T INTRODUCTION
mule : « car tel est notre plaisir, » le roi prend à tâche de justifier dans les préambules de ses ordonnances les décisions qu'il prend et fait connaître à ses sujets. Dans un langage souvent élevé et toujours noble, il expose les motifs qui le font agir, s'appuyant au moyen âge sur les préceptes religieux, invoquant à partir du seizième siècle l'intérêt public et national ainsi que ses devoirs envers ses sujets. Il sait qu'il est nécessaire pour lui de se concilier leur confiance et leur affection, et que les mesures qu'il prend doivent être le plus conformes à leur opinion. La monarchie, telle que l'a faite Louis XIV, est beaucoup moins absolue dans ses actes que dans ses formules et ses doctrines. Les ordres privilégiés, les corporations judiciaires, financières, municipales et industrielles, le caractère et l'inamovibilité de la plupart des fonctionnaires sont pour elle autant de barrières qu'elle fait fléchir parfois, mais qu'elle ne renverse pas brusquement. Il semble que fondée sur la tradition, elle soit tenue de respecter des institutions traditionnelles qui amortissent son autorité sans en amoindrir le prestige. Sauf pour les individus, elle répugne aux coups de force , dont elle redoute l'éclat. Les édits , les déclarations , les arrêts du conseil se multiplient pour édicter les lois, les expliquer, les
INTRODUCTION. Vil
assouplir, les modifier sur certains points et dans certaines provinces. Les correspondances des administrateurs les adoucissent, y suppléent ou les complètent. C'est dans les lettres des ministres et dans celles des intendants qu'il faut étudier les mille questions que l'administration soulève, cherche à résoudre et décide. Les textes, en grande partie inédits, (jue nous citerons , en donnant plus de vie au tableau administratif de l'ancien régime, en reproduiront mieux la physionomie vraie que ne pourraient le faire les appréciations particulières et les jugements d'ensemble'.
1. Nous avons particulièremaut étudié aux archives nationales les correspondances des contrôleurs généraux de 1715 à 1730, les liasses et les registres des pays d'états, les lettres administratives des séries II. et K. La Bibliothèque nationale nous a fourni les nombreux registres des Le Bret et de Fontanieu, la correspondance des intendants avec le duc de Noailles, président du conseil du dedans, le manuscrit du mémoire si précieux deRicher d'Aube, quelques correspondances de gouverneurs et d'autres. Parmi les ouvrages im;Timés, les grands recueils de correspondances administratives publiés par Depping, Clément et M. de Boislisle, qui a bien voulu nous communiquer les bonnes feuilles du troisième volume de la Correspondance des contrôleurs généraux, \\ow& ont été d'un grand secours, ainsi que des mémoires et des recueils de jurisprudence du siècle dernier, plusieurs ouvrages d'histoire administrative, tels que ceux de MM. Dareste, Chéruel, de Lavergne, de Luçay, un grand nombre d'inventaires d'archives départementales, et tant de consciencieuses et précieuses études provinciales, en tête desquelles je