Hibl. nationale, fr
commandant en chef. Certaines provinces restèrent ainsi inféodées à des familles princières ou même simplement de haute et vieille noblesse. Les Condé se perpétuèrent en Bourgogne , les Villeroy dans le Lyonnais, les Gramont en Béarn, les Nevers et les Rohan-Soubise en Champagne -, les Luxembourg en Normandie. Des gouvernements furent même cédés à prix d'argent, ou donnés aux fils et aux parenls des titulaires, en survivance ou sur la démission de ceux-ci".
D'autres furent aussi octroyés par le roi à des guerriers illustres, en récompense de leurs services et comme consécration de leurs succès. La monarchie tenait à justifier ses faveurs par des considérations sérieuses, et le préambule des lettres patentes, qui confèrent ces charges à certains d'entre eux, énumère dans un langage élevé et parfois éloquent les titres qu'ils avaient pour l'obtenir. C'est ainsi que le
1. Ainsi, le duc de Lorgc en 1689. fut commandant en Guyenne, avec les appoinlemenls de gouverneur pendant la jeunesse du comte de Toulouse. (Bibl. Mazarine, man., 2G2C); le duc d'Orléans fut chargé en 1738 du gouvernement de Bretagne en attendant que le duc de Penthièvre eût l'âge de l'exercer; Saint-Aignan , du gouvernement de Bourgogne jusqu'à ce que le prince de Conti eût atteint 18 ans. (Duc de Luynes, t. Il, p. 127; t. X, p. 4'J.) — Les fils du roi, qui portaient les titres de diverses provinces, tels que les ducs de Bourgogne, d'Anjou, du Maine, les comtes de Provence et d'Artois, ne furent jamais gouverneurs de ces provinces.
2. Voir mon étude sur les Rois de France à Ttotjes au seizième siècle, ch. v, les Gouvernexirs de Champagne , p. 67 à 74.
3. De Cliaulnes achète sous Louis .XIII le gouvernement de Picardie à M. de Chevreuse, moyennant 100,000 écus. (N. Goulas, Mém., t. II, p. 21.
récit de la bataille de Rocroy, écrit dans un style qui fait présager celui de Bossuet, précède la nomination du duc d'Engliien, le futur grand Condc, au gouvernement de Champagne en 1643 ^ L'énumération de toutes les campagnes du maréchal de Villars et des succès qu'il avait remportés, justifie en 1713 sa promotion du gouvernement de Metz au gouvernement de Provence. Des promotions de ce genre étaient assez fréquentes, et tiraient d'autant moins à conséquence que le titre qu'elles conféraient n'était dans certains cas qu'un vain nom, et se serait réduit selon le marquis d'Argenson , à une pension tirée sur le trésor royal 2.
D'Argenson aurait pu ajouter qu'au traitement des gouverneurs s'ajoutaient, surtout dans les pays d'états, des gratifications, des présents et des revenus de tous genres. Le roi leur accordait des sinécures ou privilèges lucratifs, tels que le privilège de la diligence de Rouen, octroyé en 1723 au duc de Luxembourg ^1 celui des jeux de hasard, que la ville de Lybn racheta au duc de Villeroy moyennant une
1. Nous avons publié le texte de ces lettres patentes dans la lievue historique (t. XXXVII, p. 58 à 07.) Voici quelques extraits du l)réarnbule : c'est le roi qui parle. « Dans le temps que nous tûmes élevés sur le trône, il nous rendit triomphant et victorieux de nos ennemis, lesquels avaient mis le siège devant Rocroy, pour engager un combat général, dont ils tenaient le gain si assuré qu'iis appréhendaient qu'on n'en voulût pas tenter le sort... Enfin, il défit les vieilles bandes espagnoles qui s'attribuaient la gloire d'avoir assujetti les Flamands et porté la terreur dans l'Europe. »