Mémoires, t. I, p
jesté que les choses fussent en état d'exiger votre présence * . »
Aussi ne saurait-on affirmer d'une manière générale, comme Fa fait M. Hippeau, qui a publié une volumineuse correspondance de plusieurs gouverneurs de Normandie, que l'autorité des gouverneurs, bien qu'amoindrie par Louis XIV, était encore considérable au dix-huitième siècle. « Chargés, ditil, de transmettre la pensée du gouvernement aux administrateurs de tous les degrés, ils correspondaient directement avec le roi et les ministres, et leurs lettres ont une signification plus grande que celle que présentent les papiers des intendants et ceux des différentes administrations placées sous leurs ordres. » Cette appréciation ne peut s'appliquer avec justesse qu'à certains gouverneurs, à des lieutenants généraux ou à des commandants en chef, qui furent autorisés par le roi , comme les ducs de Richelieu, d'Aiguillon et d'Harcourt, à jouer un rôle ^ actif et. sérieux dans leur province.
La correspondance de plusieurs d'entre eux , conservée dans des archives particulières et des dépôts publics-, montre le zèle et l'activité qu'ils
1. Guislain Lemale, le Havre sotis le gouvernement du duc de Saint-Aignan, p. 230.
2. M. (le Carné cite le journal du commandement du duc d'Aiguillon, renfermé en sept volumes in-4° très serrés et conservés dans les archives de la maison de Chabrillan. Dos [)apiers du marquis de Beuvron, du maréchal d'Harcourt, son gendre, et du duc d'Harcourt, font partie des archives des ducs d'Harcourt; ils ont fourni à M. Hippeau la matière des neuf Tolumes de son recueil sur le Gouvernement de Normandie.
îîiTi LES GOUVERNEURS.
pouvaient déployer, quand il leur était permis de les exercer. Us avaient un secrétaire chargé de la rédiger, et, dans certains cas, les fonctions de ce secrétaire, même lorsqu'il était assisté de plusieurs commis, ne constituait pas une sinécure ^ S'ils n'exerçaient aucune autorité effective, ils avaient toujours à la cour, comme nous le verrons plus loin, un crédit et une influence auxquelles recouraient souvent les individus et les corps constitués de leur gouvernement.
Les fonctions du gouverneur avaient surtout un caractère militaire; elles étaient toujours confiées à un gentilhomme^ à un prince ou un grand seigneur, qui était en môme temps un officier général. 11 pouvait, d'après ses instructions, « ouïr les plaintes des sujets , leur faire administrer la justice » et en faire exécuter les arrêts ; mais il ne pouvait juger lui-même. Il assistait, dans une place d'honneur, aux délibérations des parlements, mais il n'avait point de juridiction personnelle; il n'avait point le droit « de s'entremettre dans les matières contentieuses 2. » Le premier président pouvait le suppléer, quand il s'éloignait, dans ses fonctions de
1. Le secrétaire du maréchal de Biron, gouverneur de Languedoc était un commissaire des guerres. Les secrétaires, nous l'avons vu, avaient des gratifications des états; dans les pays d'élections, à Paris et en Picardie, ils touchaient 3000 francs du roi. (Roschach, t. XIII, p. 1275. —Expilly). — Un décret du 10 mars 1791 supprima les secrétaires des gouverneurs qui n'avaient pas été supprimés, et déclara qu'ils seraient payés de leurs gages jusqu'au 31 décembre 1790. {Moniteur, t. VII, p. 435). — Voir à l'Appendice, § v.
2. Instruction pou7- le service des places de 17G5, lit. I, art. X.
LKS ATTRIBUTIONS. 273
commandant militaire ; mais le gouverneur ne pouvait remplacer le premier président dans ses fonctions judiciaires. C'est un soldat, ce n'est jamais un magistrat. « La division des charges, cpii selon Du Tillet ', est faite pour contenir mieux en leur devoir ceux qui les ont », lui est strictement appliquée '.
Conservant quelques-unes des traditions féodales, le gouverneur était le chef de la noblesse; en cette qualité, il convoquait le ban et l'arrière-ban, composé, comme on sait, de gentilshommes; même lorsqu'on cessa d'y recourir, il fut toujours investi dans ses lettres patentes de ce droit, comme de celui de commander aux capitaines des compagnies d'ordonnances qui n'existaient plus depuis longtemps. Sous Louis XIII , il se met à la tête des gentilshommes, « il donne route » aux compagnies d'arrièreban '^, il règle la marche et le logement des troupes. Au siècle suivant, en 1758, le maréchal de Richelieu, gouverneur de G uienne, invite les bourgeois de Périgueux, qui sont vassaux immédiats de la couronne, à fournir au roi une compagnie de soixante volontaires à cheval. Les magistrats municipaux convoquent aussitôt une assemblée générale des habitants pour procéder à la formation de la compagnie et aux frais que devait nécessiter son entretien ^