Delacroix, Histoire de Fléchier, t. il, p
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que religieux. En 16C3, un évêque se « surpassa luimême », aux états de Languedoc, « pour faire connaître ce que l'on devait au roi et l'entière soumission qn'il fallait rendre à ses avis et volontés K »
Si les membres des états arrivaient dans l'église précédés de leur héraut , le premier commissaire du roi, gouverneur ou lieutenant général, occupait la place d'honneur, entouré de ses gardes, « la carabine sur l'épaule- ». Le dimanche, les membres des états allaient à la messe , portant des cierges , qui pour le clergé et la noblesse avaient des poignées de velours. Ce n'étaient pas les seules cérémonies religieuses auxquelles ils fussent conviés; ils assistaient aux processions, aux Te Deion pour les événements heureux , aux offices célébrés par les confréries dans des circonstances spéciales ^ , aux services funèbres pour les princes ou les membres décédés, à des discours latins prononcés par des jésuites, au baptême des enfants du gouverneur ou de l'intendant dont ils acceptaient le parrainage.
C'était l'occasion de déployer au dehors toute la pompe et le cérémonial , auxquels on attachait alors tant d'importance. En 1759, au baptême de la fille du maréchal de Thomond , lieutenant général
1. Depping, Correspondance administrative sous Louis XIV, t. I, p. 9.1.
2. Arrêt du conseil du 9 février 1693, réglant le cérémonial des états de Foix. Ce règlement était conforme aux usages du Languedoc. (Arch. nationales, II. 71G.) — Filon, p. 59.
3. En 1757, les états de Languedoc assistent à la messe que font célébrer les pénitents blancs de Montpellier pour la conservation des jours précieux du roi. (Arcb. nationales, II. 748 ^s.)
en Languedoc, le cortège se rendit de son hôtel à l'église dans l'ordre suivant. En tête, les valets et escudiers de la ville de Montpellier avec tambours et hautbois, vingt-six cavaliers de maréchaussée, commandés par le prévôt général , douze gardes du maréchal , précédant ime chaise à porteurs dans laquelle se trouvait Mademoiselle de Thomond avec sa nourrice et une autre chaise où était sa gouvernante ; tous les gens de livrée du maréchal, marchant à droite et à gauche des chaises, derrière lesquelles venaient encore douze gardes, les valets de chambre et les gentilshommes du maréchal; le maire et les consuls; les officiers des états, précédés de leurs huissiers; enfin le maréchal, en habit de cérémonie , revêtu des colliers des ordres du roi, accompagné du capitaine de ses gardes et de son écuyer, de l'intendant et des trois trésoriers de France, et suivi de toute la noblesse de la ville. La garnison faisait la haie dans les rues et s'était rangée en bataille sur la place de l'hôtel de ville. Des salves d'artillerie étaient tirées de la citadelle. A l'église, où la nef était occupée par les dames invitées et la noblesse , une messe basse fut dite par l'évêque de Montpellier, au son de la musique des états , et l'archevêque de Narbonne baptisa l'enfant que tenait sur les fonts le plus ancien syndic , sous les noms de Charlotte-Ântoinette-Marie Septimanie ' .
Dans ces sortes de cérémonie comme dans la salle
1. Archives nationales, H. 738 3i. Quand c'était un garçon, on le nommait Languedoc. Le fils du niar([uis de Castiies fut ainsi bap-
des états, les préséances étaient réglées avec un soin qui ne prévenait pas toujours les querelles et les contestations. En 1697, d'interminables discussions s'élevèrent aux états de Bretagne entre le clergé et la noblesse pour le nombre des fauteuils réservés à chaque ordre et sur la question de savoir lequel des deux serait encensé le premier à la chapelle. Le conseil du roi en fut saisi, le gouverneur refusa d'intervenir, ne voulant se déclarer pour aucun des partis qu'il aurait voulu concilier. Son secrétaire finit par proposer d'attribuer autant de fauteuils aux premiers barons qu'aux évêques, et de trancher toute difficulté en se servant de deux encensoirs pour saluer simultanément les deux ordres K En Bourgogne, les députés du tiers, tous magistrats municipaux, siégeaient en robes violettes de velours, de satin ou de moire '.
Le gouverneur ou son lieutenant général, l'intendant même dans les petits états, représentait le roi, qui depuis le gouvernement personnel de Louis XIV, n'ouvrit plus aucune assemblée provinciale. Louis XI H avait présidé les états de Bretagne en 1614 et en 1626, ceux de Languedoc en 1623 et en 1632. Louis XIV tint les états de Bourgogne en 1650, ceux de Languedoc en 1660, ceux de Bretagne en 1661. Toute la pompe royale se déployait dans ces
Usé sous le nom de Louis-Languedoc, en 166G; le petit fils de l'intendant, en 1732, sous ceux de François-René-Languedoc. (D'Aigrefeuille, nist. de Montpellier, p. 434. — Roschach, t. XIII, p. 1035.)
1. Lettre au marquis de Sévigné. Arcli. nationales, KK. 1103.
2. Courtépée, Description de Bourgogne, 2« éd., t. 1, p. 328.
circonstances. En 1632, l'assemblée de Languedoc s'était réunie dans l'église des Augustins de Béziers. Entouré de ses ministres et de sa cour, le roi siégeait sur un trône de velours cramoisi surmonté d'un dais. Quand il parlait , le clergé et la noblesse se levaient et se découvraient; le tiers état se mettait à genoux; quand le roi commandait de se couvrir, les deux premiers ordres obéissaient, le tiers état restait tête nue ^ La présence du roi était un grand honneur qu'on ne pouvait évaluer trop haut; la Bretagne le paya, en 1661, trois millions par le vote d'une imposition spéciale '.
Il en coûtait moins aux états d'être inaugurés par le gouverneur ou par un lieutenant général, quoique l'usage se fût établi de lui donner une gratification plus considérable que la gratitication annuelle, la première fois qu'il s'acquittait de cette mission. Le gouverneur, dans les pays d'états, était d'ordinaire un prince du sang ou un grand personnage, que sa dignité et ses fonctions retenaient à la Cour; le lieutenant général ou le commandant en chef, qui était un grand seigneur et fréquemment un maréchal de France , résidait plus souvent dans la province ; il pouvait y acquérir une véritable autorité, comme le comte de Grignan, qui pendant près de quarante ans fut le personnage le plus en vue de la Provence. A côté du lieutenant général, représentant le pouvoir royal et militaire , se tenait au second rang , pour la