‹ La provinciale; piece en trois actesChapitre 8 sur 68 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ARDISSON

Tout à coup Berneron vient me prévenir... Le lieutenant Jandet entrait toujours dans la figure avant son tour!... Ce lieutenant Jandet, une vraie perche, balaie le plafond avec sa tête. Naturellement, il attrape tous les papillons ; tandis que le pauvre Berneron, lui, haut comme ma botte... Qu'est-ce que tu aurais fait, toi ?

GEORGES, railleur.

Diable!...

ARDISSON

Moi, je guette, et quand je vois tricher mon lieutenant, je l'avertis gentiment... Lui, répond oui, recommence. Je l'avertis une seconde, une troisième fois. A la quatrième, impatienté, je le retiens par le bras : lui, se dégage brusquement et m'appelle : « imbécile » ou « butor »...

GEORGES

Ou les deux... Et toi?

ARDISSON

Moi... alors... Je suis allé souper tranquillement... (un temps.) Mais je t'avertis qu'au cercle, on murmure contre toi. Toutes ces choses arriveraient moins, si tu te trouvais là... Tu es notre président, que diable!

GEORGES, souriant.

J'ai donné trois fois ma démission...

ARDISSON

Nous t'avons renommé!... Montre-toi au moins les soirs de bal.

GEORGES

Ma femme n'aime pas veiller.

ARDISSON

Vraiment, madame? Une charmante jeune femme comme vous... (Regardant Georges.) Cela Qussi fait murmurcr...

BERTIIE.

Ils sont bien bons !

ARDISSON, à Berlhe.

Vous étiez pourtant venue, l'année dernière.

GEORGES

Oui, mais avec quel mal!... Berthe a des goûts d'un sérieux...

ARDISSON

On fait une simple apparition... On donne l'exemple!

BERTHE

Et ma fille?...

Georges se dirige vers la porte du fond.

Tu t'en vas ?

GEORGES

Non. Je donne un coup d'oeil. J'ai laissé mon cabinet ouvert.

ARDISSON

Ton clerc le prend à l'aise...

GEORGES, souriant.

Tu devrais savoir que les avocats n'ont pas de clercs comme les avoués, mais des secrétaires... Et Maurice, mon secrétaire, est allé pour moi au tribunal.

ARDISSON

Oh ! je pensais bien que ce n'était pas les suites du bal... Monsieur Maurice ne daignerait pas être de notre cercle.

Page 1