‹ La provinciale; piece en trois actesChapitre 9 sur 68 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GEORGES

Il a autre chose en tète.

ARDISSON

Dis plutôt que nous ne sommes pas de son monde I (serihe se lève et va attisser le feu.) Oui, pas de soQ moude... Un vicomte !

GEORGES

Il signe Ponthieu, comme toi Ardisson.

ARDISSON

Eh ! oui ! Monsieur le vicomte ne porte pas son titre, que chacun doit connaître ! Dans tous les cas, il est d'un fier...

Il est digne... Il a honte de l'existence scandaleuse que mène son père...

ARDISSON

Le papa? je le trouve très chic... pétri d'esprit.

GEORGES, haussant les épaules.

Un vieux farceur... qui doit à la moitié de la ville... Dans chaque passant, son fils redoute un créancier.

ARDISSON

Comme s'il était forcé de payer ?

GEORGES

11 paie, cependant. Le comte, lui, réduit à vivre d'expédients... du jeu, de pis encore... a tout mangé. 11 ne reste à Maurice qu'une rente de deux mille francs, incessible et insaisissable, heureusement... Un morceau de pain que lui a sauvé sa pauvre mère, morte de chagrin... Eh bien, il n'en dépense pas ça pour lui, de sa rente. Il emploie tout à ré-

parer les frasques paternelles, et se contente pour vivre, des causes insignifiantes que je lui abandonne... car il n'y a pas de danger que vous l'aidiez, vous autres. Toi, monsieur, avec toutes les affaires qui te passent par les mains, as-tu jamais eu l'idée de lui envoyer un client?

ARDISSON

Je te les envoie, à toi.

GEORGES

Moi, c'est autre chose. Dis donc, un père de famille!... Mais cet intéressant garçon souffre vraiment d'être toujours aidé par moi... 11 ne veut plus m'étre à charge, me répètet-il chaque jour... Est-ce qu'il ne parle pas de partir, d'aller chercher fortune à Paris, le pauvre diable... Je le demande un peu : à Paris !... Au moins, ici, il surveille son père, l'empêche de rouler plus bas... Oh! c'est une douloureuse histoire. Maurice se prive de tout, regarde à un centime et, s'il ne fait pas partie du cercle, sois sûr que c'est à cause de la cotisation. Pour ne pas habiter avec le peu respectable auteur de ses jours, est-ce qu'il ne s'est pas mis en pension chez le greflier du juge de paix!... Il parait élégant, parce qu'il a de la race, (n hausse les épaules.) Fais-moi le plaisir de ne pas aller répéter tout ça au Café des Mille Colonnes, (un temps.) En somme, ni toi ni moi, ne serions capables d'en faire autant ? Et au lieu d'admirer ce garçon, de soutenir son courage, vous lui témoignez tous une froideur... qu'il attribue à la triste réputation paternelle... C'est navrant!... Il n'y a que ma femme et moi qui ayons de i'amitié pour lui.

ARDISSON

Tu as raison, et sois certain qu'à l'avenir...

GEORGES

11 y a longtemps que je voulais te parler de lui... mais

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