CHAPITRE m
Li'Illyrle Ju0<iu*à ses premleps rapports avec Rome.
g I. — Premières migrations éTRANGÈRES en Illtrie.
Ce fut naturellement par mer qu'eurent lieu les premiers rapports de Tlllyrie avec les peuples plus tôt civilisés de l'Orient, et son nom se trouve mêlé aux deux mythes de Gadmos et d'Héraclès.
Suivant ceux des mythologues et des historiens qui font venir Gadmos en lUyrie, le héros phénicien, chassé de ThèbeSy se serait réfugié, avec sa femme Harmonie\ chez les Enchèles, dans le voisinage d'i4;?oWoni^ * (Pôïanni*,)près de l'embouchure de l'i^ 005 (Voïoussa). Devenu leur chef, il marche quelque temps après, à leur tête, contre les lUyriens. Geux-ci avaient pour roi Licoterse*, époux d'Agave, fille de Gadmos, qui, poussée par les remords à quitter Tlièbes, après le meurtre de son mari, Penthée, le spoliateur de son père, s'était réfugiée auprès de lui. A l'approche de Gadmos, Agave assassine son
» Apollodore ; BibL, III, 5. Cf. 2
2 Scymnos . v. 439; cf. Hécatée, fr. 73 (éd. Didot); Straboa, VII, 7, 8.
3 Heuzey. Mission archéologique de Macédoine, pag. 393 et suiv.
* Hygin ; Fab,, éd. Schmidt, Téna. 1872, n9 184 ; ou Lycotherse (no» 240 et 254).
PREMIÉRBS MIGRATIONS. 49
nouveau mari pour donner le trône à son père, et Cadmos règne ainsi sur tout le pays qui s'étend des monts de la Chimère {Acrocérauniens)k la Narenta. Il y fonde, à Tintérieur, Lychnidos^ (Ochridha, près du lac de ce nom, anc. LychnitisJ) ; sur la côte, à Tendroit où il l'atteint dans sa fuite, traîné par des bœufs, Buthoè* (Budua), et les lUyriens, dont le nom vient, selon quelques auteurs, de son fils Illyrios*, lui élèvent à l'entrée du golfe Rhizoniques, ainsi qu'à sa femme Harmonie, des tombeaux et un temple*.
Bien que Pausanias ' appelle les Enchèles un peuple illyrien, et qu'ils le soient devenus en effet à partir de cette époque, la distinction établie par tous les autres écrivains entre eux et les lUyriens mérite une sérieuse attention. La résolution prise par Cadmos de se réfugier chez les Enchèles, l'accueil qu'il reçoit d'eux, la dignité dont ils le revêtent, semblent établir entre les Phéniciens sortis de Thèbes et les Enchèles une étroite parenté. Si pour quelques-uns leur nom a une origine grecque et
• Anth.gr., éd. Hachette, pag. 234, no 697.
apouqueville (Koy, en Grhce, II, pag. 396, 400) et M. Deidevises da Dézert (Géogr, anc, de la Macédoine, pag. 235) le placent à Achridha, près de la source de Saint-Naum, sur la côte sud-est du môme lac j M . Zippel, entre Strouga et Ochridha.
3 Steph. Byz., v. BouGoij-
* Ibid., v.'impia.
^ Scylax, ch. 24; Apoll. Rh., IV, v. 517.
8 Pausanias, IX, 5.-r 'Ey^e^stÇ (Scyl.), Byx«>«)t(Str.)/E7x«>ê« (Paus., Et. Byz.) ' Eyx'^vsc (Scol. Ap. R)., ' £7;^sXâvsç ( Mnaséas, ap. Et. By.z), Eacheliœ (Mêla), Encheleœ (Pline).
50 DALBCATIE.
signifie pêcheurs, pour d'autres il a une origine phénicienne et le sens d'agriculteurs. Les Enchèles ne seraient-ils pas alors une colonie phénicienne sortie de FÀsie au moment où les tribus agricoles de cette région en furent chassées par la conquête juive ? Bien que Pausanias amène encore chez les Illyriens une nouvelle émigration thébaine avec Laodamas * , et que d'autres comptoirs aient été fondés par les Phéniciens à Rhizon (Risano) et à Naron (Yiddo di Metkovitj), la population illyrienne, plus nombreuse que les Phéniciens, ne tarda pas à reprendre l'avantage. Les ports fondés par eux restèrent sans doute en relations avec la Phénicie*, mais le reste du pays ne tarda pas à retomber dans l'isolement et la barbarie. Tel est le sens de la fable de Gadmos changé en serpent. «Ce qui veut dire, explique le commentaire d'Eustathe, que, venus de Grèce, les habitants perdirent lapoUtesse grecque, les mœurs et les habitudes qui conviennent à des Grecs, pour prendre des habitudes barbares, tortueuses et serpentines en quelque sorte, et devinrent mauvais dans leur vieillesse • . » Ajoutons, comme trait de mœurs et comme exemple de la manière dont les traditions se perpétuent, se transforment et se complètent à travers les âges, qu'une partie de la chaîne de collines qui longe r Adriatique de Gastelnuovo àRagusa Vecchia s'appelle encore les rochers de Gadmos; que l'on montre dans les
^ Pau3., IX, 5 et 8.
2 Oa a trouvé des vases de Ghios et de Thasos dans le lit du Narôn. (Str., vu, 5, 9.)
3 Eust.; Comm. ap. Geog, grsec. min., éd. Didot, tom. II.
flancs d'un des sommets de cette chaîne la grotte où Gadmos fut changé en serpent, et que, d'après une légende très accréditée dans le pays, ce serpent, qui faisait de grands ravages parmi les hommes et les animaux, aurait été tué en 365 après J.-C, par saint Hilarion' !
Les premières tentatives des Grecs ne furent pas beaucoup plus heureuses. Héraclès, qui traversa rillyrie, soit en allant conquérir les pommes d^or du jardin des Hespérides, comme le veut ApoUodore*, soit en revenant à'Érythée (île de Léon, près de Cadix), comme le dit Appien', y fonda lui aussi un royaume et une dynastie. Formé d'abord du territoire cédé par Dyrrachos en échange du secours que lui avait prêté Héraclès*, cet État s'étendit ensuite jusqu'au Tedanius ou Cata/rbates (Zermagna), et reçut du fils d'Héraclès, Hyllos, le nom dHIllyrie. Tout au moins Hyllos laissa-t-il son nom à une péninsule a un peu moindre que le Péloponèse * » (presqu'île de Zara), à un peuple, les Hylles^ à deux villes, l'une nommée, par Scylax seulement, Héraclée, et dont la position n'est pas déterminée * ; Tautre, Hylleis ou HylleniSj près de laquelle se serait plus tard élevée Salone. VIllyricum sacrum ^ reconstitue même une dy-
1 Cf. Lago; Mem, sulkt Dalmazia, I, pag. 22 ; et II, pag. 27 et suiv. « ApolL; Bihî., II. 5.
3 App.,Gr. civ., II, 39,
* App.; loc. cit.
6 Scylax; *' YX>oi.
* M. Gliubich {Numografia daim atà) la place à Test de la presqu'île de SabbioQcello.
7 Farlati; Illyr. sacr. Venise, 175t.
5*2 DALMATIB.
nastie d'Héraclides qui aurait possédé pendant environ cinquante ans le royaume d'IUyrie. Après dix ans de règne, Hyllos meurt (1225 env.) dans un combat contre les Mentores (entre les Hylles et les Liburnes). Son fils Clinicos, qui aurait été, d*après un commentateur de Virgile*, nommé par Varron, lui succède, envoie 72 navires aux Grecs contre Troie et rejoint Idoménée chassé de Crète. Après lui vient Daunos, qui, abandonné par les lUyriens révoltés dans sa résistance aux invasions des Liburnes, se retire en Italie, où il donne son nom à la Daunie (Capitanate, entre le Fortere etTOfanto).
Hyllos, maître du pays sur lequel avait régné Gadmos, nous montre un épisode de cette grande révolution qui en tant de lieux substituait sur les mers la domination hellénique à celle de la phénicienne Sidon. Pausanias et Hérodote le font mourir dans un combat singulier avec le roi des Tégéates, Echème^. Ge serait alors que les Héraclides, condamnés à vivre pendant cent ans hors du Péloponèse, seraient revenus se fixer en lUyrie.
Vers le même temps, les Grecs et les Asiatiques y arrivaient de tous les côtés. C'étaient d'abord les Argonautes et les Colches, que la fable faisait déboucher par VArsia^ à l'extrémité septentrionale de l'Adriatique.
Le frère de Médée, Absyrtos, mourait dans une des îles du golfe de Quarnero et lui donnait son novû^ {Ahsyr" tiSy Lussin, encore appelé Osero), qui s'étendait par la
* Valerius Probus, ad eclog. 1 Virg.
2 Paus., I, 4 1 et 44; VIII, 5, 45 et 53.
3 Pliae, III, 30; Str., VII, 5. 5; Apoll.; BibL, I, 9. Phérécide, fr. 73.
suite à tout un archipel, celui des AbsyrtideSj comprenant Cherso et les îles voisines ' .
Les Golches fondaient Pola en Istrie, Dulcinium ou Colchinitmi (Dulcigno) dans Tlllyrie méridionale* et Oii^yum (Palaeocastro , à l'ouest du golfe d'Avlona) en Épire. Bientôt, après la guerre de Troie^ les héros grecs venaient, comme les débris des peuples vaincus, s'établir sur ce continent ou dans les îles.
Les Bryges', chassés plus tard du littoral par les Taulantiens, restaient néanmoins fortement établis à Tintérieur sur les deux versants de la chaîne du Pinde, principalement dans les bassins de VErigon (Tschema) et de V Eordxos iji&vol) , comme lesDardanes à Test du Scardos (Tchar-Dagh) , sur les confins de la Macédoine et de la Thrace. D'un autre côté Diomède, après avoir abordé sur les deux rives de l'Adriatique, allait enfin se fixer sur les bords du Timave (Reca-Timavo) , devenait le gendre de Daunos*, lui succédait à la suite de la sédition qui chassa ce descendant d'Hercule, et s'efforçait d'arrêter l'invasion desLiburnes. Lui mort, rien ne s'opposa plus aux progrès de ce peuple, au pouvoir duquel tomba même la presqu'île d'Hyllis^ (Zara), et qui devint bientôt, grâce à la légèreté et à la rapidité de ses navires, le maître de l'Adriatique.
• ^ Vide infra, chap. VI.
2 Pline, m, 26.
3 App.; G, civ., II, 39. — ^pyjyot, Str., VII. 7, 8; Etienne de Byzance:
BpuÇ, TÔ ^voÇj xat BjdOyoï... Ei(ri §s lOvoç 7rpo<Tt/èç *IA^u/9(0(C. * Festus, V. Daunia; Pline.
^ Selon d*autres^ presqu'île de Sabbioncello; vid. infra, chap. VI.
54 DALMATIB.
Oa voit même ces audacieux pirates s'avancer au-delà de cette mer, que Florus appelle encore de leur nom nLibuT" nicv/m* j> et s'emparer de Corcyre (Gorfou), d'où ils sont expulsés en 735 par THéraclide Ghersicrate*. A leur tour, les Gorcyréens les chassent d'Épidamne (Durazzo) (627), qu'ils avaient enlevée à un peuple illyrien, les Taulantiens* .
L'invasion des Gaulois (614) vint porter im coup terrible à leur puissance. Non-seulement Tltalie du nord, mais toute la région des Alpes juliennes, le plateau du Garso, où s'établirent les Garni» et le littoral oriental de l'Adriatique, tombèrent en leur pouvoir. Les Libumes se réfugièrent en partie dans les îles ; les autres, confondus avec les conquérants, se maintinrent sur les côtes. Hais une tribu nouvelle , celle des lapodes, se fixa sur les hauts plateaux du nord de l'Adriatique, et au milieu même du rivage liburnien s'éleva, pour perpétuer le souvenir de cette occupation, une ville nouvelle, Senia (Segna ou Zeng). Les autres populations de l'IUyrie ne furent pas épargnées ; partout les envahisseurs se mêlèrent aux lUy riens, en assez forte proportion souvent pour faire hésiter, comme pour les lapodes et les Scordisques sur leur première origine, et modifier, en tout cas, leurs habitudes et leurs mœurs. Ce fut peut-être alors et pour échapper à ces terribles ennemis que les Enchèles opérèrent celte marche sur Delphes, dans laquelle ils
^ Floru».
a Sir., VI, 2, 4.
3 App.; G, civ.fU, 39.
furent tous exterminés, comme l'avait prédit roracle\ et gui marque la fin de leur puissance. Néanmoins, dans le sud de Tlllyrie comme au nord, les populations maritimes ne tardèrent pas à reprendre la prépondérance.
Cependant les Grecs multipliaient leurs établissements sur la Méditerranée orientale. L'Epire s'hellénisait ; Cor» cyre faisait une rude guerre aux pirates. Une cité sœur de Cor cyre par son origine. Syracuse^ parut à son tour et, sous Denys TAncien, jeta, sur le continent et dans les îles, les deux importantes colonies de Lissos (Àiessio) sur le Drin {Drilo) et d'/ssa * (Lissa). Toute l'Adriatique se couvre de comptoirs grecs. Les fugitifs de Syracuse fondent Ancône et Numana (Umana), près de l'embouchure du Musone {Misius)\ Denys lui-même, Hatria (Adria) à l'embouchure du Pô. Lés Syracusains i'Issa créent de leur côté, aux deux extrémités de la plaine de Salone^ Tragv/rivm (Trau) et Epetium ' (Stobrez, à Test de Spalato) ; d'autres Sicules se seraient encore, suivant quelques-uns , établis plus au Nord, au débouché du Titius (Kerka) dans l'Adriatique*. Des Pariens, avec l'aide de Denys, se fixent dans l'île deP/wro^ (Lésina). Denys entre même en relations plus étroites avec les lUyriens du continent, sans doute les Taulan tiens et les Atintanes. Il les secourt contre les Molosses, qui occupent
1 Hérodote, IX, 43.
2 Diod. Sic, XV, 13, 14 ; Scylax ; Scymaos. Cf. Holm, Geschichie Siciliens imAlterthwn, Leipzig, 1874.
s Str., VII, 5, 5j Polybe, XXXII, 14.
* Pline, III, 26,
dans leur voisinage les bassins supérieurs du Thyamis (Kalaraa) et du Charadra (Luro), et les Illyriens, à leur tour, l'aident à rétablir dans une partie de ses anciens États le fugitif Alcetas, sans réussir toutefois, malgré la brillante victoire dans laquelle ils tuent 15,000 hommes aux Molosses, à ouvrir au roi de Syracuse la route de Dodone (385).
Les anciens maîtres de la mer acceptèrent moins facilement que les tribus du continent cette conquête grecque. Une nombreuse flotte illyrienne marcha contre Pharos^ dont les anciens habitants supportaient avec peine la présence des nouveaux colons. Mais elle fut battue et détruite dans la baie de Lésina par la flotte syracusaine do Lissas. 5,000 barbares furent tués et 2,000 pris dans cette affaire '; et de ce jour date la chute définitive de la domination liburnienne (384 av. J.-C).
L'Adriatique était aux Grecs. Les troubles de Syracuse no lui permirent pas de soutenir longtemps cette brillante situation, et do nouveaux pirates illyriens reparurent bientôt sur les mers : les œlonies grecques de Tlllyrie surent se maintenir contre leurs attaques, et plusieurs d'entre elles, Pharos et Issa entre autres, semblent même avoir atteint un certain degré de splendeur ^.
Toutes deux étaient depuis longtemps sans doute en relations commerciales avec Corcyre, Pharos^ peutêtre l'ancienne Uirxjeix^ d'ApoUonios de Rhodes et de
1 Diodore, XV, 14.
^ K«Wv xac fiiKTxV®^» ^°^^''* ^® Pharos (C. I. Cf., II, add. 1837 h).
3 'llieprri niTÛ«4«(Ap. R., IV, v. 365); Pitya (Mêla, II, 7).
Mêla, tirait des pins qui lui ont donné son nom primitif et sont aujourd'hui encore très abondants dans la partie montueuse de Tîle, les bois de construction pour ses navires, qui portaient partout ses produits : les céréales, le miel, l'huile, le vin. Les troupeaux étaient pour elle une autre source de richesse '. Une constitution libre Favorisait cette prospérité. Une inscription nous révèle l'existence, kPharos, d'archontes, d'un sénat, d'une assemblée du peuple, d'un prytanée où trois prytanes reçoivent, aux frais de l'État, trois ambassadeurs. Delphes était pour elle aussi un sanctuaire vénéré où des théories allaient consulter l'oracle^. La poésie et la philosophie grecques y furent en honneur. Mais si elle défendit heureusement son indépendance contre les Liburniens d'Iader^ (Zara), elle sut moins bien protéger sa liberté contre les usurpations, et la corruption la fit tomber sous la domination d'un tyran.
/55a avait, elle aussi, ses magistrats particuliers*. Son commerce maritime était très important, et Agatharchis de Cnide proclamait son vin le meilleur de tous les vins connus *. Toutes deux, comme en témoignent les nombreuses médailles trouvées sur leur territoire, éclipsaient
^ Cf. s. Gliubich; Numographia dalmata, ap. Arch. filrKunde (Esterreichischer Geschichts-Quellen. Ac. imp. des Sciences Vienne, !!• vol., 1853, pag. 101-139.
« Ibid et C. I. G., vol. II, add. 1837 b.
' ^apiot ành laSoartvuv xoi twv 7uppdé;(&>y TàojrXa.., ÇC, /. G, II, add. 1837 c.
* C. l G., vol. II, 1834.
• Fr, hist. gr., tom. in, pag. 194.
58 DALBfÂTIB.
les îles voisines, Corcyre noire (Carzola) , colonie de Cnide* , et Brattia (Brazza) , malgré les ressources que celles-ci tiraient de la mer, de leur commerce et de leur sol. Ce fut sans doute pour se défendre contre les anciens possesseurs des îles et leurs alliés du dehors que les colons grecs construisirent ces fortifications redoutables dans lesquelles on a voulu voir des monuments cyclopéens.
La défaite des Ardiéens par les Gaulois, dont nous a parlé Théopompe ', contribua à leur sécurité ( v. 389 av.
g 2. — L'Illyrie et la Macédoine.
Sur le continent, les rapports devenaient de plus en plus fréquents entre la Macédoine et Tlllyrie. C'était de riUyrie que les fils de Téménos, bannis d'Argos, étaient venus dans la Macédoine* , et cependant les Téménides eurent souvent à lutter contre les lUyriens. Selon l'habitude des peuples barbares. Macédoniens, Thraces et lUyriens étaient cootinuellement en guerre. Mais, bien que la victoire passât souvent de l'un à Tautre, les Macédoniens ne tardèrent pas à établir leur prépondérance sur leurs voisins. Néanmoins, les lUyriens étaient des ennemis assez redoutables pour qu'on s'étonne qu'un succès remporté par eux nous soit donné par Justin comme un prodige dû à une circonstance extraordinaire. Après la mort de Philippe, petit-ills do Perdiccas I•^ les lUyriens, les Darda-
« Sir.» vu. 5. 5.
,Vin, 137-138.
ILLTRIB BT MACÉDOINE. 59
nés probablement, méprisant, nous dit-il, l'enfance d'un roi au berceau, attaquent et battent les Macédoniens. Hais ceux-ci yont prendre leur roi iErope, ramènent dans son berceau à la suite de Tarmée, livrent un nouveau combat * , et prennent une éclatante revanche ( env. 609 av. J.-C. ).
Au reste, point d'entente entre eux; chaque tribu agit à sa guise, suivant ses intérêts et ses instincts. C'est ainsi que plus tard nous voyons les Taulantiens s'unir aux Corcyréens qui les avaient vengés sur les Libumes, pour soutenir et ramener dans leur patrie * les exilés d'Épidamne. Mais pendant la guerre du Péloponèse, il semble que jplusieurs peuplades aient été, de gré ou de force, réunies sous un même commandement; les Ulyriens sont recherchés à cause de la terreur qu'inspirent leur nombre» leur ^urdeur belliqueuse et leur manière de combattre*. D'abord <à la solde de Perdiccas, ils se joignent à lui contre le roi <ies Lynkestes*, Arrhibaeos, flls de Bromeros; devenus ensuite les alliés de ce dernier, ils luttent contre Brasidas, sans pouvoir arrêter sa retraite, mais font un grand massacre des Macédoniens, qu'une terreur panique avait saisis à leur approche *(4 23) .
Amyntas,père de Philippe, est un instant forcé par eux
» Justin, VII, 2.
2 Thuc. , I, 24. 26 ; Diod., XII. 30.
3 Thuc, IV, 125, 126.
* Thuc. IV, 83. — Les Lynkestes habitaient dans la Macédoine occidentale, entre le lac de Celetron (Gastoria)etr£nyon(Tscherna). 6 Thuc, IV. 124-128.
60 DALMATIB.
d'abdiquer \ et ne peut, après son retour au pouvoir (393), obtenir la paix qu'en leur payant tribut et leur livrant son troisième fils Philippe en otage '. Son successeur Alexandre n'est pas plus heureux et doit subir les mêmes conditions qu'Amyntas ; c'est même lui qui, dans Justin^ donne son frère Philippe à ses vainqueurs.
Un chef intrépide, Bardylis *, à la tête des Axdiéens ou Yardéens, comme l'indique son nom, parait avoir constitué alors une sorte d'empire illyrien, et avoir été, non plus seulement un chef de bande ', mais un véritable roi ayant sous son autorité, réunis contre Tenneini commun, tous les peuples établis entre la Thrace et l'Adriatique, de la Narenta à TÉpire. Perdiccas, second fils d'Amyntas et d'Eurydice, l'IUyrienne trois fois barbare* •» que Justin accuse de la mort de Taîné, Alexandre, péri^ dans une grande bataille avec plus de 4 ,000 Macédonien: La moitié do la Macédoine tombe au pouvoir des Illyrien et le reste n'a plus pour le défendre que des soldats décote ragos\ Philippe, une fois délivré de ses autres ennemis^ marche néanmoins contre les vainqueurs. Bardylis, effraya à son tour, demande la paix; illa lui refuse. 10,000 fantas-a sins et 500 cavaliers*, de part et d'autre, sont en présence
« Diod.. XIV, 92.
••» Justin, vu, 4; Diod., XVI, 2
^ Justin, VU, 5.
* Ikiralirem Illyricum (Tertulioo; De anima, 46). B Bardylis, lllyrius latro (Gic; Dco/T., II, 1 1).
* Plut.; DeVéduc, des enfants, à la fia.
7 Diod., XVI, 4.
* 600 du côté des Macédoniens.
ILLTRIB XT MACÉDOINE. 61
Bardylis met ses soldats en carré, les troupes d'élite sur le front. Philippe s'en aperçoit, lance ses meilleurs bataillons sur le flanc gauche des Illyriens * , la cavalerie sur leurs derrières ; lui-même se mêle aux combattants, et les Illyriens sont forcés de quitter le champ de bataille, ayant perdu, tant dans l'action que dans la poursuite, 7,000 des leurs. Les Macédoniens soumettent tous les pays jusqu'au lac Lychnitis'{l3,c d'Ochridha), et un traité imposé aux Illyriens leur assure la possession des territoires conquis. Bardylis médite une revanche et se ligue avec les rois des Péoniens et des Thraces; mais l'apparition soudaine de Philippe au milieu de ses préparatifs le force à se soumettre" (359). Trois ans après, la guerre recommence, et, le jour même de la naissance d'Alexandre*, Parménion remporte une grande victoire sur les Illyriens (356) .
Leur passion pour la guerre et le pillage les pousse alors contre les Molosses. Arrybas, voyant l' effroi qu'ils causent chez les siens, répand le bruit qu'il livre son royaume aux Étoliens. Les Illyriens se précipitent en désordre sur tout le pays, qu'ils saccagent à l'envi. Arry- ^^, qui leur avait partout tendu des embuscades, tombe ^Uteux à r improviste et les force à se retirer*. Quel- ÏUes années plus tard, Philippe, quia hérité de la haine ÏU'avait pour eux son père, se jette sur leur pays avec ^tie nombreuse armée , le ravage , prend beaucoup de
* Frontin; Str,, II, 3.
^ Diod., XVI, 22,
^ Plut.; il /ex.
* FroQtin; Str.. H, 5.
62 DALMATIS.
villes et revient chargé de butin en Macédoine (344). La guerre contre eux est une des grosses afEaires de son règne*. C'est en lUyrie qu'Alexandre, brouillé avec son père, va demander un asile*. Philippe lui-même en est réduit à user, pour en triompher, de ruses déloyales. H leur demande une trêve pour enterrer les morts, et, quand les derniers ont été enlevés, donne le signal de Tattaque avant que ses ennemis, qu'il redoute, soient sur leurs gardes'. Il s'est marié néanmoins, suivant son usage de prendre femme chez tous les peuples avec lesquels il était en relation, avec riliyrienne Audata, mère de cette Gynna* qu'Alexandre destinait au roi des Agrianes, Langaros, pour prix de ses services '.
A la mort de Philippe, les Illy riens, malgré tous ses succès^ sont encore menaçants. Dans une dernière bataille livrée à un de leurs rois, Pleurias, il a failli perdre la vie et n'a été sauvé que par le dévouement de son favori, Pausanias(336)'.
Le royaume de Bardylis s'est divisé cependant, et Pleurias, un de ses fils peut-être, ne commande qu'aune petite partie des lUyriens. Non-seulement les Dardanes, auxquels Bardylis, s'ils n'avaient pas été soumis à son commandement, n'eût pas manqué de faire appel, comme
^ nXu/Moùç x<CjOtiJ9aff9oct, toOt» fiCyàXa (Lucien; DiaL, X, 14).
2 Plut.; Alex. y 12.
3 Polyen, IV, 5.
* Satyre; Fr. hist. gr., III, ap. Athénée, XII. ^ Arrien ; Exp. Alex. y l, 5.
6 Diod., XVI, 93.
ILLTRIE ET MACÉDOINE. 63
i Péoniens et aux Thraces, se sont retirés de la conération illyrienne, mais Tlllyrie maritime s'est elleme séparée en plusieurs petits États. Deux des rois de te dernière région, Glitos, fils de Bardylis, chef des liéens, et Glaucias, roi des Taulantiens, peut-être fils Pleurias, s'entendent toutefois encore, à Tavénement Jexandre, pour prendre les armes contre lui *. Alexan- » fait ravager par Langaros, son allié, le territoire des tariates ( vallées de la Tara et de la haute Narenta, E. de la Bosnie et N. de T Herzégovine), les moins iliqueux des peuples de ces régions *, et lui-môme, lonçant à la guerre contre les Péoniens, marche, . suivant le cours de ÏErigon (Tscherna), contre a rois alliés et la ville de Pélion^y sur VEordxos ^liassa, sur le De vol), la plus forte de la contrée, près de iquelle Glitos s'est établi sur de hautes collines boisées n attendant Glaucias. L'arrivée de celui-ci avec une forte nuée contraint le roi de Macédoine à renoncer au siège 6 la place. Sa position est critique, la retraite périlleuse, 'le bruit de sa mort se répand même en Grèce. Philotas, i'il a détaché pour fourrager dans la plaine, pourlivi par Glaucias, est sauvé par l'approche d'Alexandre, ^is les Macédoniens ne peuvent plus songer qu'à la Iraite. Le défilé qu'il faut franchir*, resserré entre le
Arrien; Exp. Alex., I, 5.
' Arrien, loc, cit, Strabon (VU, 5, il) dit au contraire qu'ils furent ^emps le peuple le plus nombreux et le plus vaillant de llllyrie. ' Cf. Desdevises du Dézert -, Géog, anc* de la Macédoine , pag. 234. ' Probablement celui de Biklista, sur la route de Ourazzo à Gastoria.
64 DALMATIB.
fleuve et une montagne abrupte et très élevée, ne peut donner passage qu'à quatre hommes de front. La tactique d'Alexandre * , la discipline et la solidité de ses troupes, lui assurent la victoire. L'excessive confiance des ennemis en leur nombre et en leur force fait place, en présence de ses habiles manœuvres, à l'étonnement et à Tefifroi. Dès les premiers mouvements des Macédoniens, les barbares abandonnent les hauteurs d'où ils menaçaient le passage. Les cris des Macédoniens, le bruit des boucliers frappés avec les lances, tout cet appareil retourné contre eux, effraient les Taulantiens, qui se replient en toute hâte vers la ville. Ceux qui essaient d'arrêter sa marche sont culbutés; le fleuve est franchi. Trois jours après, les deux rois, surpris par un retour offensif d'Alexandre, sont mis en pleine déroute. Glitos incendie la ville, où il no se croit plus en sûreté, et se retire chez Glaucias, dans le pays des Taulantiens ; à son tour, la plus grande partie de riUyrie est soumise à la Macédoine ^. Alexandre incorpore dans son armée quelques milliers de ces barbares % et 5,000 lUyriens, Odryses et Triballes, placés sous le^ ordres de Parménion *, prennent part à la bataille d'Issos j excités par l'appât du riche butin qu'ils pourront faire dan^ le camp des Perses '.
A la mort du conquérant, les lUyriens passent sous la^
i Arrien; Exp. AUx,, I, 5.
2 Diodore, XVII, 8.
^ Gonflais domitarum geatium barbaries ^ Justin, IX, 5).
* Diod., XVII, 17.
» Justin, XI, 9.
conduite de Philon * . Mais Antipater, qui commande eu Europe par la volonté d'Alexandre, ne peut les empêcher de se joindre aux Athéniens dans la guerre Lamiaque. Quelques-uns lui sont toutefois encore fidèles et lui fournissent des cavaliers^. Gynna, riUyrienne, après avoir vaillamment lutté contre les Illyriens et tué de sa propre main leur reine, se dirige vers le Strymon (Strouma), à la tète d'une armée, mais est hientôt mise à mort par ordre d'Alcetas, frère de Perdiccas, dont elle avait épousé le fils Amyntas. Eurydice, sa fille, à laquelle elle a communiqué sa passion pour la guerre et les combats singuliers', périt, à son tour, par les embûches d'Olympias. Partout éclatent la discorde et la guerre.
A la faveur de ces dissensions, Glaucias, reprenant T offensive, vient assiéger Apollonie. Sur les conseils du Spartiate Acrotatos, fils de Gléomène, il consent à traiter avec elle et promet à Gassandre, qui a envahi TlUyrie, de ne plus attaquer ses alliés (315). Mais deux ans après, Épidamne et Apollonie se soulèvent contre les Macédoniens, et, aidées par les Gorcyréens, chassent leurs garnisons macédoniennes. Épidamne est livrée à Glaucias ; Apollonie^ devenue libre, fait alliance avec lui ; Gassandre est vaincu par les coalisés sous les murs de la ville, après un long et sanglant combat, et forcé de rentrer en Macédoine *. Il se venge sur les Autaria-
« Justin, XIII, 4 .
3 Lucien; Éloge de DémoHhène,
^Polyen, VIII, 60; Duris de Samos; Fr. hUt. gr,, II, pag. 475, ap. Athénée, XIII.
* Diod., XIX, 67, 70. 78, 89.
• tes' . Venu au secours d'Autoléon, roi des Péoniens, qu'ils attaquaient, il les transporte avec leurs femmes et leurs enfants au nombre de 20,000, près du mont Orbehs (Spatz) (310). Mais les luttes de Gassandre contre les généraux d'Alexandre ne lui permirent plus de s'occu- ' per activement des affaires de ces contrées. Du reste, si Ton retrouve encore, dans la guerre de Lysimaque contre Démétrios, 5,000 Illyriens, que leur chef fait mettre à mort après la bataille de Lampsaque (Tchardak, en face de Gallipoli, sur le détroit des Dardanelles), où ils ont perdu leurs bagages, nous voyons alors ceux qui obéissent à Glaucias entretenir pendant quelque temps des relations amicales avec leurs voisins.
Éacide, roi d'Épire, allié d'Olympias, avait été chassé par ses sujets, et son fils Pyrrhos, encore au berceau, n'avait échappé à la poursuite des Molosses que par le dévouement de deux serviteurs^ (312). Beroa, femme de Glaucias, elle-même de la race des Éacides, nourrit le jeune enfant, qu'adopte Glaucias. Vainement Gassandre lui oËFre 200 talents pour qu'il lui livre son hôte. Glaucias le protège, résiste même aux menaces de guerre du roi de Macédoine, et, douze ans après, ramène Pyrrhos dans son royaume à la tête d'une armée. Pyrrhos, reconnaissant, vient trois ans plus tard en lUyrie, assister aux noces d'un des fils de Glaucias, et lui-même épouse une parente de ses bienfaiteurs, Bircenna, fille de Bardylis, de laquelle naît son plus jeune fils Helenos. L'éléva-
1 Diod., XX, 19.
2 Justin, XVII, 3; Plut., Pyrrli., 3.
tion en Épire de la puissance de Pyrrhos allait cependant arrêter les progrès de Glaucias, dont la capitale tombera même aux mains des Épirotes * .
La nouvelle invasion des Gaulois^, qui sous la conduite de Bolgius se jetaient alors (280) sur riUyrie et la Macédoine* causait en même temps un grand ébranlement dans toutes ces contrées. Les Autariates, désireux de se venger, se joignirent aux Gaulois pour marcher sur Delphes; mais leur défaite devant la ville, dans des circonstances rapportées à la fois par Appien et par Justin, fut suivie d'autres fléaux qui amenèrent la ruine de cette peuplade entière. La peste, résultant de la guerre et de la décomposition des grenouilles lancées sur leur territoire par la divinité offensée d'Apollon, détermina leur émigration. Personne ne voulant les recevoir, par crainte de la peste qu'ils portaient avec eux, ils marchèrent pendant vingt-trois jours* et se fixèrent dans la région marécageuse et inhabitée desGètes, dans le voisinage des Bastarnes. On a cru * les reconnaître dans les Icxvpa^dzou dont parle une inscription®, qui furent, à la suite de l'invasion des Gimbres, rejetés par les Scordisques au-delà du Danube, sur les bords du Dnieper [Borysthèné).
i Frontin, III, 6.
2 Justin. XXIV, 4.
3 Paus., X, 19.
♦ App.; /«., 4; Strab., VII, 5, 4; Justin, XXIV, 4 et suiv.; Diod., V, 30 î Élien; Uepi Çwwv, XVII, 41.
^ Zippel, Op. cit.j pag. 153 et suiv.
Pendant cette invasion, le chef d'une tribu illyrienne, Monios* , roi des Dardanes, a pu offrir au roi de Macédoine Ptolémée Géraunos, son ennemi de la veille, un secours de 20,000 hommes". Mais faut-il en conclure, avec M. Zippel', qu'il ait été assez puissant pour s'étendre jusqu'à l'Adriatique et conquérir Dyrrachiumj et surtout assez civilisé pour faire frapper des médailles à son eflBgie ? Les Dardanes nous sont représentés par les historiens comme les plus sauvages de tous les Illyriens. Je suis d'accord avec lui pourvoir dansMytile, contre lequel lutta plus tard Alexandre, fils de Pyrrhos, le fils et le successeur de Monios. Mais Monynios, dont le nom est transmis par des médailles trouvées à Dyrrachium^ me semble n'avoir, malgré la similitude de nom, rien de commun avec le roi des Dardane^, et je reconnais en lui un chef indépendant, dynaste de cette ville, affranchie de la domination des Taulantiens, comme le fut vers le même temps Ballaeos dans l'île de P haros.
Quoiqu'il en soit, l'établissement définitif de la famille d'Antigone sur le trône mit comme une trêve aux guerres des Illyriens avec la Macédoine , et ceux-ci cherchèrent d'autres théâtres à leur ardeur belliqueuse. Des bandes fournies probablement par les tribus de Tintérieur, Dardanes et autres, se mêlèrent aux guerres qui désolaient les contrées voisines. On vit des Illyriens sur tous les champs de bataille, comme ennemis ou alliés
1 Trogue Pompée, prol. XXIV et XXV.
2 Justin, XXIV, 4.
3 Zippel, Op. cit., pag. 42.
des Étoliens, des Macédoniens, des Achéens ou des Spartiates, mais c'est sur mer qu'ils exercèrent surtout leur redoutable activité.
Sous Pleurâtes, les Ardiéens courent sur la mer Ionienne, commerçant, pillant, redoutés de tous à cause de leurs pirateries, k Mothone ÇIAodon) y en Messénie (vers 240), ils se présentent comme amis et marchands, achetant du vin, vendant les produits de leurs pays, attirent par l'appât du gain hommes et femmes sur leurs navires, et les emmènent de force*.
Agron, fils de Pleurâtes, conquiert P/iaro5* (Lésina), où les anciennes institutions républicaines avaient disparu, la pille et transporte sur le conlinent toutes ces médailles de son roi Ballaeos *, que Ton retrouve en si grand nombre sur tout le littoral des Bouches de Gattaro, d'où elles vont orner tous les musées et toutes les collections de la Croatie et de la Dalmatie Issa (Lissa) et plusieurs places de TEpire tombent en son pouvoir. Allié des Liburnes*, il a une armée de terre et une flotte plus nombreuses que les rois qui ont avant lui régné sur les lUyriens*. Devenu, moyennant un subside, l'allié de Démétrios, père de Philippe III, il va secourir Médione (Katuna), en Acarnanie, asssiégée par les Étoliens. Cent
< Paus,IV, 35.
» App.; ///., 7.
3 Cf. Ann. de VInst. arch. Rom., 1842, pag. n2 etpassim; Gliubich , Numografia dalmata.
* Florus, II, 5.
* Polybe, II. 2, 3 et suiv.
navires débarquent près de la ville 5,000 lUyriens. L'expédition est habilement conduite. Les Étoliens, surpris de Taudacede leurs ennemis, essaient vainement de leur résister. Une sortie des Macédoniens rend la déroute complète et les Illyriens se retirent sur leurs navires avec tout leur butin. Les côtes d'Élide et de Messénie sentie théâtre de déprédations continuelles. Contre eux, les habitants de Phé7iice îont même appel aux Gaulois.
Agron, fier de sa puissance, maître de Pharos^ de Corcyrcy de tout le pays entre la Gettina et l'Épire* , et de plusieurs places de cette contrée, étourdi par ses succès, se livre à la boisson et à des excès qui le tuent. Son fils, Pinnès^, est mineur. Une des femmes d' Agron, Teuta*, aidée par quelques chefs, prend le pouvoir, et, cédant elle aussi à Tentraînement général, ordonne des expéditions nouvelles. Tandis que des pirates vont pour leur propre compte piller de tous côtés, une flotte et une armée royales se portent sur Phénice^ la plus riche ville de TÉpire (Phéniki, entre la Pa via {Xantos) et laPistritza*, tributaire du lac Pelodes ou de Boutrinto) . Les mercenaires gaulois chargés de sa défense la livrent aux Illyriens. Une armée de secours, amenée par Scerdilaïdas à travers les défilés d^Antigonie (auj. de Gormovo, près de Tebelen), défait
< Gregliano vieil (Memorie per la storia délia Dalmazia) étend môme sa domination jusqu'à Tlstrie et à la Garniole, en y comprenant tout le pays des Liburnes.
' App.; ILl.
3 Polybe. Florus, II, 5, l'appelle Teutana.
^ Pouqueviile; Voyage dans la Grèce, I, chap. XXVI.
les EpiroteSj qui veulent reprendre la ville. Les Étoliens et les Achéens s'avancent jusqu'à Hélicrane, sur le Dryno [Celydnos), près d'Argyrocastro, entre Antigonie et Phénice, pour porter aide aux vaincus; mais au moment d'engager la bataille, les Illyriens, rappelés par Teula, traitent avec les Épirotes. Ils rendent la ville et les hommes libres, mais gardent les esclaves et le butin, qu'ils emmènent par terre et par mer. Bien plus : pour se mettre à l'abri de nouveaux pillages, les Épirotes et les Acainaniens envoient à Teuta des ambassadeurs et concluent avec elle une alliance.
Teuta est au comble de la puissance. Les tribus qui habitent entre la Kerka(ri.'m5) et la Gettina {Tilurius), où commence le territoire Ardiéen*, sont, ou domptées ou entrées dans son alliance, comme les Liburnes, les Épirotes et les Acarnaniens, ou trop faibles pour lutter contre elle. Elle a apaisé les troubles suscités au dedans parles partisans de Pinnèset de Triteuta, sa mère, soutenue par les Dardanes; /sm seule est en rébellion contre son autorité; une expédition est envoyée contre elle. Gléemporos invoque, au nom des Isséens révoltés, la protection romaine.
1 Strab., VII, 5,5.