VowcAuW,, Mémoires , p. ki
3. Ilegistres secrets du parlement de Bordeaux, inan. n» 71.'i de la Blbl. de Troyes.
LES ÉVÉQL'ES. 183
naient pas d'ordinaire à ces moyens extrêmes. Lcnrs relations avec les intendants étaient de celles que l'on entretient avec les fonctionnaires aux bons offices desquels il est expédient d'avoir recours. En 1717, l'évoque de Marseille se plaint à l'intendant de Provence des officiers municipaux de la ville où il réside : « On m'a refusé, écrit-il, l'entrée de mon vin avec une hauteur et des manières très provençales. Tout le monde en a crié , et ces messieurs pour couvrir leur faute s'avisent de dire que vous leur avez fait l'honneur de dire qu'ils avaient bien fait et qu'ils seraient soutenus de ]\F' le régent. Je compte cependant, Monsieur, que s'il faut avoir recours au Prince pour une pareille bagatelle, vous voudrez bien être mon protecteur auprès de lui et empêcher que l'on me refuse ce que le droit et l'usage me donnent et ce qui est accordé à tous les bas officiers des galères ' » .
Les évoques étaient souvent par leur naissance et leur influence à la cour des personnages puissants avec lesquels il fallait compter. Us se recrutaient encore au seizième siècle dans la bourgeoisie parlementaire, parmi les parents des ministres et des conseillers d'État, parmi les prêtres qu'un talent exceptionnel d'écrivain, d'orateur ou d'érudit recommandait, comme Flécliier, Massillon, Huet, Pavillon. A mesure qu'on approche de la Révolution , ils furent choisis dans la noblesse d'épée plutôt même que dans celle
1. LcUro de Beizunce à Le IJret, du 20 juillet 1717. Bibl. nationale, tV. 8910.
de robe ' ; comme pour les officiers de l'armée, les preuves de noblesse paraissent avoir été exigées pour eux avec d'autant plus de rig-ueur qu'elles allaient bientôt être regardées comme inutiles. Si la nullité de plusieurs d'entre eux n'avait d'égale que leur orgueil , si d'autres résidaient à peine dans leur diocèse, la plupart prenaient leurs devoirs au sérieux et savaient les remplir avec une sorte de dignité paternelle.
Les évoques d'alors avaient moins d'autorité sur leur clergé que ceux d'aujourd'hui. La plupart des curés de villages étaient désignés par les bénéfîciers ou par des seigneurs qui avaient droit de présentation ou de patronage. On cite même sous Louis XVI un seigneur de religion Israélite qui nommait en vertu de ce droit le curé de son village '. Les bcnéficiers étaient pour la plupart à la nomination du roi et de certains collateurs. Les chapitres des cathédrales et de certaines collégiales étaient souvent nombreux, riches et puissants, et capables au besoin de lutter contre leur évèque et de lui résister. L'intendant, à qui le ministre demandait parfois des renseignements sur la tenue des chanoines dans les offices, intervenait, même sur la demande des évêques, dans les différends qui s'élevaient entre eux et leur chapitre. L'évêque de Vence invoque ainsi, en 1717, les bons offices de l'intendant de Provence. En 1729, l'intendant de Dauphiné rend compte au car-