‹ La province sous l'ancien régimeChapitre 9 sur 205 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

Sous Louis XIII et sous la régence d'Anne d'Autriche, les ministres donnaient eux-mêmes l'exemple des profits que Ton pouvait tirer de l'exercice de ses fonctions ; on connaît les richesses immenses que le pouvoir avait procurées à Richelieu et à Mazarin, et comment ils en rachetèrent l'origine en léguant une partie d'entre elles au roi. La condamnation de Fouquet ralentit les concussions; mais Colbert lui-même, si disposé qu'il fiit à réprimer les fraudes, laissa une fortune qu'on évaluait à 10 millions; les financiers continuèrent à réaliser des bénéfices exagérés, que la Régence réduisit en les obligeant à des restitutions considérables. Le progrès de l'honnêteté publique s'accentua dans le cours du dix-huitième siècle, que l'on représente comme une époque de corruption, parce qu'on le juge surtout d'après les mœurs de la cour et les écrits de certains hommes de lettres. Le président Hénault rend hommage à l'intégrité des ministres de Louis XV : « Tous, dit-il, sont sortis du ministère comme ils y sont entrés, ou sont morts ruinés' . » Beaucoup d'intendants méritent le même éloge. Les traditions anciennes, qui consistent à rémunérer les fonctionnaires par des présents, persistent par-

1. L. Pérey, le Président Hénault. Correspondant du 10 janvier 1893, p. 86.

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fois; on peut citer aussi quelques faits de concussions dans les bureaux des grandes administrations ; mais les financiers, s'ils sont toujours attaqués pour leur rapacité professionnelle, ne le sont point, ou du moins très rarement, pour leur avidité personnelle. Il s'établit de nouvelles maximes d'après lesquelles il ne fut plus licite de s'enrichir au détriment de l'État, et les agents des fermes euxmêmes, souvent détestés pour leurs vexations fiscales, furent rarement accusés d'en profiter. La Révolution ne fit point le procès de leur gestion, et si elle envoya à l'échafaud les fermiers généraux au nombre desquels était Lavoisier, elle les frappa plutôt comme aristocrates que comme financiers prévaricateurs.

Par sa science appuyée sur son intégrité, l'administration est devenue une des forces modératrices de l'organisme politique; son empreinte sur le gouvernement de l'ancien régime était si profonde , qu'à la veille de 1789, on qualifiait déjà celui-ci de bureaucratique; elle a tempéré, depuis Colbert, l'action toute puissante de la monarchie, comme elle modère de nos jours l'action sans contre poids de la démocratie. Elle a dirigé la majeure partie des affaires sous l'un et l'autre régime, parce qu'elle les connaît mieux que qui que ce soit, les

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