlore remettait tout en question. Maximien lui-même quittait sa retraite, Salone peut-être, pour reprendre un instant le pouvoir. Au milieu de toutes ces luttes, la Dalmatie et les provinces illyriennes passèrent successivement de Galérius à Licinius, et de celui-ci à Constantin, lorsqu'un nouveau partage eut réduit Licinius vaincu à la possession de l'Orient (314)'. Maximien avait vainement tenté d'entraîner dans sa cause les chefs militaires et l'armée d'Illyrie*. Ils étaient restés fidèles à Licinius, l'avaient aidé à triompher de Maximien, (313)*, mais avaient succombé avec lui à Cibalis (Vinkovtze), et à Philippopoli.

En 323, Constantin devenait maître de tout l'empire.

* Zon.j Ann., XII, 33; Tillemont, IV, pag. 89.

2Z03., Il, 21.

3/Wd.. H.

* md.^ 17.

304 DALIIATIK.

La fondation de Gonstantinople eut une grande influence sur les destinées de la Dalmatie et de l'illyrie loul entière. Ces provinces, qui avaient été le rempart do Rome, et, à ce titre, avaient depuis plus d'un siècle et demi surtout fixé presque constamment sur elles ratlention des empereurs, n'avaient plus la môme importance, la Dalmatie principalement, maintenant que la capitale était transportée sur les rives du Bosphore. Elles allaient être moins énergiquement défendues, abandonnées en quelque sorte aux barbares comme rançon de Gonstantinople et de Rome.

Il semble que Constantin ait hésité d*abord à les rattacher à l'un ou à l'autre empire. Zosime en effet, en décrivant la manière dont les provinces furent réparties entre les quatre préfectures, met dans la deuxième les Macédoniens, les Thessaliens et les Cretois, la Grèce et les îles qui l'entourent, les deux Épires, et en outre les lUyriens, les Daces, les Triballes, les Pannoniens jusque et y compris la Valérie, et enfin la Mésie supérieure; Sirmium était la capitale de cette préfecture. Ce fut un remaniement de cette première répartition qui transporta à la préfecture d'Italie la Dalmatie, la Savie, les deux Pannonies et la Valérie, c'est-à-çlire l'illyrie proprement dite, dont le nom resta néanmoins à la préfecture qui les avait autrefois contenues dans sa circonscription. Sous Constance, on voit encore résider à Sirmium, la mère des villes, peuplée et célèbre*, en qualité de pré-

1 Urbium matriset populosœ et celebris. (Amm. Marc., XXI, 10.)

DE DIOGLÉTIEN A THÉODOSE. 305

fets du prétoire d'Illyrie, Anatole et Florence (361)*; à cette même date, un comte Lucilianus, commandant les forces militaires de la région, y a son quartier-général'. Il essaie de résister à Julien, à l'approche duquel Florence et le préfet du prétoire d'Italie, Taurus, se sont enfuis en toute hâte', et a pour successeur Jovin, tandis que Mamertin réunit entre ses mains Tlllyrie et Tltalio, que Julien ajoute à la première préfecture*. Le nombre des préfectures se trouve réduit à trois. Sirmium (Mitrovitz) garde néanmoins son rang de capitale, et c'est dans cette ville qu'en 364, Valentinius et Valens se partagent l'empire. Le fait qu'Equitius, comte, puis maître de la milice, ait combatttu Procope et ses partisans, et prêté secours à Valens, ne prouve pas qu'il ait été directement sous ses ordres. Bien qu'Auguste, Valens n'en était pas moins sous l'autorité de son frère*^. Nous voyons même qu'en 368 Mamertin est remplacé à la préfecture du prétoire de Rome par Vulcatius Ruflnus', et que Valentinien fait brûler pour des peccadilles Dioclès, employé du comte des largesses en Illyrie. Le comte Sébastien commande encore à la fois aux troupes d'Italie et d'Illyrie^ et en 375 c'est Valentinien qui reçoit à Carnunte (Petronell) les plaintes que lui envoie TÉpire,

* Amm. Marc, XXI, 6.

2 Ibid., 9.

3 Ibid., 8.

* Tillemont; Hisl. desemp., V, pag. 21.

^ Participam quidem legitimum polestatis sed ia inodum adparîtoria morigerum. (Amm. Marc, XXVI, 4.) « Amm. Marc, XXVII, 7.

par le philosophe Iphiclès*, sur le compte de Probus\ successeur de Yulcatius Rufinus.

L'Illyrie et Fltalie étaient donc alors placées sous la même autorité et toutes deux relevaient de Tempire d'Occident; sous Gratien, après la mort ou la révocation de Probus, les deux préfectures sont de nouveau divisées : Jules Ausone, père du poète, est préfet d'Illyrie, et Antoine d'Italie. Peut-être la dignité d' Ausone n'était-elle qu'honorifique', car on les trouve encore réunies sous Théodose (383), et elles semblent n'avoir été séparées qu'à la mort de cet empereur» lors du partage définitif de l'empire, l'IUyrie de Constantin ayant elle-même été scindée entre les deux*.

Grâce aux efforts de Dioclétien et de Galérius, les deux grands courants de barbares qui menaçaient VIllyricum s'étaient provisoirement écartés de ses frontières du nord ; les Goths, établis maintenant dans la Dacie riveraine du Danube, avaient même fourni à Constantin des auxiliaires dans sa première guerre contre Licinius, et les Germains se portaient sur le Rhin. Mais aucun do ces peuples ne pouvait résister à la tentation de se joindre aux bandes nouvelles qui arrivaient sans cesse, ot c'est ce qui explique que les historiens désignent avec si peu de précision l'origine et la qualité des envahisseurs. En 322, les Sarmates se jettent sur laPan-

* Amm. Marc, XXX, 5.

2 Amm. Marc, XXVII, 11. Petronio ProboV. G. totiua admirationis. . . Praef. prœtorio Illyrici. (J. /. L., V, 1, 3344.)

3 Tillemont, V, pag. 149.

* Bœcking; Not, dign,, vol. II, pag. 141 etsuiv.

nonie et la Mésie*; Constantin les rejette au-delà du Danube. En 323, les Goths ravagent laThrace et la Mésie*, mais ils sont à leur tour repoussés et forcés de rendre les prisonniers qu'ils ont enlevés dans leurs courses. Constantin passe toute Tannée 329 dans la région du Danube; en 332, il défait encore successivement les Sarmates et les Goths, guerres dans lesquelles se distingue surtout, d'après Julien, le jeune César Constantin son fils, et, grâce à sa vigilance, préserve la Dalmatie de toutes ces invasions. Le but de toutes ces attaques est moins Contantinople, naissante et sans prestige aux yeux de ces barbares, que le désir de s'établir sur les rives fertiles du Danube. L'espoir de piller le nouveau séjour des empereurs va les attirer quelque temps avec plus de force vers le cours inférieur du fleuve, mais ils renonceront facilement à surmonter les obstacles qu'ils rencontreront de ce côté pour se jeter à l'ouest, sur les pays mal défendus deFIllyrie, d'où ils pourront, au besoin, s'élancer sur la terre qui est toujours le principal objet de leur ressentiment et de leur convoitise, sur l'Italie et sur Rome.

Aucune mesure ne fut plus funeste à ces régions et à l'empire que la destruction par Constantin des ce confins militaires» qu'avait constitués Dioclétien sur toutes les frontières de l'empire. Des villes fortes, des châteaux forts et des bourgs fortifiés avaient été assignés pour résidence aux légions % qui, comme naguère les régiments

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