‹ La province romaine de DalmatieChapitre 7 sur 32 · SOUMISSION DE L*ILLYRIE GRECQUE · texte numérisé non relu

SOUMISSION DE L*ILLYRIE GRECQUE

que Scerdilaïdas continua à gouverner comme tuteur, et plus tard comme roi. Les États de Démétrios restèrent sous la suzeraineté de Rome, mais avec une autonomie véritable, comme le prouve l'appel fait plus tard par les Isséens contre Genlios.

Les embarras de Scerdilaïdas sur le continent ne lui

permirent pas de tenir tous les engagements qu'il

avait pris avec Philippe. Il ne put envoyer que quinze

navires rejoindre à son mouillage de Céphallénie ( Gé-

phalonie ) la flotte macédonienne, qui se préparait à

attaquer la capitale de l'île, alliée des Étoliens. Mais

des soldats illyriens figurent partout dans les armées

du roi de Macédoine. 400, sous la conduite de Plator,

forment le noyau principal du secours envoyé en Crète

(Candie) aux Polyrrhéniens (Palaeocastro ) contre Cnosse

(Makrotycho) et ses auxiliaires étoliens V D'autres sont

dans l'armée qui va en Étolie prendre, piller et détruire

Thermos^ (à 1 h. N.-E. de Vrachori), son temple et ses

trésors. Ce sont les Illyriens qui dans la retraite de Stratos

(près de Lépenou*), à Limnée (près de Kervasara*),

sauvent l' arrière-garde du roi de Macédoine, pressée

par les Étoliens*. Ce sont eux encore qui, conduits

par Philippe en personne, décident le succès longtemps

compromis de la bataille livrée près de Spa/iie, à Lycur-

* Pol., IV, 55.

2/6id. V, 13.

' R. d. de rÀspropotamo (Acheloos),

* Sur le golfe d'Arta (Ambracie), au nord de l' Acarnanie. 5 Pol., V, 14.

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gue ' . Mais Philippe, à son tour, oublie sa promesse. Il ne paye pas à Scerdilaîdas la somme stipulée par le traité, et se fait un ennemi du roi d'Illyrie au moment même où il aurait besoin de son concours contre les Romains. Scerdilaîdas envoie alors quinze navires à Leticade^j où ils s'emparent par surprise de quatre navires macédoniens qui se sont approchés d'aux sans défiance, et de là vont jusqu'à l'extrémité du Péloponèse, capturant et pillant tous les bâtiments qu'ils rencontrent A ces nouvelles, Philippe veut se venger de son ancien allié, et semble ajourner tout autre projet. Cinquante navires sont envoyés contre les lUyriens, mais les manquent. Revenu à Cenchrées (Kékriès), port de Gorinthe sur le golfe d'Athènes {g. Saroniqvs), il ordonne à ses douze vaisseaux pontés de doubler Malée (cap Malia) , à la pointe orientale delà Morée {Péloponèse)^ pour gagner jEgion en Achaîe ( Vostitza) et Patras ( sur le golfe de ce nom ), et le reste de la flotte va à travers l'isthme à Léchée^ sur le golfe de Lépante ou de Corinthe^ près de cette dernière ville. Pendant ce temps, Scerdilaîdas marche sur la Macédoine, pénètre dans la Pélagonie, anc. Péonie, entre le M^ Bertiscos (Tourianska) et VAxios (Vardar), prend Pissœon vers les sources derJ?n5'on(Tscherna), gagne par des ambassades * les villes de la Phœbatie ( canton de Goulonias ), plusieurs de la Dassarétie, sur le cours supérieur et moyen

« Pol.. V, 22-23.

^ tTum poninsula erat. occidentis regione arctis faucibus cohœreos AcarimniaD. (Liv.. XXXIII. 17.) » Pol.. V, t08.

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de VApsos (Ergent) : Antipatrie ( Bérat, sur TErgent ), Chrysondyon (près des mines de Damastion et de TErgent), et GerUyusXKorinm^ sur le môme fleuve), et pille ({uelques villes de la Macédoine.

Déjà Philippe, à la nouvelle des succès d'Annibal en Étrurie, a cédé aux conseils de Démétrios et traité avec les Carthaginois. Il veut en finir d'abord avec les Illyriens. Une brillante campagne les dépouille de toutes leurs conquêtes. Il occupe en Dassarétie Créonion (vieille De vol), sur VEordxos ( Devol), et Gérons ^ peut-être la même que GerUms'j autour du IdiC Lychnitis (d'Ochridha), Enchelana (Hélinas aux sources de TErgent {Apsos) suivant M. Desdevises, au S.-O. du lac suivant M. Zippel), qui occupait peut-être l'emplacement d'Achridha, où l'on mettait autrefois LychnidoSy Cérax (près du lac de Presba), Sation (sur le fleuve du même nom, auj. Sateska, tributaire N. du lac d'Ochridha), Bœes (Bohoun, sur le fleuve du même nom {Bévus)^ tributaire N. du lac de Presba); dans le pays des Galicœnes ou Galœcines, Bantias (au. S.-O. de Pliassa [Pelion) au S. du Devol), et dans celui des Pisanlins*, Orgyssos aurle Polyanthes (Argora, sur la Yiosa) . Les Romains réclamaient à ce moment même à Pinnès le terme échu du tribut ' ; Scerdilaïdas, ne pouvant le payer, les informe des préparatifs de Philippe , et invoque leur secours.

< M. Zippel {Op, citJ) place ces deux peuples au nord de la Dassarétie, entre les Parthins à Test et le Bagora. Je suis T opinion de Forbiger et de M. Oesdevises.

2 Liv., XXII, 33.

Le roi déchu de Pharos montrait à Philippe, comme prix de sa victoire, non-seulemenl la conquête de ses domaines perdus, mais la domination universelle. Les Romains, dit le traité, ne pourront jamais faire la guerre aux Macédoniens, ni posséder Corcyre, Apollonie^ Êfi' damne^ Pharos, Dimale^ le pays des Parthins, ni l'Atintanie, et mettront en liberté ceux des sujets de Démétrios qui sont en leur pouvoir * : tels étaient les résultats beaucoup moins brillants que Ton se proposait d'atteindre et d'imposer, en cas de succès, aux Romains. Philippe devait payer chèrement sa docilité aux excitations de Démétrios.

Il fait construire sur le modèle des vaisseaux illyriens cent navires, les arme promptement, rassemble ses troupes au commencement de Tété, exerce ses soldats à ramer, et part*. La flotte franchit l'^i^r^pe, double ifai*, longe Céphallénie, relâche à Leucade, et, sur la nouvelle que la flotte romaine est ancrée près de Lilybée (Marsala, en Sicile), marche hardiment vers Apollonie.Jiéîk eUe approché de T embouchure de VAoos, quand elle est saisie d'une terreur panique. Des bâtiments de l' arrière-garde ayant relâché à Sason ( Saseno, île en face d'Avlona),des navires venant du détrcit arrivent pandant la nuit, et annoncent à Philippe avoir laissé à Rhegium (Reggio) des quinquérèmes romaines en route pour Apollonie et pour défendre Scerdilaïdas (215). A cette nouvelle, Philippe effrayé fait en toute hâte lever Tancre et battre en retraite ; on navigue jour et nuit sans ordre jusqu'à Ce-

iPol., VII,9.

» Ibid., V, 109.

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pliallénie^ où Ton s'arrête enfin. Apollonie était sauvée. Mais les Romains étaient trop occupés d'Annibal et des suites de la bataille de Cannes pour s'engager dans une guerre avec le roi de Macédoine. Aussi, revenu de ses terreurs, Philippe marcha contre LissoSj dont il méditait depuis longtemps la conquête. S'inspirant de la tactique suivie par les Romains devant Pharos^ il attire par une attaque contre Lissos la garnison d*Acroli$sos hors de son imprenable refuge. La redoutable citadelle, à la défense de laquelle les lUyriens étaient accourus de toutes parts, tombe presque sans combat entre ses mains, et Lissos elle-même succombe après des engagements nombreux et sanglants contre toutes les forces illyriennes. Philippe soumet, par suite de ce fait d'armes, tout le pays d'alentour. La plupart des villes illyriennes viennent lui apporter leur soumission, ce Aucune ne semblait plus assez forte pour lui résister, ni assez sûre pour ses défenseurs, après la conquête qu'il venait de faire ^ »Ce fut, ce semble, un coup sensible pour la puissance de Scerdilaïdas, dont les flottes même disparurent pendant quelque temps des mers. Les tentatives contre Apollonie réussissaient moins à Philippe. Son armée de terrre fut battue devant la ville ; sa flotte fut surprise à l'embouchure de VAoos par le préteur M. Valerius Levinus (214), et il dut l'incendier pour qu'elle ne tombât pas au pouvoir des Romains*.

Trois ans plus tard, le même préteur traitait avec les

1 Pol., VIII, 16.

2 liv., XXIV, 40.

Étoliens et organisait contre Philippe une coalition dans laquelle entrait Scerdilaïdas * . Avant de marcher contre les Étoliens, le roi de Macédoine assura sa frontière du côté de rillyrie par une démonstration sur ApolUmie^ le ravage des confins et la prise d'une ville des Dardanes qui pouvait donner passage dans son royaume. Lorsque, à l'assemblée d'-^g'ion, les Étoliens voulurent imposer comme condition de la paix la restitution de rÀtintanie aux Romains et du pays des Ardiéens à Scerdilaïdas et à Pleurâtes, il refusa'. Malgré l'alliance de Scerdilaïdas, les Étoliens, vaincus, durent cependant accepter la paix (208). A peine était-elle conclue, que P. Sempronius arrivait avec une armée et une flotte. Les Parthins et les nations voisines se soulevaient à son approche; Dimalle était assiégée. Philippe marche en toute hâte sur Apollonie^ dévaste le pays d'alentour, mais ne peut décider les Romains à accepter la bataille qu'il leur oflfre. Désireux, lui aussi, de la paix, il consent enfin à traiter, livre aux Romains le pays des Parthins', Dimalle^ Bar g y Ion et Eugenion^ qui défendent à l'ouest les passages àxx Bercétésios {Qv^mmo^) ^ mais garde l'Atintanie. Pleurâtes est compris dans le traité, sur la demande des Romains, et remis sans doute en possession de cette partie du pays des Ardiéens que Philippe avait, quelques années avant, refusé de rendre à son père Scerdilaïdas* (205).

« liv., XXVI, 24, 25.

2 Ihid,, XXVI, 30.

3 Ihid.. XXIX, 12.

* Ihid., XXVII, 30.

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La paix fut de courte durée : les incursions macédoniennes recommencèrent * ; le pays cédé fut occupé de nouveau ; Rome ne put qu'envoyer trois légats pour empêcher ses alliés de se donner à Philippe et organiser la résistance*.

Lorsqu'en 200, les Romains, vainqueurs des Carthaginois, reprirent la guerre contre Philippe, Pleurâtes, à la nouvelle de leur premier succès, accourut au camp du consul P. Sulpicius, qui promit d'employer son armée et celle des Dardanes aussitôt que les légions seraient entrées en Macédoine *. Les lUyriens Tenvahirent en effet parla Pélagonie*, dont Philippe avait été forcé de dégarnir les défilés, la ravagèrent, et, quoique les Dardanes aient été, dans leur retraite, battus par Athénagoras dans le traité imposé par T. Quinctius à Philippe, le roi de Macédoine dut, non-seulement restituer aux Romains les points de rillyrie qu'il avait occupés depuis la conclusion de la paix * en Épire, c'est-à-dire le territoire de Dyrrachium et à^Apollonie et le littoral de T Adriatique *, mais céder à Pleurâtes la Lychnidie et la Parthinie, qu'il avait conquises'' (197). La politique romaine réservait ainsi à

i Liv., XXX, 26.

2 Ibid., XXX, 42.

3 Ibid,, XXXI, 28.

* Ibid., XXXI, 34, 38, 40, 43.

6 Ibid., XXXII, 33.

• Romanis eum cedere tota Illyrici ora, (Liv., XXXH, 35.)

^ àv/yd^oL xat UipQov oxtvaç yih 'lXXuj»îSaç , \mh ^Ckmnv ^i rocrrofAivac. (Pol, XVIII, 30.) Pleurato Lychnidus et Parthini dati : Illyriorum utraque gens subditione Pbilippi Aierat. (Liv., XXXIII, 34.) — M. Zippel

Pleurâtes un rôle analogue à celui qu'elle attribuera bientôt en Asie au roi Eumène. Par Lychnidos^ il surveillait la Macédoine et gardait le principal passage en Épire. Que Philippe devînt de nouveau menaçant, Rome, au besoin, pouvait immédiatement faire occuper à titre cTal* liée cette importante position, par laquelle devait passer plus tard la voie Ëgnatia. Le territoire des Parthins, ajouté aux anciennes possessions de Scerdilaïdas , faisait de Pleurâtes le plus puissant des rois d'Illyrie ; sa marine devait tenir en échec les flottes des Étoliens et de leurs alliés, sans pouvoir être maintenant dangereuse pour les vainqueurs de Garthage. La Macédoine, les Étoliens» les tribus indépendantes de Tlllyrie, dont quelques-unes même, les Tralles par exemple, fournissaient à Philippe de nombreux contingents, étaient des voisins trop turbulents et trop dangereux pour que Pleurâtes songeât de sitôt à s'affranchir de la tutelle de Rome ou à inquiéter

(Die rômische Herschafl in Illyrien, pag. 77-78) conteste Texactitude de la traduction de Polybe par T.-Live, et n'admet pas que les Romains aient pu donner ainsi aux brigands illyriens un territoire si voisin d'Àpollonie et de Dyrrachium. Il distingue donc les c />art/iim' » des c Partheni*, et place plus au nord, vers la Narenta, le pays donné alors à Pleurâtes. Il distingue également uLychnis^ de thychnidos-k, et met cette Lychnis, dont il ne trouve pas d*autres traces, dans une partie plus septentrionale deTIllyrie. Apollonie et Dyrrachium étaient, avant tout, des cités maritimes ; il est cependant hors de doute que Pleuratos rentra, par le fait des Romains, dans la possession d'une partie du littoral. Ne valait-il pas mieux, d'un autre côté, mettre Lychnidos entre les mains d'un allié capable de la défendre que de la laisser exposée par sa faiblesse, en la déclcurant libre comme TOrestie voisine, à tomber au premier choc entre les mains de Philippe ?

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les cités ou les îles qui, à l'exemple des villes grecques, jouissaient^ comme villes libres ou alliées, de leur autonomie et d'une indépendance presque complète. Les Romsdns, au contraire, voulaient, pour quelque temps encore, s'éviter toute préoccupation de ce côté de Tlllyrie*. Apollonie leur restait toujours ouverte. Manius Acilius Glabrion y débarqua les troupes qu'il menait contre Antiochos^, dont les alliés, les Étoliens, eurent à combattre Pleurâtes. En 189, le roi d'IUyrie parut avec soixante navires dans le golfe de Corinthe^ et, de concert avec la flotte achéenne, qu'il avait ralliée à Patras, dévasta la côte de l'Étolie. Sa fidélité aux Romains ne semble pas s'être démentie. Son énergie maintint dans le devoir les Dalmates^, dont il avait conquis le territoire, et qui après sa mort se révoltèrent contre son fils et successeur, Gentios. Meurtrier de son frère Pleurâtes* ou Plator*; dur à ses sujets; d'un naturel à la violence duquel ajoutaient encore ses habitudes d'ivresse*; ayant à la fois toute l'audace et toute la timidité d'un barbare; incapable de suivre une politique, Gentios allait être impuissant à empêcher le démembrement de son empire, dont une seule campagne de trente jours lui enlèvera plus tard les derniers

« Pol , xxxn. 19.

3 App.; Syr. 17.

3 Pol., XXXII, 18.

♦ Polybe.— * T.-Live.

* Popularibus gravis... iasitam violenliam ingenii intemperantia vini accendebat. (Liv., XLIV, 30.) Nvxtw/» t» àii xoi fuOjfii/soey foôuovra. (Pol., XXIX, 5.)

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débris. Au début, il laisse les lUyriens reprendre leurs courses en mer et s'attaciuer de nouveau aux sujets ou aux alliés de Rome . Les Istriens, de leur côté, ont recommencé à piller les côtes de l'Italie. Tarente et BrindeSy éprouvées par leurs brigandages, réclament l'assistance d'une flotte romaine. Le préteur L. Duronius est chargé de la protection des côtes d'Apulie et de la surveillance des Istriens (181); pour les contenir, on décide l'envoi d'une colonie à Aquilée^ aux portes de l'Istrie, près de la ville fondée par les Gaulois* et détruite par M. Glaudius; les barbares s'y opposent. Lorsque la guerre contre eux a été décidée, ils s'emparent même par surprise d'un camp établi par les Romains près des bords de Timave : victoire éphémère, bientôt suivie d'une éclatante revanche, de la destruction de Nesactium (Barbana, sur TArsa), de deux autres villes et de plusieurs milliers de ces barbares, dont la sauvage énergie avait été jusqu'à mettre à mort leurs femmes et leurs enfants sous les yeux mêmes de leurs ennemis'.

Après les Istriens, vinrent les Carnes; mais leur ville forte de Carnunte (Zuglio), au pied d'un passage des Alpes, échappa aux attaques dirigées contre elle. Forcé de lever le siège, Q. Mucius dédommagea ses soldats de cet échec en leur laissant piller deux villes qu'il avait d'abord épargnées dans l'espoir d'amener par sa clémence

^Medea. à 17 kil. d'Aquilée. (Giœrnik; MiUheil. der k. k. Geog. GeselUchaft in Wien. 1878, no 2.) 2Liv., XLI, 9, 12.

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