CHAPITRE VIII
Cahiers des États. — Plaintes et vœux. — Articles dits « de style ». — Demande de non exécution de certaines lois. — Élection et nomination des députés. — liilUiences mises en jeu. — Réception des députés par le roi. — Fêtes données en leur honneur à Versailles. — Leurs libéralités. — Examen des cahiers par le conseil du roi. — Réponses aux articles des cahiers. — Plaintes contre des agents du roi. — Compte rendu par les députés à leurs commettants. — Agents permanents de la province à Paris.
Le vote des impôts et des dépenses , la participation à l'administration régionale ne sont pas les seuls droits des états ; ils ont aussi la faculté de se mettre en rapport direct avec le roi et les ministres par l'envoi de leurs cahiers et des députés chargés de les porter. L'adoption du texte de ces cahiers et le choix de ces députés était un des derniers actes de leur session. Les remontrances et les doléances ont toujours été la suprême ressource des assemblées particulières et générales, politiques, administratives et judiciaires; la royauté les a toujours écoutées, sauf à n'en pas tenir compte, lorsque des nécessités supérieures ou ses convenances l'exigaient.
Les cahiers furent rédigés, sous Louis XHI, sur un ton pathétique et avec des tournures imagées qu'ils ne conservèrent pas phis tard. « Sire, disaient ceux de Normandie, vous demandez heaucoup, nous pouvons peu. Prenez la laine, laissez la peau entière, afin qu'elle renourrisse ce que vous pouvez tondre chaque an... Comme ceux qui marchent à pied dans la mer, plus ils vont , plus ils s'enfoncent. . . aussi , sire , quand nous voulons mettre nos maux et afflictions en quelque ordre pour vous les représenter, nous y trouvons un abîme de misères ». — Et en 16i3, ils dirent encore : « Le pain n'est paistry que de larmes de misérables et la boisson si chère que l'eau ne se peut boire qu'en l'acheptant à prix d'argent *. » Dans tous les temps, les provinces se sont plaintes de l'excès des impôts; elles ont toujours crié misère pour les faire diminuer; mais leurs doléances, pour être incessantes, ont été par la suite moins accentuées dans la forme, tout en étant parfois rédigées avec une rudesse et une âpreté de langage que le pouvoir central ne supporterait pas de nos jours'.
Il faut distinguer dans les cahiers les plaintes et les vœux. Les plaintes roulent sur la misère des temps, et , selon les circonstances, sur les grêles , les orages, les inondations qui sont venues frapper les récoltes et raréfier les sources de l'impôt. Lorsque de nouvelles contributions viennent s'ajouter aux anciennes, ce
1. De Robillard de Beaurepaire, Cahiers des états de Normandie, l. 1, p. 169, t. III, p. 113.
2. Dupuy, le Régime parlementaire de Bretagne an dix-huitième siècle. Bull, de la société académique de Brest, t. VU, p. 46.
sont de nouvelles lamentations sur l'impossibilité où l'on se trouve d'y satisfaire, impossibilité que rend souvent vaine la persistance de la volonté royale. Il en résulte des demandes de diminution , d'exemption,, de rachat des droits nouveaux, auxquelles il est parfois donné satisfaction. Les états se plaignent toujours, parce qu'il n'y a aucun risque et qu'il peut y avoir profit à se plaindre.
La plupart des articles sont « de style » et sont reproduits tous les ans, lorsqu'ils n'ont pas obtenu une réponse satisfaisante'. Ils sont fréquemment appuyés par des mémoires circonstanciés , rédigés avec soin par les rapporteurs des commissions des états. Les vœux sont de tous genres; ceux qui touchent au fisc sont les plus nombreux : ils portent sur les décharges de gabelles, la diminution du sel , les exemptions d'impôts de diverses personnes, l'excès des remises aux receveurs , les abus de la capitation , les contributions levées sur certaines terres au détriment des autres. D'autres vœux, comme nous l'avons vu, concernent les travaux publics, l'agriculture, l'industrie, l'instruction supérieure : d'autres s'élèvent contre l'exagération des frais de justice et le service défectueux des postes^. Quelques-uns révèlent la préoccupation de soutenir les intérêts des habitants de la province, comme la demande que forment régulièrement les états de Bretagne de faire