I.V l'UOVINCE. — T. I
italiens et la Suisse. 11 jouissait de la plus grande influence et servait d'arbitre aux parties qui avaient plus de confiance dans ses décisions que dans celles du parlement. iMais son pouvoir, presque absolu dans la forme comme dans le fond, portait ombrage à Henri IV, qui disait dans ses instructions à Créqui, en lui accordant la survivance du gouvernement de Dauphiné : « que M. de Créqui doit user de prières lorsqu'il commande et que sa façon de gouverner soit différente de celle de M. des Diguières, lequel a comme conquis la province par armes et par son âge même pour user d'autorité absolue ^ ».
On sait quels dangers firent courir à l'unité de la monarchie des gouverneurs de province tels que Gaston d'Orléans et Henri de Montmorency. Ce dernier paya de sa tête sa rébellion, mais le frère du roi obtint toujours l'impunité de ses actes. D'autres gouverneurs, comme les ducs de Mayenne et d'Épernon , furent remplacés après avoir été accusés de félonie et de rébellion ; mais ils ne tardèrent pas à rentrer en grâce et à se faire réintégrer dans leurs fonctions.
Richelieu s'efforça d'abattre leur puissance^, mais sans y parvenir totalement. Certaines familles de-
1. C*" Douglas et Roman, Actes et Correspondance du connétable de Lesdiguières, 1878, t. 1, intr., p. xu à xlvi.
2. Il se fit (loimer les gouvernements de Bretagne et du Havre, qui furent administrés par ses neveux. — Pour les gouverneurs sous Louis XIII, voir: Caillet, l'Administration de France sons le ministère de Richelieu^ t. I, ch. m; Vicomle d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, t. IV, liv. iv, ch. ii. Le duc d'Épernon fut gouverneur de Guienne, de 1G22 à 1G42, de 1643 à 1C50 et de 1660 à 1661, époque de sa mort. (Bibliothèque Mazarinc, inan. 2626.)
venaient trop puissantes par le nombre de gouvernements qu'elles possédaient; en 16i3, le prince de Condé avait ceux de Bourgogne, de Rouen et de Berry; son gendre, le duc de Longueville, celui de Normandie, et son fils recevait la Champagne. « La maison de Condé, disait-on, va pour ainsi dire de la Suisse à la mer sans sortir de ses gouvernements ^ ». La Fronde démonti'a de nouveau combien, dans certains cas , l'influence et l'autorité des gouverneurs pouvaient être nuisibles à l'État. Aussi l'un des premiers actes de Louis XIV fut-il de les restreindre en réduisant la durée de leurs fonctions. « Dans le dessein de diminuer l'autorité des gouverneurs des places et des provinces, dit-il dans ses Mémoires, je résolus de ne plus donner aucun gouvernement vacant que pour trois ans, me réservant seulement le pouvoir de prolonger le terme par de nouvelles provisions toutes les fois que je le trouverais à propos... J'ai toujours observé depuis le même règlement et j'ai trouvé qu'il produisait deux bons effets : l'un, que ceux qui servaient sous les gouverneurs cessent de prendre avec eux les mesures qu'ils y prenaient auparavant; l'autre que les gouverneurs, ne pouvant demeurer dans leur commandement que par une continuation de ma bonne volonté , vivent dans une soumission beaucoup plus grande"^ ».
Il fut plus facile et plus efficace de toucher aux
1. Cheruel, Histoire de la minorité de Louis XtV,i. I,p. 2S1.
2. Mémoires de Louis XIV, éd. Dreyss, t. II, p. 570. — CeUe réduclion de la durée des fonctions à trois ans était demandée dans le roman de Peiralite , écrit sous la Fronde, pour empêcher
attributions qu'aux personnes. Les gouverneurs puissants par leur naissance et leur situation firent renouveler leurs pouvoirs à chaque terme; ils se perpétuèrent môme dans leur cliarge, et la transmirent souvent à leurs fils, à qui ils en faisaient donner la survivance. Dans une lettre anonyme au roi, Saint- Simon demandait « qu'ils fussent, en effet, et non plus de nom, triennaux, et qu'au bout de trois ans, ils fussent révoqués ou récompensés par leur maintien et leur déplacement '. »
Le moyen d'ailleurs de révoquer ou de déplacer des princes du sang, à qui les gouvernements étaient donnés comme une sorte d'apanage dont ils touchaient les revenus sans en exercer l'administration. François I" avait attribué en 15VG le Languedoc à son petit-fils, le fils du Dauphin, âgé de deux ans; Henri IV, la Bourgogne, en 1607, au Dauphin qui venait de naître 2, En 1647, la reine Anne d'Autriche était nommée gouverneur de Bretagne, sous le prétexte que ce gouvernement étant des plus considérables, il était très important qu'il fût rais entre les mains d'une personne en qui le roi eût une entière confiance '. F^a plupart des princes du sang étaient gratifiés d'une de ces charges, et lorsqu'ils n'étaient pas en Age de la remplir en personne , on la faisait exercer soit par un lieutenant général , soit par un
« l'autorilé fixe et perpétuelle des gouverneurs de devenir héréditaire et patrimoniale. » Voir sur ce roman, plus loin, page 2CC.