‹ La province sous l'ancien régimeChapitre 146 sur 205 · Encycl. méthodique. Art militaire, t. II, p · texte numérisé non relu

Encycl. méthodique. Art militaire, t. II, p

4. Étal de la France, t. II, p. 550. — Voir plus haut, liv. I, cil. VI. — Duc de Luynes, t. XIV.

5. Expilly, Dict. des Gaules. Voir le tableau des gouverneurs et de leurs appointements à l'Appendice.

0. Un brevet de retenue de 150.000 fr. est accordé au maréchal de

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époques, selon l'importance et la richesse de la province; mais ils restèrent toujours considérables. Le règlement de 1776 les fixa à 60,000 fr. pour la première classe, à 30,000 pour la seconde.

Certains gouverneurs tiraient profit des allocations qui étaient données à leurs subordonnés. Le maréchal de Richelieu, « grand au dehors, mesquin dans son intérieur », dit un de ses biographes, s'appropriait 10,800 fr. sur les 12,000 que la Guyenne accordait au capitaine de ses gardes et la totalité des 6,000 fr. qu'elle déboursait pour son secrétaire 1 .

Faut-il mentionner les dons ou les prélèvements en nature, qui leur sont attribués de toutes parts? La chambre de commerce de Marseille offre à Villars des étoffes d'Orient, des barils d'huile et du café. Le gouverneur du Havre est autorisé à « accepter trois poignées de morue » de chaque navire revenant de Terre-Neuve ; la ville se charge de lui fournir sa provision de tabac , et quand elle touche à sa fin , son secrétaire a soin d'en prévenir la municipalité. Lesjurats de Pau envoient des jambons au duc de Gramont. Les états de Béarn votent des sommes de 3 et 4,000 fr. à la femme et à la fille du gouverneur, pour qu'elles intercèdent en faveur de la province et en reconnaissance de l'affection qu'elles lui portent; ils vont même jusqu'à offrir un cheval andalou

Tallard, dont le gouvernement de Daiiphiné vaut 36,000 fr., pour que sa sœur puisse payer ses dettes à sa mort. (Duc de Luynes, t. VI, p. 396.) 1. Vie privée du maréchal de Richelieu, t. H, p. 191.

on cadeau au duc de Guiclie. La duchesse de Peiithièvre refusa en 1746 un diamant de 100,000 fr. que voulaient lui donner les états de Bretagne '.

Si la plupart du temps, les populations s'empressaient d'offrir des gratifications aux gouverneurs, soit pour s'attirer leurs bonnes grâces, soit pour leur témoigner leur reconnaissance des services rendus, plusieurs d'entre eux exigeaient des dons ou des redevances en argent qu'on eût été heureux de ne point leur donner. Les unes alléguaient leur misère, comme les habitants de la vallée de Barcelonnette qui se déclaraient incapables de payer 6,000 francs par an au maréchal de Villars devenu leur gouverneur; d'autres essayaient d'invoquer l'état de leurs finances. Sous Louis XIII et la minorité de Louis XIV, les gouverneurs ne manquaient pas de faire ce qu'on appelait des affaires avec le roi, c'est-à-dire de bénéficier sur la levée de certains impôts. « Tous gouverneurs sont partisans », disait Tallemand des Réaux, et il racontait que le prince de Gondé taxait une paroisse à une certaine somme pour l'exempter du logement des gens de guerre'^. Ce prince avait en effet soulevé des haines ardentes contre lui par ses violences et ses exactions. Un pamphlet, écrit sous

1 . Le Maréchal de Villars , p. 56. — Guislain Lemale , p. 25 et 190.

— De Lagrèze, p. 257. —Du Bouotiez de Kerorguen, t. I, p. 20î.

— A Besancon, la ville offre au duc de Tallard, lors de son entrée en 1728, 130 bouteilles de vin de Bourgogne, 50 de Chatni)agne, 50 livres de bougies du Mans et 12 flambeaux de nuit en cire blanche. (Ksiignard, le Parlement de Besançon, t. 1, p. 32.) — Voir aussi plus haut. p. 99 à 101.

2 Tallemand des Réaux, Uislorlettes, t. II, p. 219, 289.

abb LKS GOUVERNEURS.

une forme allégorique et romanesque , dépeint en traits énergiques et passionnés son administration qui, après avoir été insinuante et modérée, ne connut bientôt plus de freins. Il le montre, sous le nom d'ivriarque, « exerçant son pouvoir en mille iniquités, tournant sa rage héréditaire contre son misérable peuple, trafiquant des charges; taxant les crimes à prix d'argent et donnant même la permission d'altérer la monnaie ' ».

Les exactions de ce genre cessèrent lorsque le contrôle des intendants s'exerça sans conteste. En 1675, à la suite d'une enquête de Foucault sur les exactions du gouverneur du pays de Foix, Colbert ordonna à celui-ci de se défaire de sa charge-. Dans les instructions qui furent données aux intendants en 1697, ils durent s'informer « si les peuples se plaignaient des gouverneurs en non, s'ils étaient accusés de prendre de l'argent et de vexer les peuples par quelque autre voie, si les accusations dirigées contre eux étaient vraisemblables;., et comme, ajoutaient les instructions, la principale et la plus importante application, que Sa Majesté veut que les gouverneurs de provinces aient, soit d'appuyer fortement la justice

1. Poiralite. — Le manuscrit de ce roman allégorique, conservé à la Bibliothèque de Troyes, provient des collections du président Bouhier. Inspiré par l'influence parlementaire, il met en scène le premier président Legoux de la Berchère sous le nom d'Épistémon, l'intendant de justice (Dicastome), Anne d'Autriche (Aréthuse), Richelieu (Erythère), Perrot, le secrétaire du prince de Condé (Repère), etc. Papillon, dans sa Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, t. II, p. 172-173, attribue ce « roman historique » à l'avocat Gaspard Quarré, seigneur d'Aligny, né en 1605, mort en 1G59.

2 Foucault, Mém.,1). 32.

et d'empêcher roppression des faibles par les puissants, Sa Majesté veut être particulièrement informée de la conduite passée de ses gouverneurs pour savoir ce qu'elle en peut attendre à l'avenir' ». Quelques-uns cependant n'avaient pas besoin du contrôle des intendants pour repousser des offres d'argent que leur conscience ne leur permettait pas d'accepter. Un gouverneur de Metz aurait refusé 100,000 fr. que les juifs de cette ville voulaient lui donner pour être exonérés de l'obligation de porter le chapeau jaune, et des sommes considérables qui lui étaient offertes pour favoriser l'établissement d'un parlement à Metz -.

Le gouvernement de Lyon resta longtemps pour les Villeroyune source abondante de revenus. C'était, selon l'expression de Saint-Simon, un Pérou pour eux. Le maréchal de Villeroy se fit donner 900,000fr. sur les octrois de la ville dans les dernières années du règne de Louis XIV. « Il était, ajoute Saint-Simon, le seul roi de Lyon; le prévôt des marchands était son vice-roi ad nulum, et ils mettaient en poche tout ce qu'il leur plaisait de prendre... sans formalité aucune et sans la moindre crainte d'aucune suite pour l'avenir... » Le contrôle des finances municipales échappait à l'intendant, et le prévôt des marchands ne rendait ses comptes qu'au gouverneur, et en tète à tète 3.

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