Rosciiach, t. XIV, p. 181,182. — DAvonel, t. IV, p
3. Arch. de IWube. Reg. 6 des mandements du bailliage de Troyes.
4. Georges Boissièrc, Études historiques sur la révolution en Périgord, p. 31 à 35.
Le rôle militaire de la plupart des g-ouverneurs resta toujours sérieux dans les provinces frontières confiées d'ordinaire à des maréchaux de France, à moins que ceux-ci ne fussent appelés à rendre de plus grands services à leur roi à la tète des armées d'expédition. Aux époques de guerres étrangères, qui ne furent que trop nombreuses, leur sollicitude peut être plus spécialement attirée sur l'état des fortifications et des hôpitaux, sur la défense des passages et des côtes, sur les approvisionnements des troupes. Le duc d'Enghien ordonne à la ville de Troyes, qui invoque en vain ses privilèges, d'ouvrir ses portes à « des gens de guerre ^ ». Les gouverneurs ont la haute main sur l'administration militaire. Sous Louis XIV, celui de Bretagne s'entend avec l'intendant pour le paiement de rations de fourrages ; il donne des ordres au gouverneur de Morlaix pour faire moudre de la farine destinée à l'armée -. Le maréchal d'Harcourt préside, pendant la guerre de Sept Ans, à l'organisation des milices gardecôtes ; il entretient avec les ministres et les gouverneurs de ville une correspondance importante et suivie sur la descente des Anglais à Cherbourg, le bombardement du Havre, les expéditions contre les iles Normandes, le projet de descente en Angleterre. Les travaux que l'on entreprend dans la port de Cherbourg ont pour lui un intérêt majeur. Il se
1. leyrand Condé gouverneur de Champagne. Revue historique, t, XXXVII, p. 63,
2. Bulletin historique du Comité des travatix historiques et scentifiques, 1892, p. 100 et 96.
fait remettre par les ingénieurs des mémoires détaillés sur leurs projets et leur avancement ; il envoie au ministre des rapports sur les forges où l'on peut couler des canons. Il signale le mauvais état des routes et l'urgence d'y remédier pour les convois militaires. En Bretagne, le duc d'Aiguillon s'occupe davantage des travaux publics; il parcourt toutes les provinces pendant plusieurs mois pour y faire établir un réseau de 800 lieues de route. Ses plans, tracés de concert avec les états, sont si vastes, que le parlement s'en émeut et les lui reproche comme un abus d'autorité.
En temps de paix, le duc d'Harcourt veille à l'entretien des châteaux qui servent de citadelles ou sont encore des forteresses, tels que ceux de Dieppe et de Rouen ; à la sécurité des ports et des places fortes ; à la construction et à l'entretien des casernes •. Si son autorité ne s'étend pas sur les troupes de l'armée active, elle est encore reconnue pour les milices urbaines et pour les compagnies d'arquebusiers. Le gouverneur n'en nomme pas toujours les officiers-, surtout lorsque ceux-ci deviennent propriétaires de leurs charges; mais il leur donne des ordres et des règlements. En Champagne, en 1737, le gouverneur commande aux officiers de la milice bourgeoise de Troyes de faire saisir des per-
1. Hippeau, le Gouvernement de Normandie, t. I à III, t. IX. — Le guet et la milice à Troyes. p. 37. — A. de Boislisle, Corr. des contr. gén., t. III, n° 1552.
2. En I6i9, le prince de Conli, f^ouverncur de Champagne, prétend nommer un capitaine sur une liste présentée par l'échevinage. {Le Guet et la Milice bourgeoise à Troyes, p. 52,53.)
turbateurs pour les conduire » es prisons royales » ; en Bretagne, il fait établir, par l'intermédiaire de l'intendant, une patrouille pour assurer la police à Nantes; en Normandie, il ordonne au capitaine de la cinquantaine des arquebusiers de Rouen d'en faire revue. Il signe un règlement pour la milice bourgeoise de Cacn. L'académie d'équitation de cette ville est placée sous ses ordres et se targue d'être honorée de sa protection.
Les gouverneurs et les majors des villes et des places fortes relevaient sous certains rapports de son autorité. Il pouvait libérer un officier des arrêts ordonnés par un major. Les questions de discipline et de moralité dans les casernes lui sont renvoyées. Le ministre s'en remet à sa décision pour l'heure de l'ouverture et de la fermeture des portes dans les villes fortes. Il a le droit de défendre à tout habitant de sortir dans les rues passé dix heures du soir, sans « porter du feu avec lui. » Les fortifications appartiennent à sa haute surveillance, et c'est au duc d'IIarcourt que l'on s'adresse pour signaler des entreprises de l'évèque d'Évreux, qui, pour donner à, son palais « une grande vue » sur la campagne, a fait abattre des tours et des murailles de l'enceinte de la ville ^ Plus grave est l'enquête à laquelle se livre le comte de Belle-lsle sur un ingénieur accusé d'avoir communiqué un plan de la
1. En 1762, le duc de Filz-James aiilorise les officiers rnimicjpaux de Conques à commander tous les soirs dix habitanls pour faire une patrouille. (Lellrcs du duc de Fitz-James. Bibl. nat., fr. G828.) — nij>peau, t. IX, p. 4i9, 443.
place de Thionville. Belle-Isle instruit aussi le procès d'un officier d'artillerie inculpé d'avoir tenté de recruter des cadets pour le compte du roi d'Espagne ; dans la crainte d'une attaque de la ville de Metz, il fait faire la recherche de tous les « gens sans aveu, fripons et bandits de tout âge et de tout sexe », qui sont au nombre de plus de quinze cents, et qu'il fait expulser par une assemblée de police générale , où il assistera en même temps que l'intendant '.
Les gouverneurs des provinces frontières pouvaient être appelés à rendre des services diplomatiques. Leduc de Gramont représente, en 1720, la France dans des conférences avec des commissaires espagnols, qui selon le caractère de leur nation, font traîner « la chose en longueur ». En 1732, Belle-Isle entretient des intelligences à Mayence pour soutenir un candidat à l'électorat : il demande au chancelier des fonds par le faire réussir. « Sans argent, écrit-il, nous ne ferons rien. » Il fait prendre des renseignements, en 1733, sur la force des troupes de l'Empire et sur ses magasins d'approvisionnement. Il visite la duchesse de Lorraine et fournit à la cour de France des renseignements intéressants sur le caractère et les actes des princes lorrains 2.
Dans certains cas, et particulièrement en vertu de commissions spéciales, le gouverneur se mettait à la tète des troupes actives, soit pour résister à l'ennemi,