‹ La province romaine de DalmatieChapitre 24 sur 32 · Z0S..II · texte numérisé non relu

Z0S..II

* Tillemont ; L'emp. Constantin,

3Zos.,II, 34.

308 DALMATIB.

des Confins, possédaient autour de ces stations des territoires' et étaient par là même les premières intéressées à repousser les barbares. En revanche, il établit à son tour quelques peuplades ennemies sur le territoire romain. Les Vandales vinrent se fixer, avec son consentement, dans la Pannonie et y séjournèrent pendant quarante ans, «se soumettant, dit Jorrandès', aux lois de Tempire comme les habitants de cette province».

Constantin ne réussit pas mieux que Dioclétien à préserver l'empire des guerres civiles. Aux prétendants qui sortaient des armées, ils n'avaient fait que substituer des prétendants sortis de la famille ou du choix des empereurs, et les querelles religieuses allaient encore ajouter de nouveaux éléments de discorde et de faiblesse.

Le triomphe du christianisme était devenu inévitable. Mais il existait encore dans l'empire trop de partisans intéressés ou convaincus des anciennes doctrines ou des anciens usages pour que sa substitution à l'ancienne religion pût s'opérer sans résistance. De plus, les divisions allaient éclater parmi les vainqueurs. L'organisation que le concile de Nicée avait donnée à l'Église en faisait une puissance redoutable, capable de s'élever un jour comme une puissance rivale en face de l'autorité civile. Constantin avait trouvé parmi les chrétiens un appui ; Dioclétien lui-même en avait admis quelques-uns aux plus hautes charges. Plusieurs membres de sa famille avaient, comme

* Eph. ep., II, 4, 696 i insc. d'Alexandre Sévère : t territorio legionis II, ad. p. f.»

^ JorQ.j//w/. Goth., 22.

nous l'avons vu, adopté la religion nouvelle, et peut-être même sa femme et sa fille. Constantin était né d'une chrétienne, sainte Hélène, que quelques historiens dalmates font originaire de l'île de Brazza. La Dalmatie comptait, principalement sur le littoral, de nombreux chrétiens. L'église dalmate voulait même se rattacher aux apôtres. D'après ses traditions, saint Pierre aurait traversé la Dalmatie ; saint Paul aurait abordé à l'île de Meleda selon les uns, à Lacroma selon les autres ; saint Luc, l'évangéliste, y aurait fait des disciples; saint Jacques, saint Jean, l'auraient visitée ; saint Tite, disciple de Paul, y aurait fondé la première église, et saint Domnius ou Doïmio, disciple de Pierre, aurait été le premier évoque de Salone, Bien plus, saint Pierre aurait contribué, nous dit Farlati, à l'apaisement de la révolte do Scribonianus. Les écrivains ecclésiastiques admettent toutefois eux-mêmes que la Melita, où parut saint Paul, serait ^aZ^e et non Meleda. Dès 110, quarante-cinq chrétiens, et parmi eux saint Doïmio, subissaient, nous en avons parlé, le martyre sousTrajan. En 1 17, saint Anselme fondait l'église à'jEnona{NonB)] en 226, Épidaure (Ragusa Vecchia) avait un évêque, et dèsle m® siècle, comme l'attestent quelques monuments chrétiens trouvés à Salone ^ on y pouvait faire ouvertement profession de la foi nouvelle. C'est sous Dioclétien que l'on place le martyre de saint Chrysogone et de sainte Anastasie, aussi vénérés à Zara [lader) que saint Doïmio à Spalato, qui a remplacé Salone (289).

De nouveaux sièges épiscopaux devaient venir bientôt s'ajouter à ceux de Salone^ d'Mnona et d' Épidaure, et Ton

3 h» DALMATIE.

voit figurer au premier concile provincial de Salone (530), des évoques de lader (Zara), Arbe^ Siscia^ (Sissek), Épidaure (Ragusa Vecchia), Scardona, Narona (Viddo), Bistue (Ghuitza di Duvno), el celui d'un diocèse appelé Martarir tanus,

M. Glavinich croit pouvoir Tassimiler à celui que Ton appela plus tard Mostaritanus y et en place le. siège à Mostar. Les sièges de Doclea (Dukle), Scodra (Scutari),et Antivari étaient en dehors de la circonscription ecclésiastique de Salone^ comme la Prévalitane en dehors de la Dalmatie.

Dès 532, trois nouveaux évôchés étaient encore créés: ceux deil/wccu?'w?n(Macarsca),I'wrfri^m(Livno) et Sarsiteron (Rochkopolye, entre Imoski et Livno), et on connaît Texistence, à la fin du même siècle, d'un autre diocèse çRhiziniensis ou Rosensis) dont le siège était Risano*.

Une circonstance, au reste, favorisait singulièrement les progrès de la prédication ; l'absence, chez ces populations, de tout culte positif et de toute croyance. On ne trouve en effet, en dehors des quelques points de la côte qui avaient reçu des colonies phéniciennes ou grecques, aucun vestige d'une religion, de croyances établies antérieurement à la conquête romaine. Encore aujourd'hui, malgré les relations amicales ou ennemies, volontaires ou forcées qu'ils ont et ont eues avec les autres

^ Cf. Farlati, lll, sacr.y I et II; Bull, diarch. est, daim. y 1, pag. 38 et suiv. ; Lago, Memorie sulla Dalmazia ; Fabiaaich, La Dalmazia mi primi cinque secoli del Cristianesimo ; Angelo Naai, Prospetto cronolo' gico delta sioria délia Dalmazia.

peuples, bien qu'habitant une région placée sur les confins de plusieurs communions acharnées les unes contre les autres et souvent en lutte, les Albanais semblent, au point de vue religieux, de la plus complète indifférence. Le Slave, leur voisin, qui leur ressemble par tant de points, est, par tactique ou par conviction, fortement attaché à sa confession religieuse. Grec ou catholique, musulman même, comme en Bosnie, il a un drapeau religieux autour duquel il se serre. Raguse, qui est à la porte de rAlbanie, est peut-être la ville qui a, proportionnellement à sa population, le plus grand nombre de chapelles. Tous ceux qui ont parlé des Albanais, surtout G. de Hahn, M. Dozon, M. Albert Dumont, nous les représentent comme superstitieux, croyant au mauvais œil, aux charmes, consultant encore les aruspices, et n'ayant de vénération véritable que pour les forêts et les sources. « Ces hommes sentent, dit M. Alb. Dumont, qu'une puissance supérieure les domine, qu'ils doivent supplier Dieu de leur être bon ; mais ce respect, cette sorte de terreur, ne sont chez eux que très rares. L'Albanais est irréligieux, ou plutôt il ne songe pas à la religion ; sa piété n'a ni symbole précis ni credo bien défini. Si par habitude il suit le culte cathodique, il dira à ses heures : « Le Dieu de Mahomet aussi est grand ! » et de même les musulmans viendront trouver le prêtre chrétien, iront aux panégyries de saint Georges, à la fête de Noël surtout, brûleront des cierges à saint Nicolas. Quand l'esprit a cette indécision enfantine, tout au plus peut-il imaginer que son dieu et ses saints aient une

312 0ALMATI8.

préférence pour leurs fidèles ; mais qu'un autre Dieu et d'autres saints adorés par des étrangers soient aussi puissants, ni l'Albanais, ni quelque race primitive que ce soit ne peut en douter. Dieu est un génie bienfaisant, non une nature supérieure : les dieux peuvent être nombreux ; c'est ce qui explique cette indécision de foi qui frappe si fort en Albanie, où il est souvent difficile de savoir si un habitant est chrétien ou mahométan'.]»

Les Romains n'avaient point essayé de les plier à leurs habitudes et à leurs usages. Le culte officiel avait nécessairement pris possession des villes le jour où s'y étaient établis les magistrats de Rome, mais le pays était à peine dompté lorsque les premiers apôtres du christianisme yparurent. La religion de l'État avait naturellement pour elle d'abord les colons romains^ les légionnaires, le gouverneur et leur suite. La plus grande partie des indigènes l'accepta comme une nécessité de la conquête, puisque sa méconnaissance eût été comme une protestation contre la souveraineté de l'empereur. Les dieux les plus nouveaux, ceux qui étaient encore, si l'on peut dire, en voie de formation, furent acceptés comme les plus anciens, leur furent préférés même, comme pouvant être d'un secours et d'un profit plus immédiat. Jupiter Auguste, Junon Augusta, c'est-à-dire Auguste et Livie, eurent, nous l'avons vu , leur temple à lader (Zara) ; Scardona accepta avec empressement le culte des empereurs ; l'autel d'Auguste devint le centre commun de la Liburnie ; des collèges

i A. Dumont ; Le Balhan et V Adriatique, 5 : Scutari et les Albanais.

do prêtres s'organisèrent partout; tous les dieux et toutes les déesses furent accueillis, sans souci de leur provenance, avec une égale tranquillité d'âme, et ceux de Syrie* et d'Egypte eurent leurs autels à leur tour. Dans un pareil milieu, se présentant avec l'incontestable supériorité de leur enseignement et de leur doctrine, ne trouvant en face d'eux aucune de ces résistances que provoque l'attachement aux anciennes croyances lorsqu'il est comme une des formes du patriotisme, les chrétiens devaient trouver aussi des sectateurs. Bien plus, ce qui faisait pour le plus grand nombre le succès de la religion officielle, l'entachait déprime abord, aux yeux de quelques autres, d'un vice originel; ceux qui regrettaient l'ancienne indépendance, les mécontents que fait toujours un régime, quel qu'il soit, durent se jeter par opposition dans les idées chrétiennes, et c'était sans doute ce caractère qu'avait pris le christianisme en Dalmatie, puisque nous voyons la persécution ^ sévir sous Trajan, qui, nous le savons pertinemment par ses lettres et par celles de Pline^, ne poursuivit en eux que des ennemis politiques et des rebelles. Qu'avec cette indijQTérence native de leur caractère les Dalmates aient été jusqu'à subir la persécution pour leur foi, il n'y a pas lieu de s'en étonner : quelle est donc la cause qui n'ait pas trouvé parmi eux ses martyrs?

Constantin avait, de son vivant, associé comme Césars à l'empire ses trois fils, son frère et ses deux neveux,

i Dis Syris. C. I. L.y , 1, 1961.

a Cf. PI. J,;LeH., X, 79.

314 DALMÂTIE.

dont Tun portait, du pays de sa naissance, le nom de Delmacius ou Dalcnacius. L'IUyrle avait été dans ce partage attribuée au plus jeune fils deTempereur, Constant; la Thrace et les pays opposés aux Goths, à Dalmacius, prince instruit en même temps que bon général. Dalmacius disparut le premier et Tlllyrie resta dans le nouveau partage sous la puissance de Constant, que la mort de Constantin II, son frère, rendit bientôt maître de tout l'Occident.

Ce sont là les seuls exploits qui lui ont valu les surnoms de vainqueur, triomphateur et toujours Auguste, que nous trouvons sur les inscriptions érigées en son honneur par le président de la Dalmatie, FI. Julius Ruflnus Sarmentius, V. C. *: « Virtute et felicitate onmes rétro principes supergresso », dit l'une d'elles. Son courage et ses vertus consistaient à vivre dans la mollesse pendant que les barbares ravageaient la Gaule ; son bonheur, à voir les légions proclamer Magnence et à périr lui-même misérablement dans sa fuite. Les légions d'IIlyrie, pour un empereur qu'avaient fait celles de Gaule, en firent deux: Valérien en Dalmatie, Vétranion en Pannonie^; empereurs éphémères, dont le premier même n'est nommé par aucun des écrivains de l'antiquité, et qui ne tardèrent pas à succomber devant Constance. Vétranion, par égard pour ses services rendus, ses qualités rares chez un homme complètement illettré, et sa

2 Zon., XII, 5; Zos., IF, 43; Eutr., X, 10; Amm. Marc.,* XV, 1; XXl, 8 ; Julien, {•' Pan. de Gomi., 28.

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soumission volontaire, put aller vivre dans la retraite en Bithynie. Mais TlUyrie fut le théâtre d'une lutte acharnée entre Constance et Magnenco. Le dernier ne succomba, après plus de trois ans de règne, qu'au prix de sanglants combats, et Constance crut pouvoir consacrer par un arc de triomphe cette victoire sur des généraux et des provinces de Rome * .

La Dalmatie avait été beaucoup moins éprouvée dans cette lutte que la province voisine dePannonie. Les légions illyriennes, dont le secours avait été si précieux pour Constance, lui restèrent néanmoins suspectes. En 354, il fit mettre à mort, sur de simples soupçons, un gouverneur de Pannonie, Africanus^. L'année suivante, les barbares, Suèves, Quades etSarmates, attaquaient toute la frontière du Nord, depuis la Rhétie jusqu'à la Mésie. Constance vint à Sirmium prendre en personne la direction de la défense, mais les deux Pannonies et la Mésie supérieure n'en furent pas moins ravagées. Au lieu de s'avancer en masse, les barbares s'étaient divisés en une foule de bandes qui couraient le pays en tous sens et dont quelques-unes purent, à la faveur de la vitesse et de la docilité de leurs montures', s'avancer jusque sur le territoire de la Dalmatie, grâce aux routes qui pénétraient de la Pannonie dans l'intérieur de cette province. Constance résolut alors déporter la guerre en pays ennemi, et la rapidité de sa marche, la vigueur de ses coups,

* Amm. Marc, XXI, 16.

2/d.,XV, 3.

3 /d., XVII, 12 et suiv.

3 ! 6 OALMATIE.

détermioèrent Quades et Sarmates à demander la paix (357). Deux ans après, une nouvelle attaque des Limigantes venait encore épouvanter les frontières. Constance, qui se trouvait eu ce moment à Sirmium, marcha de nouveau contre eux, et cette fois ils furent exterminés (359) \ Ces opérations énergiques avaient donné à Constance c le Sarmatique j> une certaine popularité dans l'armée d'Illyrie. Aussi, à peine proclamé par ses légions empereur (361), Julien se dirigea- t-il en toute bâte vers elle, afin de Tentralner dans sa cause avant qu'elle eût eu le temps de se prononcer. Ce coup d'audace lui réussit à merveille. La ville et la garnison de Sirmium le reçurent ensuite avec enthousiasme. Mais deux légions envoyées par lui de Flllyrie dans les Gaules se révoltèrent à Aquilée. Il fallut les assiéger dans la ville, qu'elles ne rendirent qu'à la nouvelle certaine de la mort de Constance '. Le maître des offices, Florence, fils de Nigrinien, fut rélégué en exil dans l'île de Boœ (Bua), en Dalmatie*.

Appelé en Orient par les attaques des Perses, Julien prévit avec habileté et promptitude à la sûreté derillyrie. Les victoires de Constance avaient d'ailleurs porté leurs fruits, c'est-à-dire assuré quelques années de repos de ce côté, le seul résultat auquel on pût alors prétendre en présence de Tébranlement général du monde barbare. En 371, la paix fut subitement rompue par un soulève-

i Amm. Marc, XIX, 11.

^/d., XXI, 10, 11.

3 Gontrusus est in insulam Dalmatiae Boas, (/d., XXII, 3.)

ment des Quades. Les travaux de défense entrepris sur l'ordre de Valentinien au-delà de la frontière et l'assassinat par trahison du roi des Quades, provoquèrent chez ce peuple et ses voisins une violente colère. Ils se précipitèrent sur l'empire, ravagèrent la Pannonie et la Valérie, massacrèrent deux légions, tandis que d'autres barbares attaquaient la Mésie, mais étaient repoussés par Théodose. L'empereur d'Occident, Valentinien, les poursuivit audelà du Danube, ravagea leur territoire, mais mourut de colère en négociant avec eux. Une crise plus terrible encore se préparait pour l'empire.

En 376, les Goths, chassés par les Huns, venaient demander à Valens la permission de franchir le Danube, et, avec l'autorisation et l'assistance de ce prince, s'établissaient sur la rive droite du fleuve. Ils ne restèrent pas longtemps paisibles. Les perfidies des officiers de l'empereur provoquèrent un soulèvement terrible, à la suite duquel l'empereur Valens fut battu et tué à Andrinople (378). Gratien, qui s'était avancé avec une partie de ses forces jusqu'à Sirmium\ne put empêcher quelques-unes

1 M. de Sainte-Marie {Les Slaves méridionaux, chap. 1, pag. 133) dit à propos de cette marche de Gratien : c Gratien dirige ses forces sur rniyrie; ses troupes remportent une victoire à Argenleria (Srebnitza), sur laDrina (en Oaimatie), et les Sarmates sont repoussés. » Or, cette victoire d'Argenteria fut gagnée, nous dit Ammien Marcellin, sur les Allemands Lentiens, qui ayant appris que Gratien, sur l*appel de son oncle, portait ses forces vers l'Orient, avaient franchi le Rhin. C'est donc en Gaule et non en Dalmatie que fut livrée cette bataille (Amm. Marc, XXXI, 10), qui eut, dit cet historien, l'immense résultat de tenir rOccident en respect, et après laquelle, faisant filer ses bagages en

de leurs bandes de pénétrer à travers rillyrie jusqu'aux Alpes Juliennes ' . Saint Jérôme * fait un tableau navrant de rétat de toutes ces provinces, où la famine et les tremblements de terre venaient s'ajouter aux désastres de l'invasion. Mais le gros de la nation, après une tentative sur Gonstantinople, s'établit dans la Thrace et la Mésie ripuaire, et Gratien, désespérant de les vaincre, traita avec eux. En 379, Gratien s'adjoignit Théodose; ce fut encore à Sirmium^ malgré les désastres que la foudre avait occasionnés dans la ville et la destruction de la résidence impériale, qu'il le déclara Auguste et fit avec lui le partage de l'empire. D'après Sozomène*, il lui donna l'Orient et l'Illyrie, et Tillemont * place à celte date la division de Vlllyricum en deux parties telles qu'on les retrouve dans la Notitia, La mention dans le Code Ihéodosien, en 383, de 1' oiomne Illyrioum » dans les pays restés sous l'administration de Probus, ne s'appliquerait, dit-il, qu'à la partie de l'Illyrie restée dans sa circonscription. Il tire le principal argument en faveur de sa thèse, du séjour que Théodose fit immédiatement après à Thessalonique, où il reçut l'hommage de tous les officiers placés sous ses ordres. Cette division nouvelle pourrait, en effet, se justifier par l'intérêt de plus en plus grand

avant par la route de terre, lui-même desceadail le Danube avec ses plus légères troupes, débarquait à Bononie (Widdin), et de là gagnait 5irwiwm (Mitrovitz) . (Amm. Marc, XXXI, 11.)

1 Amm. Marc, XXXI, 16.

2 Saint Jérôme; Lett., 37.

» Sozom., VII, 4.

* Till., V, pag. 157 et note 14.

DB DIOGLÉTIEN A THÉODOSE. 319

qu'avaient les maîtres de TOrient à protéger la Thrace, la Macédoine, la Mésie et la Thessalie, toujours infestées par les barbares. L'empereur d'Occident avait assez à faire sur le Rhin, et la lutte sur les bords de l'Euphrato perdait, aux yeux des Byzantins, de son importance quand les Goths paraissaient jusque dans la campagne de Constantinople. En 379, en 380, en 381, Théodose luttait encore contre eux. Mais toutes ces raisons, qui décidèrent en effet plus tard du son de TlUyrie, ne peuvent prévaloir contre un texte formel.

Théodose fut, à son tour, réduit à traiter avec les Goths. Leur pays était occupé par les Huns, ennemis plus terribles que les soldats de l'empire, et il ne leur restait d'autre ressource que de s'établir sur le territoire romain. La Thrace était, au reste, vide d'habitants. Théodose et Valentinien en étaient réduits à exempter de la capitalion ses laboureurs et ceux de l'IUyrie*; il avait fallu armer jusqu'aux esclaves. Les Goths pouvaient, en même temps, défendre leur nouveau territoire et en remettre le sol en culture. Sous ce rapport, la mesure présentait quelques avantages, mais il eut le tort de les laisser subsister comme corps de nation, ce qui exposait l'empire à de nouvelles offensives.

L'IUyrie restait unie à l'Italie et continuait à former avec elle une seule préfecture. En 384, elles ont comme préfet Praetextatus. C'était reconnaître que le sort de ritalie et de Rome était étroitement lié à celui de l'IUyrie,

* Cod, Jusl., XI, t. 51, 52.

320 DALIIATIE.

et que celle-ci ne pouvait, sans danger pour Tautre, tomber entre les mains des barbares. Mais Rome était devenue impuissante à les défendre. En 392, les barbares s'avançaient encore à travers Tlllyrie jusqu'aux Alpes Juliennes; Tannée suivante, ils ravagaient encore la Dalmatie et détruisent Stridon * , la patrie de saint Jérôme. En 395 mourait Tbéodose, et la même année le chef des Wisigoths, Alaric, pénétrait en Grèce : c'en était fait de l'empire.

Rome ne conserve plus désormais qu'une ombre d'autorité sur les provinces. En Occident surtout, dans la partie de l'empire démembré à laquelle appartient la Dalmatie, les empereurs ne sont plus que des fantômes. La chute de la domination romaine était devenue inévitable ; l'intérêt s'éloigne d'elle. Ce sont désormais les barbares qui tiennent le premier rang dans l'histoire; ce sont même les barbares qui sauvent seuls, au milieu de cet épouvantable conflit, l'honneur des armes romaines. Ce ne sera toutefois aucun des peuples de ce premier ban d'envahisseurs qui s'établira définitivement

* M. Tomaschek (Op. cit.) place cette ville à Topusko, sur laGlina. M. Glavinich (Bull, di arch. e st. daim. y IV. pag. 68) combat cette opinion. Selon lui, Stridon aurait été dans la Dalmatie proprement dite. Tous deux s'appuient sur le témoignage de saint Jérôme lui-même: c natus . . .oppido Stridonis, quod a Gotis eversum, Dalmatiae quondam Pannoniaeque confinium fuit». Il me semble difficile d'admettre, avec M. Glavinich, que saint Jérôme ait eu en vue les frontières des «Dalmates primitifs». Mars rien, d'un autre côté, n'autorise dans le texte à porter Stridon à l'ouest plutôt qu'à l'est, dans le voisinage des Goths, où j'inclinerais à la chercher.

DE DIOGLÉTIEN A THÉODOSE. 321

dans la Dalmatie. Tour à tour abandonnée et reprise par les empereurs, occupée, pillée, rançonnée, dévastée par les barbares, elle eut encore, pendant le v* siècle, quelques jours de repos et d'éclat. Quand la flotte de l'Orient viendra abriter ses nombreux navires dans le port de Salone^ elle croira pendant quelques instants, trop courts, hélas ! pouvoir renaître à l'espérance. Un de ses enfants, Marcellin, prendra le titre de roi de Dalmatie (461), et s'illustrera par de nobles efiforts pour reconquérir les provinces occupées par les barbares * . Mais l'horizon ne tardera pas à s'assombrir de nouveau. Au début de ces malheurs et de cette épouvantable époque, une voix s'élève, dont les accents énergiques retentissent encore au milieu du choc épouvantable des deux mondes. Un siècle et demi plus tôt, les empereurs illyriens avaient pu sauver Rome ; saint Jérôme ne peut maintenant que gémir sur sa chute. Quel émouvant tableau il nous trace des souffrances de sa patrie ! Et pourtant il n'avait point vu les horreurs de l'invasion hunnique! Sa virile et sauvage éloquence, résonnant au milieu du désert que la guerre et la famine ont fait autour de lui, attestent du moins que tout n'était pas mort de l'ancien ordre de choses. Ce qu'avait édifié la force allait périr par la force ; mais la meilleure partie de l'œuvre de Rome allait survivre à sa domination politique. Gon stantinople allait lui disputer la royauté des âmes, mais s'incliner devant son œuvre

* Cf. Proc; G. Vand.f I, 6. Amédée Thierry; Récits de Vhist. rom, au V« siècle, pag. 88 et suiv.

322 DALMAT1E.

administrative et ses lois. Et ce soin avec lequel on recherche aujourd'hui tous les souvenirs matériels que Rome a pu laisser sur les territoires autrefois placés sous son obéissance, n'est-il pas le meilleur hommage que Ton puisse rendre à la souveraineté de son génie, à la grandeur de son œuvre, dont on voudrait faire revivre jusqu'aux ruines ?

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