Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule, t. II, p
2. Ajoutons le Roussillon, de liuscino, colonie romaine, près de Perpignan.
3. On peut aussi citer Ilaanonia, le Hainaut, qui viendrait de Haine, rivière; Elsass , Alsace, pays de l'Ill.
Vascons , sortis du Midi , donnaient aux régions que leurs armes dominaient les noms d'Ile de France, de Bretagne, de Bourgogne et de Gascogne. Au neuvième siècle , un nouveau peuple envahissant , les Normands, se taillèrent un duché de Normandie dans la partie maritime de la Neustrie.
Pendant la période féodale, quelque régions reçurent les noms des princes qui les possédèrent, comme la Lorraine, partie principale des possessions de Lothaire, fils de Louis le Débonnaire, comme le Dauphiné , terre des Allobroges , dont les seigneurs se désignèrent sous le nom du dauphin qui figurait dans leurs armes. La Marche rappelle le vocable sous lequel les peuples germaniques indiquaient le territoire de la tribu ou les terres qui servaient de frontières. Mais à cette époque même, deux provinces importantes furent dénommées d'après la langue et le caractère des populations qui les habitaient : le Languedoc, pays de la langue méridionale, opposée à la langue d'oïl qu'on parlait dans le Nord ; la Picardie, contrée des Picards, race turbulente et hardie , qui se distinguait de ses voisines par des qualités et des défauts qui lui étaient particuliers.
De ce rapide tableau , on peut conclure que presque tous les noms de provinces sont antérieurs au sixième siècle; que tous sont formés au douzième; on peut aussi dire que, sauf de rares exceptions, ce sont les peuples qui ont donné leur nom au territoire et non le territoire aux peuples. La race s'est ensuite identifiée au sol, et sans attacher une importance capitale aux questions de sol et de climats,
il est certain qu'ils ont exercé une influence pénétrante sur les mœurs et les caractères, et qu'ils ont contribué à former la physionomie propre des habitants de chaque province.
Grâce aux liens étroits qui se sont établis et resserrés entre le sol et la race, les conquêtes et les révolutions politiques ont la plupart du temps passé sur les anciennes régions du pays sans en modifier l'essence même ; elles ont passé comme des inondations qui déplacent les barrières et les écriteaux , mais pour les ramener à leur position primitive lorsque l'effort des grandes eaux a cessé de se faire sentir. La conquête romaine a laissé reparaître les formes gauloises qu'elle avait pendant quelques siècles effacées ou remplacées; la France respecta les civitates gauloises, analogues aux circonscriptions germaniques gouvernés par le graf dont le titre correspondait à celui de comte'. Les partages successifs du territoire gaulois entre les descendants de Clovis englobèrent dans leurs limites des provinces entières et des fragments de provinces sans en créer de nouvelles. Ces divisions du sol, non moins arbritaires qu'éphémères, ne laissèrent pas de traces^. Il en fut de môme des désignations d'Austrasie et de Neustrie qui s'appliquèrent à de vastes régions du royaume des Francs. Lorsque les circonscriptions administratives se précisèrent sous Charlemagne, ce furent encore les civitates qui en fournirent les principaux
1. Glasson, Histoire des Institutions de la France, t. II, p. 332.