‹ La province sous l'ancien régimeChapitre 45 sur 205 · Lettre du 13 août 1764. (Arcli. nationales, H · texte numérisé non relu

Lettre du 13 août 1764. (Arcli. nationales, H

se concilier les suffrages douteux ou récalcitrants. « C'est presque une chose sacrée, disait un receveur général des finances, que ces pensions que le roi fait payera plusieurs gentilshommes qui sont aux états. » Certaines années, on leur distribue 60,000 francs; si les fonds manquent, on en réclame. Les ministres en accordent, mais sans vouloir créer de précédent. En 1672 , Colbert permet à l'intendant de Languedoc de distribuer 20,000 francs dans le parterre (le tiers état) pour faciliter les délibérations; « mais il ne faut le faire , ajoute-t-il, que si cela était absolument nécessaire. Sa Majesté ne voulant pas remettre les députés dans l'habitude de recevoir des gratifications pour faire les choses qu'elle peut désirer ». Une autre fois, le président avait menacé les membres du tiers état de leur retirer l'indemnité supplémentaire, qui, sous le nom de « montre de grâce », leur était due pour une prolongation de session, et le tiers état avait cédé sur tous les points qu'il contestait ^

La promesse de la faveur ou la menace du déplaisir du roi pouvaient aussi influer sur l'opinion d'hommes chez qui l'esprit de liberté provinciale se conciliait avec le culte du souverain. Les gentilshommes qui « se conduisaient bien » , comme ceux qui se montraient récalcitrants , les membres indépendants ou dociles du clergé et du tiers état étaient signalés au roi par l'évéque-président , le gouver-

1. A. de Boislisle, Cor r. des contrôleurs généraux, t. U, p. il. — De. Carné, I, 342, II, 7. — Colbert, Lettres, t. IV, p. 70. — Roschach, t. Xlll, p. 43i-5.

84 LES ASSEMBLÉES d'ÉTATS.

neur ou l'intendant. « Sa Majesté, écrivait Colbert à l'intendant de Toulouse qui lui avait envoyé un mémoire secret sur les délibérations des états , Sa Majesté a fort bien remarqué ceux qui se sont distingués par leur zèle à contribuer à sa satisfaction et les autres qui s'en sont éloignés en agissant autrement. » L'archevêque de Toulouse , avec une « dextérité » dont il était loué par le ministre, « caressait les barons et les évèques, travaillait le « parterre », c'est-à-dire le tiers, dans le sens des. instructions de la cour K On récompensait largement le zèle et le dévouement. Le président du tiers état de Bretagne , de Treverret, recevait de la cour, à la suite d'une session où il avait agi en sa faveur, des gratitications de 18,000 1., le cordon de Saint-Michel et des lettres de noblesse ~. On pouvait aussi s'attacher certains nobles par des promesses d'emplois à l'armée ou à la cour, par des pensions, par ces mille faveurs dont les gouvernements de tous les temps disposent; on objurguait les hésitants et les malintentionnés; on comblait d'éloges les autres. En 1765, le roi écrit à la noblesse de Bretagne : « Très chers et amés , nous avons vu avec une véritable peine que vous vous êtes presque continuellement occupés d'objets absolument étrangers à ceux sur lesquels nous vous avions enjoint de délibérer et que vous vous êtes livrés à une inaction aussi éloignée de Tesprit et

1. Depping, Corresp, administrative sous Louis XIV, 1. 1, intr., p. XIX, p. 62, C6, 100. — Colbert, Lettres, t. IV, p. 70.

2. Dupuy, Bull, de la Société académique de Brest, 2« série, t. VII, p. 43.

des vues qui doivent régner dans vos assemblées que contraire à la soumission que vous devez à nos volontés... », et il leur prescrit d'avoir à délibérer dans les trois jours de la notification de la présente ^ Une autre fois, le lieutenant général déclare que le roi saura punir ceux qui se rendront coupables d'opiniàtrcté et de désobéissance -. Mais aussi quelle louange ne mérite pas une majorité fidèle ! « Quelle gloire n'aurez-vous point, disait le maréchal l'Estrées aux états de Bretagne, d'avoir su parfaitement démêler les artifices de quelques remuants, qui, sous la fausse apparence de défendre vos intérêts, n'avaient songé qu'à vous séduire et peut-être à vous préparer les plus grands maux ^. » Un receveur général des finances s'adresse aux sentiments mômes d'indépendance dont s'enorgueillissent les députés , pour obtenir d'eux la soumission aux volontés royales : « Dans les États républicains, leur dit-il, dont votre administration est en quelque sorte l'image... les chefs qui les gouvernent se croient d'autant plus obligés par l'honneur et par l'intérêt de la chose publique à donner l'exemple de la soumission et de l'exactitude à la loi et au paiement des impots, que ce sont eux-mêmes qui les imposent au nom de la nation '\ «

Tous les ressorts de l'intimidation , de la générosité, de la flatterie étaient mis en jeu pour vaincre

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