Longnon, Géographie de la Gaule au VI" siècle, p
6 LA FORMATION DES l'ROVINCES.
éléments. La féodalité fixa souvent leurs contours en même temps que leur dénomination. Les comtés et les duchés, qui constituèrent les provinces, ne reçurent point leurs noms de leurs seigneurs, mais presque toujours, ces derniers prirent leurs noms de la terre ou du territoire dont ils tiraient leur puissance.
A mesure que le domaine royal s'ag-randissait , les provinces passaient de la domination des grands feudataires à celle des agents du roi. Celui-ci, en conservant les baillis et les prévôts des feudataires , ne modifiait point le ressort de leur administration'. La province royale gardait les limites de la province féodale. Lorsque l'extension de l'autorité royale amena une division nécessaire des pouvoirs, les circonscriptions militaires, financières et judiciaires varièrent souvent et parfois ne tinrent aucun compte des limites féodales. Les gouvernements militaires, au nombre de douze au seizième siècle, furent portés à trente-deux principaux sous Louis XV-. Les parlements, du treizième au dix-septième siècle, furent multipliésjusqu'à treize, sans compter les quatre cours supérieures d'Alsace, d'Artois, de Roussil-
1. Luchaire, Histoire des Institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens, t. I, p. 212.
2. Il y avait en outre huit gouvernements secondaires, qui peuvent se rattacher aux 32 autres, où ils étaient enclavés pour la plupart. Cette division est celle qui se rapproche le plus de la division par provinces. La Gcographie familière de Lebeau (1770) en compte 31, qu'elle divise en contrées ou pays, répondants à des cii'conscriptions traditionnelles plutôt qu'administratives, comme le Vermandois, la Thiérache, le Santcrre et le Ponthieu , dans le gouvernement de Picardie.
Ion et de Corse. Enfin, les généralités, instituées pour les finances et gouvernées depuis Richelieu par des intendants, varièrent en nombre depuis leur création au seizième siècle; elles formaient, sous Louis XVI, vingt-sept circonscriptions , auxquelles étaient ajoutées cinq intendances formées de régions conquises depuis la minorité de F^ouis XIV et qui ne portaient pas le nom de généralités ' .
De toutes les circonscriptions créées à la fin de l'empire romain, les diocèses furent celles qui persistèrent le plus. Leui*s limites n'avaient pas été tracées par la force des traditions, mais la plupart du temps d'une manière raisonnée , dans une sorte de circonférence dont la résidence de l'évèque formait le centre. Trop nombreux dans quelques régions, plus étendus dans d'autres, malgré certaines modifications et la création d'un certain nombre de sièges nouveaux ', ils avaient persisté , à travers les con- (juètes et les changements de pouvoir, comme l'image de la stabilité des institutions religieuses, comparée aux fluctuations des institutions humaines.
Les circonscriptions politiques, comme nous l'avons vu , avaient eu moins de durée et leurs va-
1. En 1780, il "avait 33 grandes circonscriptions administratives, auxquelles Expil'iy donnait déjà le nom de départements; elles furent ramenées à 32 par la suppression en 1787 de l'intendance de Pau. Les provinces où il n'y avait pas de bureaux de finances, quoique dans l'usage on leur donne parfois le nom de généralités, étaient le Roussillon, l'Alsace, le Hainaut, la Lorraine et la Corse. (V^« de Luçay, les Assemblées provinciales, ch. I, § vu.
2. Ainsi Jean XXII divisa en 1317 le diocèse de Toulouse en cinq diocèses; le diocèse de Dijon fut institué au siècle dernier.
riations avaient été plus grandes; mais à partir du quatorzième siècle , elles s'étaient fixées dans la plupart des provinces principales , où s'exerça plus tard l'autorité des gouverneurs et des intendants, quoique les limites de leur territoire administratif ne fussent pas toujours les mêmes. Rien d'inégal du reste comme l'étendue, la population et la richesse des provinces. Elles étaient venues successivement s'agglutiner cà la masse du royaume, et s'y étaient soudées sans s'amoindrir ou s'absorber dans les circonscriptions voisines. Les unes étaient vastes comme le Languedoc et la Bretagne; d'autres singulièrement restreintes comme l'Aunis et le Hainaut; mais chacune avait son histoire, ses traditions, sa phy^sionomie propre, et quelques-unes avaient conservé leurs institutions particulières.
Elles n'éltaient pas toujours identifiées aux généralités ou aux intendances ; plusieurs pouvaient être groupées sous la même autorité. Ainsi, sous Louis XVI, la généralité de Moulins comjirenait le Bourbonnais, le Nivernais et la Haute-Marche; l'intendance de Tours renfermait l'Anjou, la Touraine et le Maine; le Limousin était réuni à l'Aiigoumois; l'intendance d'Amiens s'étendit jusqu'en 1755 sur la Picardie et l'Artois, qui fut réuni à cette époque à la Flandre, à laquelle on enlevait le Cambrésis, pour l'adjoindre au Hainaut K
1. De Boyer de Sainte -Suzanne, les Intendants de la généralité d'Amiens, p. 589. — Au commencement du di\-liuiliènie siècle, il y avait deux intendants de Flandre, l'un à Dunkerque, l'autre à Lille. {Almanach royal.)
En revanche, d'autres provinces avaient été divisées dans l'intérêt d'une meilleure administration, comme la Normandie qui renfermait les généralités de Rouen, de Caen et d'Alençon; la Guienne et la Gascogne, qui contenaient les intendances de Bordeaux, d'Auch et de Montauban^
Les circonstances, les influences locales ou supépérieures, la conformité et la divergence des intérêts, non moins que les convenances administratives, déterminèrent parfois les limites des intendances. La ville de Bayonne et le pays de Labourd furent détachés , sous Louis XIV, de l'intendance de Béarn , pour être réunis à celle de Bordeaux ; mais l'intendance de Béarn fut considérablement augmentée, à tel point qu'en 1767 ou jugea qu'il était nécessaire de la diviser en deux. Bayonne devint le siège de l'une des nouvelles généralités, tandis qu'Auch restait la capitale de l'autre, considérablement restreinte. Cet état de choses ne dura pas, et sur les réclamations mômes de l'échevinage et de la chambre de commerce de Bayonne , cette ville et son territoire furent réunis en 1775, comme antérieurement, à l'intendance de Bordeaux , à qui des intérêts communs la rattachaient ^ A la fin du règne de LouisXV, le Languedoc réclamait l'annexion du comté de Caraman, qui avait été usurpé, prétendait-il, par la Guienne, ainsi que plusieurs autres territoires-.
1. Archives nationales, II. 1411 et 1166. — Celte division fut encore modifiée en 1787. (Raymond, Inv.Arch. Busses-Pyrénées, Intr., 1>. 31 et 41. — Traité des droits, fonctions, franchises... publié par Guyotet Merlin, 1787, t. III, p. 440.
2. Arch. nationales, 748. H. i>\ — Les limites des provinces n'étaient
Ajoutons que les limites étaient parfois tracées d'une manière si peu logique qu'il existait des enclaves d'une généralité dans une autre. C'est ainsi que les états de Bourgogne ne cessaient de réclamer de rintendance de Paris un meilleur entretien d'une partie delà route de Tonnerre à Dijon, qui dépendait de son administration, et qui était située au milieu du territoire de la province de Bourgogne '.
La diversité d'étendue et d'importance des provinces était en rapport avec cellede leurs institutions. A vrai dire , celles-ci avaient des similitudes comme des diflerences. Les fonctions administratives provinciales des nations civilisées sont dans tous les temps exercées par des magistrats représentant des intérêts locaux et par des agents directs du pouvoir central. Les habitants peuvent avoir des organes plus ou moins autorisés, participant plus ou moins à la gestion des affaires publiques : tantôt des magistrats inamovibles, mais recevant leur investiture du souverain; tantôt des députés investis d'un mandat qu'ils tirent de leur dignité, de leur naissance ou du suffrage de leurs concitoyens. Sous tous les régimes, on retrouve des administrateurs chargés d'exé-
pas toujours bien fixées. 11 fallut en 17G2 faire faire un règlement par une commission composée des élus du Maçonnais et des syndics de Bresse pour déterminer exactement la frontière de ces deux réglons. (Ibid., H. 189). Quelquefois, la même paroisse appartenait à plusieurs provinces. 11 fut décidé en 1789 qu'elle appartiendrait à celle dans laquelle son clocher était situé. {Réimpression du Monileur, t. III, p. 179.)