LES AGRANDISSEMENTS DE LA PRUSSE
tes, ses usines renversées et des populations misérables et ignorantes à la place d'un peuple éclairé et florissant, la France serait-elle plus grande, plus heureusev plus libre?
Nous vivons à une époque de transition entre rage du despotisme et du matérialisme qui va finir et l'ère de l'industrie et de la libearté qp»i s'ouvre. De là ces contractions qui étonnent et scandalisent. N'est-il pas étrange qu'on ne s'occupe que des moyens de se détruire et de se imire? S'il faut passer par la période de l'armement général, que du moins on ne s^arme que pour se défendre. Le système des milices fortement organisées devrait alors remplacer celui des armées permanentes. La Prusse y a trouvé ces forces qui ont accablé ses ennemis et étonné le monde. Que la France la devance dans cette voie- Instruction obligatoire, service obligatoire pour tous, exercice militaire dans les collées comme dans les écoles de cadets de la Suisse, un petit nombre de soldats sous les drapeaux, mais dans leurs foyers des millions d'boinmes bien exercés, prêts à se lever pour défendre la patrie, voilà des réformes qui seraient pour l'Europe un exemple et un apaisement, pour la France elle-même une garantie de liberté , une source de force , de richesse , de virilité, d'instruction, de moralisation, dont il est difôcLle de mesurer les salutaires effets. .
LE SOL DE LA TOUSSE ET LA CMSTtTUTIOll DE LA PROPRIÉTÉ
SI
De tons les grands États européens , il n y en a point qui aient été moins favorisés par la nature que la Prusse. Le roi de Hanovre appelait Frédéric II l'archi-sablier de l'Allemagne, et Frédéric lui-même ne se faisait pas faute de plaisanter sur les sables du Brandebourg.
Quand on traverse la Prusse dans sa grande longueur^ depuis le Rhin jusqu'à Kônigsberg ou Gumbinnen , l'aspect du pays est d'une monotonie désolante et dénonce la pauvreté native du sol. Presque partout domine la céréale des terres arides, le seigle^ qui est même généralement petit et maigre. Des bruyères , des plaines de sable aussi nues, aussi désolées que celles du désert, attris-
tent le regard et s'avancent jusqu'aux environs de la capitale; puis viennent des eaux dormantes, des étangs mélancoliques qu'entourent des bois clair-semés de sapins mal venus , des tourbières, des marais, et à l'horizon les silhouettes transparentes de quelques bouleaux rabougris. La plupart du temps , un ciel gris laisse filtrer sur ce morne paysage une lumière blafarde. L'ennui vous saisit en le traversant ; on hâte de ses vœux le vol rapide de la locomotive. La nuit arrive et toujours s étend à l'infini la même plaine uniforme. Le lendemain on retrouve encore les mêmes sapins maladifs, les mêmes bouleaux rachitiques, les mêmes champs de seigle, le même aspect de pauvreté souflreteuse ; il semblé qu'on n'ait point changé de place.
Le climat est extrêmement rigoureux ; trois mois de neige, un froid qui dépasse 30 degrés centigrade, et, circonstance plus fâcheuse encore, des gelées tardives jusqu'en juin et juillet , qui grillent les pommes de terre et le sarrasin. Cependant les habitations rurales sont bien soignées , propres et correctement tenues dans leur médiocrité, comme le vêtement d'un sous-officier en demi-solde. Dans les villages , l'église et l'école , en excellent état, annoncent qu'on ne néglige pas les intérêts moraux et intellectuels; les routes , les cours d'eau sont dans un admirable état d'entretien. Tout in-
dique l'effort d'une volonté persévérante et prévoyante.
Le touriste qui cherche des sites pittoresques , l'agronome qui désire visiter des régions de riche culture, ne doivent point aller en Prusse. Même dans le district si renommé de Magdebourg, la Prusse n'a rien à offrir qui puisse se comparer aux Flandres française et belge, à la Normandie ou aux comtés de Norfolk et de la Basse-Ecosse ; mais celui qui voudra savoir comment 1* homme parvient à vaincre les résistances d'une nature rebelle et à tirer d'une terre inféconde d'abondants moyens de subsistance , comment surtout l'instruction généralisée et la science appliquée peuvent contribuer aux progrès de l'agriculture, celui-là trouvera dans l'étude de l'économie rurale prussienne les plus utiles enseignements. Sans doute c'est pour les yeux de l'amateur un beau spectacle que celui des gras pâturages de la Lombardie ou de la Hollande , tout couverts de magnifiques troupeaux; mais s'il désire améliorer son domaine , que peut-il emprunter à ces contrées exceptionnellement favorisées , pour qui la nature a tout fait? Vient-il à les citer, on lui répondra qu'il faudrait commencer par se procurer le fertile limon qui produit spontanément ces nourrissants fourrages. Que si, au contraire, il a vu des terres de la plus mauvaise qualité donner
BU reveira rémunérateur, il pourra facilement en faire son profit en introduisant les procédés qmi ont réussi ailleurs. De même en cherchant comment un État natureltement pauvre et déshérité a pu grandir rapidement en puissance et en richesse, les nations plus favorisées et qui pourtant nV vancent pas aussi vite, trouveront peut-être l'occa-sion de salutaires réflexions et d'^utiies réformes.
Avant les récentes annexions, le territoire de la Prusse avait une étendue de 28 millions d'hectares; il en comprend aujourd'hui 35 millions. Il présente l'aspect d'une grande plaine de formation tertiaire qui va mourir en pente insensible sous les eaux de la mer du Nord et de la Baltique , de façon à n'y pas ouvrir de ports d'une profondeur suffisante pour la marine de guerre, sauf Riel; elle se relève ensuite peu à peu vers le sud, où elle est bornée par les massifs de roche cristalline des monts Sudètes, par la chaîne des Géants, du Harz, du Teutoburger - Wald et de 1 Eifel avec ses coulées àe lave et ses cratères éteints. La superficie est composée d'un mélange d'argile et de sable, dépôts opérés au fond de la mer et soulevés au-dessus du niveau des eaux pesrdant Tépo-
que géologique la plus récente. Dans le sous-sol, on rencontre tantôt une croûte ferrugineuse, bien conime dans les Landes , et qui fait le désespoir du cultiTateur ; tantôt de la marne de formation éocène, qui permet d'amender la terre en lui donnant les éléments calcaires qui lui font généralement défaut. La craie même apparaît parfois au jour comme dans l'île de Rugen, où elle se dresse du côté de la mer en falaises de plusieurs centaines de pieds de hauteur. Parcourons rapidement les différentes provinces. La plus orientale est la plus grande. La Prusse confine à la Russie, dont elle reproduit assez exactement les caractères physiques. Le bassin et le delta de la Vistule aux environs de Dantzig, le delta de Memel à partir de Tilsit, le district de Marienwerder, offrent des terres d'excellente qualité produisant du froment, du lin, de l'orge en abondance ; mais presque tout le reste de la province est peu fertile, entrecoupé de marais , de petits lacs et de bruyères absolument stériles, où le sapin même, le plus sobre des arbres, refuse de pousser.
Sous le 54* degré de latitude nord, le climat est sérère, et la période de végétation très-courte. La récolte se fait tard, les semailles d'automne trèstôt; il faut ainsi exécuter tous les travaux agricoles en peu de temps et employer beaucoup de chevaux et d'hommes, qu'on ne peut utiliser pen-
dant le long hiver qui suit un rapide et brûlant été. Cette circonstance augmente les frais de production. D'autre part, le prix des denrées reste relativement assez bas, parce^ que la population est clair-semée et les voies de communication encore peu* Nombreuses. La conséquence naturelle de cet état de choses est que le produit net et le produit des terres ne sont pas considérables. Les chiffres suivants donneront une idée de ces conditions économiques.
La population s'élève seulement à 2559 habitants par mille carré, tandis que la moyenne pour tout le royaume est de 3771. Le prix de la viande de bœuf est de 60 à 80 centimes par kilo. On ne compte par mille carré que 4125 mètres de routes et de canaux , et les estimations officielles du cadastre, faites il y a quelques années, n'attribuent à la terre arable qu'un produit net de 12 fr. 50 par hectare, et une valeur vénale de 375 francs.
La province de Posen, au sud de la précédente, n'a pas d'aussi belles terres d'alluvion, et le sable y domine aussi dans toute la partie occidentale. Cependant le bassin de la Netze, dans le cercle de Bromberg, et celui de l'Obra présentent des prairies fertiles, et le climat y est moins défavorable à la végétation des récoltes d'été. Il y a une trentaine d'années à peine , la contrée était couverte de grands bois, continuation des sauvages forêts
de la Pologne et de la Lithuanie où vivent encore quelques représentants de Tantique race du bos urus, Y aurochs y qui est près de disparaître. Depuis lors on a défriché la plus grande partie de ces massifs forestiers. La terre arable prend 61 p. 100 de la superficie, et les bois seulement 21, proportion inférieure à celle qu'offre le royaume, et qui est de 24 p. 100. Malheureusement, la terre obtenue par le défrichement est encore très- humide, remplie d'un humus aigre, exigeant beaucoup de chaux, d* engrais, et un drainage profond que le peu de pente du terrain rend souvent très-diffi cile à exécuter. La densité de la population est un peu plus grande que dans la province de Prusse : elle est de 2842 habitants au mille carré. La viabilité est meilleure, puisqu'il y a 5550 mètres de voies par mille. Le prix des terres a beaucoup augmenté. Le cadastre le portait à 450 francs l'hectare. En réalité , il dépasse maintenant 700 francs.
La province de Posen est, comme oti sait, d'origine polonaise; les Allemands s'y sont introduits peu à peu pour la germaniser. Il s'est produit dans le chiffre relatif des deux races de singulières vicissitudes. En 1815 , il n'y avait que 160 000 Allemands et 615000 Polonais. En 1861, sur 1467 604 habitants, il y avait 666 083 Allemands et 801 521 Polonais. L'élément germanique
avait donc fait d'étonnants progrès, puisque de 26 il s'était élevé à 83 p. 100 de réiément slave; mais à partir de 1861, celui-ci s'accroit rapidement, tandis que l'autre diminue. £n 1864, on ne trouve plus que 75 Allemands pour 100 Polonais. Gela is'explique par un double mouvement d'émigration et d'immigration. Les Allemands émigrent vers l'Amérique ; les Polonais fuyant le joug russe, s'infiltrent en Prusse. Toutefois , par un mouvement continu , la propriété , parait-il , passe des mains des Slaves dans celles des Allemands.
La Poméranie , qui s'étend des deux côtés des bouches de l'Oder, le long de la Baltique, est mieux partagée qœ les deux provinces précédentes« Les districts de Siralsund, de ^ettin , l'ile de Rugen et tout le liUoral présentent des terres fertiles propres i la culture du froment, de 1 orge et même de la betterave. L'intérieur du pays est plus médi)Ocre ; le seigle et le sapin y reprennent leur empire. La proximité de la mer, la facilité des exportations , donnent aux produits agricc^es à peu près la valeur qu'ils atteignait sur les marchés régulateurs de l'Europe occidentale. C'est un pays de grande propriété. Les domaines dépasses! 300 morgen*^ c'est-àrdire environ 75 hectares.
1. Le morgen de fflagdebourg, la mesure agraire généralement employée éaaa les statistiqttes prussienoeSy contieitt ISSU mètres carrés. Quatre morgem font ainsi un peu pliu d'un hoctar*.
cupent les 68 centàèmes de la superficie. La petite propriété des paysans , de 1 à 7 hectares, n'en yreaad que 4 p« 100; grande différence avec la France , où la classe des petits pro{»riéCaires est si nombreuse. La Poméranie est aussi la province la moins peuplée du royaume : on n'y compte que 2492 habitants par mille carré , et la même étendue offre 7000 mètres de routes et de canaux. Le prix moyen de Ihisctare dépasse 900 francs.
Le Brandebourg, noyau» primitif de la monarcbie prussienne, en est la région la ^lus stérile ; on n'y rencontre pière de bonnes terres qu'aux bords de TOder et de la Wartha, et elles forment à peine 4 pour 100 de la superficie. Les districts de Priegnitz, de l'Uckermark et du Havelland, contiennent quelques partes assez productives. Dans tout le reste de la province domine un maigre sable qu'on n'a pu mettre en valeur que par des eâbrts persévérants bien dirigés.
C'est ici que le lupin, aiteiré vert comme entais ou donné comme fourrage aux moutons, a fait merveille, fie magnifiques travaux d'assainissemeat out été exécutés à différentes époques à partir du moyen âge, et, grâce aux résineux, on a pu tirer parti des zones les plus rebelles. La consommation de villes importantes, oomme Berlin, FrancforlHsur^rOder, Potedam, l'étendue des voies de communication, qui atteint 10 000 mètres par
mille carré, assurent aux produits un prix rémunérateur. La viande se vend un bon tiers plus cher que dans les provinces orientales : elle vaut 1 fr. 50 le kilogramme. Le prix de la terre s'en ressent et monte à 1100 francs l'hectare. La propriété est plus divisée que dans Test. Les domaines dépassant 75 hectares n'occupent plus qu'environ la moitié de la surface, et les fermes de 7 à 70 hectares, exploitées par des cultivateurs propriétaires, sont nombreuses : elles ^prennent 38 pour 100 de la superficie. La culture est généralement trèsbien conduite, et les progrès accomplis dans ces dernières années sont très-frappants. De meilleures races d'animaux, les vaches d'Ayr et de Hollande, les moutons et les porcs anglais, se propagent, les instruments aratoires perfectionnés se répandent et l'emploi des engrais commerciaux prend une extension rapide.
La Silésie présente un aspect très-différent de celui des provinces du Nord. Traversée dans toute sa longueur par l'Oder, elle s'avance comme un coin entre les populations slaves de la Pologne et de la Bohême. Toute la région ihéridionale est montagneuse. Les contre-forts dés Eulen et des Riesen-Gebirge, s'y soulèvent en croupes assez hautes où la couche végétale d'une froide argile est mince et peu favorable à la végétation des céréales. Le climat est rude, la tempe-
rature subit de brusques changements* Dans la. haute Silésie, les semailles du printemps ne peuvent se faire qu'à la mi-avril, et celles d'automne doivent être terminées au commencement d'octobre. Le foin ne se coupe qu'à la mi-juillet et le froment ne mûrit qu'en août. La petite culture domine dans cette région : il n'y a que peu d'exploitations dépassant 75 hectares. Dans la basse Silésie le climat est moins rigoureux, la propriété moins divisée. L'étendue des fermes ordinaires est de 25 à 50 hectares. Cette province est la seconde sous le rapport du bétail ; on y compte par mille carré 2573 bêtes à cornes, 510 chevaux et 5149 moutons dont la laine est très-renommée. La capitale, Breslau, est après Berlin la ville la plus peuplée du royaume, elle compte 164 000 habitants.
La province de Saxe était la plus riche de celles qui formaient la Prusse avant les récentes annexions. A l'exception des hauteurs du Harz et du Thuringer-Wald, que l'âpreté du climat et du sol rend peu propre à la culture, le reste du territoire est de bonne qualité, et les districts de Magdebourg, Mersebourg, Kalbe, Erfûrt, sont même excellents. C'est aussi la contrée où les procédés agricoles sont le mieux entendus, et les améliorations nouvelles le plus promptement introduites. Les riches cultures industrielles, celles de la bet-
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térarre' surtout, y s'ont très-Tépâiidues et ^donocat les meilleurs résultats. La moyenne propriété^y domine. 'Les domaines de plus de 150 hectares n'occupent que 30 pour 100 de la superficie.
Située au centre intellectuel de TAUêmagne, la Saxe est sous tous ' les rappoHs le pays le plus avancé de la Prusse.* La Wefetphalie au contraire en est un des plus arriérés. «Le sol y est peu fertile. Au sud s'élève • la région montagneuse • du Sauerland ou « pays amer, » avec ses bois de peo de valeur, ses terrés humides etson rude climat. Au nord s'étend la grande plaine de Munster avec ses sables et ses bruyères. Il n'y a que les quarante-trois centièmes de la superficie qui soient cultivés. C'est à l'extrémité méridionale de la province que se trouve le district de Siegen, dont tes prés arrosés servent de modèle et d'objet d'étude a toute l'Allemagne.
La façon dont les habitants de Cette région exploitent leurs bois et leurs • prairies mérite d*être connue. Ces bois s^appellent haubergenet occupent toutes les déclivités des montagnes, qui s'élèvent jusqu'à 1700 pieds de hauteur. Au dixhuitiètne siècle, le duc de Nassau, à qui le pays appartenait, craignant que la division de la propriété en parcelles ne nuisît à la bonne exploitation , entreprit une opération générale de conso-
lidation. Voici en quoi elle consistait. Toutes, les propriétés particulières d'une commune furejat réunies en un ensemble indivis, dans le produit duquel chaque propriétaire vint prendre une. pjut proportionnée à ce. qu'il possédait d'abord.. L'^djninistration du bien commun est confiée à. .un. directeur {vorstand) élu en assemblée générale, pQur six ans. Les haubergen de chaque commune formant un tout sont divisés en dix-huit ou vingt coupes aunuelles d'un seul tenant. Quelquefois la coupe est vendue, et le produit partagé ventre, les ayants droit, proportionnellement aux parts que chacun possède. D'autre fois la superficie à exploiter est découpée en bandes parallèles s'étendant depuis le pied des hauteurs jusqu'au sommet, et chacun des copropriétaires tire, parti de la lisière de bois que le tirage au sort lui assigne. D'après les règlements, on pèle le taillis de chêpe quand la sève monte, pour obtenir des écorces à. tan. En mai, le bois est coupé; la superficie du sol est enlevée par mottes qu'on met en tas et qu'on brûle au mois d'août; dans les cendres, on sème du seigle qui est récolté, avec précaution, l'an d'après entre les pousses nouvelles des souches, que cette opération ne fait pas du tout souffrir. Le sol étant ainsi bien nettoyé et ameubli, on met de jeunes plants dans les places vides. Une herbe abondante succède au seigle sous le taillis qui repousse.
Quatre ans après on y mène paître les moutons et. un peu plus tard les vaches.
Les haubergen donnent donc successivement des écorces à tan, du bois à brûler, du seigle et de rherbe. Le produit brut monte à 900 francs par hectare pour 18 ans, soit 50 francs annuellement. Le produit net est d'environ 2<i francs, ce qui est très-considérable, vu qu'il s'agit de bois situés sur des déclivités très-raides, et dans ce calcul le pâturage n'est compté pour rien. L'organisation des havèergen ressemble beaucoup, on le voit, à celle d'une société anonyme. Les actions sont remplacées ici par des parts appelées stammjâhne et inscrites au grand-livre. Le propriétaire dispose librement de sa part indivise, mais non de la quotité du bois qu'elle représente, et qui reste soumise à l'administration sociale, comme c'est le cas pour les actions d'un chemin de fer. Les habitants du pays de Siegen sont très-satisfaits de ce régime, qui ne donne jamais lieu, parait-il, à des réclamations sérieuses. Nous voyons ici comment, par Tassociation appliquée aux biensfonds, on arrive à combiner la division de la propriété et 4a grande exploitation. C'est un type intéressant à étudier, car la société démocratique de l'avenir sera forcément amenée à adopter des institutions du même genre, afin de réunir les avantages de la propriété arrivant aux mains de
tous avec ceux qu'assure remploi des machines sur une large échelle.
L'irrigation dans le district de Siegen est aussi bien entendue qu'en Lombardie et aux environs de Valence. Des eaux abondantes descendant des hauteurs sont retenues par des digues et des barrages afin de communiquer la force motrice aux petites forges répandues dans les vallées. Un canal d'alimentation les amène sur les prés et un canal parallèle de décharge les enlève. Ces prés sont disposés en ados, au sommet de chacun desquels s'ouvre une petite rigole d'irrigation. Les travaux d'installation d'un hectare de prairie s'élèvent à 1800 francs; il est vrai que le produit est énorme : il monte à 12 000 kilogrammes de foin, d'une valeur de 800 francs au moins. Le principal arrosement a lieu à l'automne; au printemps on abreuve de nouveau le pré avant la première coupe^ et l'été avant la seconde.
L'hectare se vend de 10000 à il 000 francs et se loue 400 francs. Les travaux de premier établissement et d'entretien des grands canaux s'exécutent à frais communs par les soins d'une administration que les intéressés désignent. La minorité, après avoir fait valoir ses objections au sein de l'assemblée générale, est obligée de se soumettre aux décisions de la majorité. Cet exemple montre une fois de plus quelle valeur extraordinaire peut
lOÎ LE SOL Et LÀ PfROPRIÉTÉ
comiminiquer à un sol de qualité médiocre le travail humain bien dirigé. Il existe àSiegen une école de praticulture dont les élèves: habitués en dehors • de letirs études théoriques à étabtîr eux-
lâênïes' dés prés irrigués, sont partout recherchés en Allemagne.
Le ' nord de la Westphalie et presquetout le Hanfovtfe présentent encore les modes de culture les plus primitifs. Les bruyères occupaient' autrefois le tiers de la superficie. Grâce au partage des biens- communaux:, elles n'en' preiment plus que lequîart. Dans le sonas^-sol se trouve une croûte ferrugineuse qui, arrêtant l^écoalem'eBft des eaux, s'oppose à la croissance des arbres et rend les lïerbages' aigres. Le système de culture généralement en usage est celui que l'on nomme en Allemagne Plàgpen-^ithsch'aft, On' coupe la superficie dfe la bruyère qui 'Contient un 'peu d'humus et de force végétale; on transporte lès 'mottes sous le bétail, où elles se transforment en engrais, et on entretient ainsi la fertilité dès^ terres' cultivées, sôttmises cependant au plus détestable assolement. Ouy met duseigle dix et vingt ans de suite, avec p»f6is un peti de pommes de terre et de sarrasin.
IJa partie 'dutefrttbire qui est'cnUivée s'appelle Ehk; elle s'est élevée de plusieurs pieds par suite de l'adjonction constante des mottes de bruyère. Un mur de terre et un fossé planté en taillis
reotoureat et la préserv^^t du bétail* Ghaqiii;^ cultivateur exploitei sun le esch plusieurs pajrcelles entremêlées, avec , celles des autres h^^itants du village. Naguère régjaait encore ce que, l'on appel9éil& flurzwafig, antiquo coutmnequi. obligeait tous lescultivateuTS à faire à {la même éjp^quejLea semelles et la n^Qis^on afin d^ permettre aux troupeaux de paître sur: les chaumeçi. Maintenant que ces entraves ont dispiaru, 1^ cultures, sont plus variées : fourrages».et . racines coifimepcent. à se montrer après les. céréales. Dans, la Frise orientale et dans TOldenb^urg ont retrouve les mêmes usages ; seulement lç..e^ç/iiS'a{^eUa ici gé^t ou gast.
Autrefois la.mcwchey terrain. vague ^pt^urant les champs cultivés, était commune; ect au. i^i; mai rassemblée des. habitants désignait retendue où chaque chef de famille avait' le {droitt d''aUer couper la bruyère. Aujourd'hui beaucoup de: ces communaux ont été partagés, et les. anciens; usagesrne survivent que dans l'immense plaine qui s'^étend entre l'Elbe et le Weser, la Luneburgerheid^. Pour tirer meilleur parti de; cette terre ingrate i il -faut, après avoir répandu, sur le, sol. la mar/)e qu'on trouve en beaucoup: d'endroits* à une trèspetite profondeur, planter des résineux ou adopteyr une meilleure rotation.
Ën.Hanovre, les* associations provinciales d'à-
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griculture ont pris une excellente mesure qu'il faudrait imiter ailleurs. Elles tracent pour les cultivateurs qui le désirent un plan d'amélioration, et envoient même des agents spéciaux qui en surveillent l'exécution. Un chiffre fera comprendre l'importance de cette innovation. En Hanovre, les associations agricoles, pendant la seule année 1863, ont contribué à transformer la culture de 771 exploitations situées dans 302 communes.
L'assolement auquel on arrive est le système alterne appliqué à un mauvais sol, et il comprend : P pommes de terre et lupin ; 2* seigle ; 3* trèfle blanc et graminées; 4*» seigle; 5« pois; enfin, 6« avoine. De cette façon, on obtient de quoi entretenir un bétail suffisant, tout en se passant du secours qu'apportait la bruyère. Celle-ci, partagée entre les habitants, est peu à peu mise en valeur, et chaque année la région productive s'étend.
Quoique la terre soit peu fertile et le climat humide et froid, la Westphalie et la partie avoisinante du Hanovre nourrissent une classe nombreuse de paysans aisés. La plupart d entre eux sont propriétaires d'une exploitation de 25 à 50 hectares. Nulle part dans le royaume la grande propriété n'occupe aussi peu de place qu'ici; elle ne prend que les seize centièmes du territoire. Le chiffre des bêtes à cornes est élevé, 1550 par mille carré et 342 par mille habitants; mais chose sin
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gulière pour un pays de bruyères, le nombre des moutons est très-restreint, il ne dépasse guère celui des bêtes à cornes. On élève aussi beaucoup de porcs dont les jambons sont renommés, et beaucoup de chèvres. Le nombre de ces utiles animaux s'est élevé, dans la province, de 28 000 en 1816 à 131000 en 1861; c'est du lait pour cent mille ménages pauvres.
La plus grande partie de la province rhénane est montagneuse. Sur la rive gauche du Rhin s'élèvent les hautes croupes du Hunsruck, que la Moselle contourne et celles de l'Eifel, qui, au sommet du Hohe-Acht montent à 2360 pieds. Sur la rive droite se prolonge le soulèvement du Wester-Wald, riche en minerai, mais extrêmement défavorable à la culture. Dans toute la région haute, le sol, formé par Teffritement des schistes argileux et de la grauwacke, est froid et peu perméable. Lç climat est en outre des plus rudes : T hiver dure près de six mois, et les gelées de juillet brûlent fréquemment les pommes de terre. Au fond des vallées qui sillonnent le pays s'étendent de bonnes prairies, et, comme on sait, la vigne se cultive avec grand succès aux bords du Rhin, de la Moselle, de la Nahe et de l'Ahr. A partir de Cologne s'ouvre une plaine couverte d'un riche limon qui atteint dans le pays deJuliers le plus haut degré de fertilité. C'est avec le district
de Magdebourg la plus belle région agricole du royaume. L'étendue des voies de^'coimnfunication, le (développement de Tindustriei favorisé par le bon marché des charbons'de la Ruhr^ la densité de la population qui arrive à 6000 émes par miUe carré, la division de la propriété, tout contribue à faire de la province rhénane, malgré beaucoup de terrains de mauvaise qualité, la partie la plus ridbte de la Prusse. Les propriétés: inférieures à 8 hectares yprennent environ' la moitié de la superfide, proportion tout à fait exceptionnelle dans le royaume. Les grandes* propriétés: supérieures à 150 hectares y existent aussi, elles occupent encore les 22: centièmes dû territoire.*
Lai plus, belle acquisition que la dernière guerre ait value à la Prusse est sans contredit le Slesvig-Holstein^ qui comprend 18^9000 hectares avec I02eooo habitants. La* côte orientale vers la Baltique et le ) centre . forment la partie haute, le Gtest^ dont le sol d'argile et de sable est égai^nent favor£d)le aux prairies eti aux céréales. Sur la côte occidentale, aux* bords de la mer du Nord, leManch formé, comme les polders de la Hollande, par de» d^ôts d'alluvion, est d'une meorveilleuse fertilité. Cette zoned^àrgile,' que Ton appelle Kki^ convient parfaitement à 1 engraissi^e du. bétail. Ses paysans sont partout très^aisés, et la classe rurale constitue les trois quarts de la
population totale. Les fermes (bwuerrMfe) , entour rées de fossés, se cachent sous d'épais, massifs d'ari)res qni les protègent contre la violenee des vents de mer. Il y règne un confort rustique, non sans élégance, qu'on ne rencontre nulle part em Europe, sauf dans les provinces néerlandaises de Groningue dont les conditions physiques et sociales ressemblent beaucoup à celles du Siesvig^ Holstein. ifiOOOO hectares sont boisés, 300000 en prairies et 1 30OO0O en terres arables. Sur celles^ ci se pratique un assolement particulier, connu en Allemagne sous le nom de holstetnisch» koppel^ Ufèrthschafï.
Les champs (koppel)' sont entourés de deux fdssés entre lesquels s'élève un épaulement de terre où croît un taillis de bouleaux et d'aunes coupé tous lés neuf ans. Par ce système de clôture on assèche les terres, on obtient du bois et on protège' les récoltes des atteintes du bétail. La rotation suivie sur les kopp$ls^ et qui con^ stîtue l'assolement holsteînois, comprend* neuf années : pendant la première année, la terre est en jachère; la deuxième on' sème le froment; la troisième, l'orge; la quatrième et la cinquième, l'avoine; la sixième, le trèfle; la septième, là huitième et la neuvième année sont réservées au pâturage. Voilà, il. est vrai, quatre années de récolte verte et quatre années de céréales;
mais celles-ci ont le tort de se suivre sans interruption.
Les progrès récents tendent à introduire la culture alterne et à supprimer les clôtures des hoppels, qui prennent une place précieuse. Le principal produit du pays est le beurre et le bétail, que les bateaux à vapeur eiùportent chaque semaine du port de Tonning pour le marché de Londres. Us enlèvent ainsi au moins 200 bœufs et 2000 moutons par semaine. Le beurre s'expédie aussi par Kiel et toujours dans des tonnelets de chêne de 50 à 75 kilos, portant la marque de la ferme d'où ils proviennent, excellente coutume qui entretient l'émulation et empêche les fraudes. Par ses exportations, le Slesvig-Holstein dépend de l'Angleterre plutôt que de T Allemagne et il n'a pas à s'en plaindre, car le haut prix des produits enrichit le fermier et les propriétaires *.
Le bétail appartient à deux races très-distinetes : la race angle au pelage rougeâtre, aux jambes unes, donnant beaucoup de lait, et la race du Jutland, à la robe pie, noir et blanc, moins grande, mais plus robuste. Les petits cultiva-
1. Les exportations ont monté dans ces dernières années à 7 millions de kilos de beurre, 3 millions de kilos de viande dé* pecêe, 20 millions de graines de colza et 5 millions de tourteaux, enfin à 50000 tètes de bétail, chiffres considérables, qui donnent une idée de la fertilité du pays, et du bien-être qui doit y régner.
teurs du Geest élèvent les jeunes bêtes, les grands fermiers du Marsch les achètent et les engraissent dans les prairies, à raison de deux bêtes à cornes et de deux moutons par hectare. Les chevaux sont excellents, et le jour du marché les paysans aiment à s'y rendre au trot rapide de leurs brillants attelages.
Les ouvriers agricoles, instmj ne reçoivent que 90 centimes par jour. Lorsqu'ils battent le grain au fléau, ils obtiennent le seizième du produit et le vingtième quand ils battent à la mécanique. Dans les marschm^ où les bras sont rares, la journée se paye pendant la moisson 1 fr. 50 et 1 fr. 80 centimes, non compris la nourriture, qui doit être 'Copieuse et forte. Les habitations des ouvriers, grandes, bien tenues et presque toujours ornées de fleurs, contiennent au moins quatre pièces. Les relations entre maîtres et serviteurs sont restées patriarcales, ce qui devient rare en Allemagne comme partout. L'ivrognerie , vice habituel des peuples du Nord, est peu répandue. On exporte de Teau-de-vie et on importe de la bière, ce qui est bon signe. Le sentiment de la prévoyance est développé. Les ouvriers s'associent à des caisses de secours mutuels ; les fer* miers font assurer leurs maisons, et ils ont établi des caisses d'assurances mutuelles pour le bétail kuhgUden, afin de recevoir une indemnité en cas
no LE SOL ET LA PROPRIÉTÉ
de perte. C'est une population fière.et faite pojur se gouveriier eUe-même. Les habitants des Dithmarscheny d'où était l'historien Niebuhr, prétendent n'avoir jamais perdu leur t liberté antique depuis le temps héroïque de la Germanie. L'ouvrier luimême ne veut travailler que. douze heures par jour, de six heures du matin à six heures du soir.
Bien différent : du Slesvig-Holstein, le, Hanovre est un pays pauvre et peu peuplé. Sur 3800000 hectares, il n'y a que 1500000 hectares de terre arable; le reste est bruyères ou prairies. et bois de qualité médiocre. Il n'avait en 186(k que 1920000 habitants, ce qui fait 50 par kilomètre carré, tandis que . la moyenne pour la nouvelle Prusse est de 67 et pour la France de 68. Il possédait en 1862 214000 chevaux, 950000 bêtes à cornes, 2212000 moutons et 554 OOO porcs, ce qui revient à une tête de gros bétail pour 2 hectares et demi et par 1,3 habitant, proportion très-élevéô et qui prouve que la population a su ticer bon parti d'un sol rebelle.
Ëi^ Hanovre la propriété est beaucoup plus divisée qu'en Prusse. On compte 350000 propriétaires , la plupart cultivent leurs propres terres. Les biens nobles, ntterguter, ne comprennent que 120000 hectares. Les domaines inférieurs à 60 hectares couvrent la moitié de la superficie. Les
parcelles de moins ide 4 hectares n-en preiraeoit (fae 10 pour 100. La moitié de la population est eimployée aux tcavaux «'des champs et les trois quarts y résident. Dasis k poHion méridionale^ !âu pays, qui est rnootagneiuse, des mines importa»* tes sont exploitées. (Elles produiseiiit environ par an 60000 tonnes* dei métaux idivers et 900 000 tonnes de charbon d'une valeur totale de 11 inil* lions de francs.
Le Hanovre était TÉtat le moins imposé de l'Allemagne. Sur les 20 millions de thalers formant' les recettes du budget, . il n'y en avait que 7 et demrqui provinssent des impôts, ce qui faisait 15 fr. par tète. En France on paye trois foi» et demi plus. Dans* ce pays exceptionnel, le sël échappait à l'Impôt : c'est tout dire. Le Hanovrien a les qualités solides de Thomme du Nord; il est loyal, honnête, persévérant, bon travailleur et bon soldat, comme il l'a montré encore récemment à Langensaltza. Ce pays fournira 19 000 hommes à l'armée prussienne.
La Hesse-'Ëlectorale, avec 737 000 habitants sur 951700 hectares, est un pays peu prospère, malgré l'aspect agréable de sa capitale, Gassel, £ère de ses belles promenades et de son» riche musée si peu connu*. La population y était presque sta-
1. Les princes de ce petit État avaient la manie des palais • Cassel en est rempli : il y en a un dont on n'a jamais pu acheyer
tionnaire : depuis 1855, elle n'augmentait que de 0,13 par an. Les naissances présentaient un excédant marqué sur les décès; mais Témigration enlevait chaque année un assez grand nombre de familles, fatiguées de vivre sous un gouvernement détestable qui étouffait l'esprit de liberté et d'entreprise. Les gens de la campagne ont un aspect misérable, triste, résigné. La contrée est toute coupée de hauteurs ordinairement couvertes de bois et bordant des vallées assez fertiles. L'étendue boisée est plus considérable que celle qu'occupent les terres arables, chose rare et indice certain d'une région où la culture est encore peu productive. Aussi ne retrouve-t-on plus ici les beaux chevaux du Hanovre ; les chariots sont traînés par de petites vaches ou de maigres haridelles. Le bétail est cependant assez nombreux; il consiste en 51 300 chevaux, 225000 bêtes à cornes, 561 000 moutons et 150000 porcs, ce qui revient à une tète de gros bétail par deux hectares et demi et par deux personnes environ. Le nombre des propriétaires doit être à peu près de 150000.
La production minérale est représentée par un
le premier étage et qui offre Faspect d'une ruine au centre de la ville: Le château et le parc de Wilhelmshôhe sont une des merveilles de rAllemagne. La construction de ces imitations de Versailles n'était pas faite pour augmenter le bien-être du peuple.
peu de charbon et de fer et par beaucoup de lignite^ combustible très-employé dans les villes parce qu'il coûte très -peu. Ce petit pays naguère gouverné, contrairement au vœu des habitants, par un prince affolé d'idées absolutistes, gagnera certainement par son annexion à la Prusse, qui lui communiquera le rassort, Tesprit d'entreprise et la confiance en l'avenir.
Le Nassau, arrosé par le Rhin et son pittoresque afQuent la Lahn, offre tous les signes d'une grande prospérité. Quoique les bois qui couronnent les hauteurs occupent presque la moitié de la superficie du pays, la population y est très-dense : elle s'élève à 466 000 habitants sur 469000 hectares, ce qui fait 99 par kilomètre carré. Il faut que le pays soit bien cultivé pour nourrir tant de monde.
La propriété est assez divisée, car on compte plus de 50 000 propriétaires, soit 1 par 9 hectares; néanmoins le chiflre du bétail est extrêmement satisfaisant puisqu'on trouve 13 000 chevaux, 267 000 bêtes à cornes, 169 000 moutons et 69 000 porcs, ce qui représente 256000 têtes de gros bétail, ou 1 tête par 1,8 habitant et par 1,8 hectare, proportion plus élevée qu'aucune de celles que nous avons rencontrées jusqu'ici. La production minérale monte à une dizaine de millions de francs. Les meilleurs vins du Rhin mûrissent sur les bords de ce fleuve et les voyageurs, atti-
114 LE SOIi^BT LA. PROPRIÉTÉ
rés par les eaux, célèbres- de Wiesbaden, d'Ems, dei Schwalbach, Schlangenbad», Wilbad et Selters contribuent à> augmenter T aisance, de > la populartio&. Quoique celle-ci soit déjà tpès-dense^ elle augmente encore; de 1 pour loa par an. Avant 1^66 les impôts étaient peu. élevés^ et' ne dépassaient pas 1 7 francs par tête«
En résumé, la Prusse nouvelle contient 35 mil*lion^ d^hectar^set 23600000 habitants^ La densité de la population- esi^ ainsi de 67 habitants par kilomètre carré, ce qui: correspond à peu près à civile' de la France. Pour la qualité du sol , la France l'emporte de beaucoup, car en Prusse le quart de la superficie au plus peut être considéré comme bonne terra à froment et un* autre quart comme tevre à seigle ; la dernière moitié donne encore des produits, mais ils sont plus que médiocres, be climat aussi est bien moins favorable que de ce côté-ci du Rhin. La longueur des hivers^ lai brièveté de la. bonne saison entravent les progrèsi de la culture et la rendent plus onéreuse, en Héduisant à l'inaction pendant longtemps les forcés humaines et animales employées aux. travaux agricoles. Il est une circonstance qui compense en partie ces désavantages : tandis que dans la moitié lai Fi^âAice qui s'étend aui sud de la» Loire, la: sécheresse des étés nuit, à défaut d'irrigations, au développement des cultures fourragères et par
suite à rélève du bétail, partout qn Prusse Tabondaace des pluies et des sources favorise l'extensipu des prairies, naturelles et artificielles. Or, mftinteuant que la concurrence des blés russe et américain force le cultivateur à demander aux animaux domestiques, se^ principaux profits, la facilité de leur donner une abondante nourriture constitue un précieux avantage.
- Ces. influences climatériquea ne peuvent man- {fjier de se traduire dans la répartitioij de la culture. La. Prusse sur ses 31 millions, d'hectares productifs^ en a. 17 en. terres arables et jardins, 6 en prairies et pâturages, 8 en bois.— La France $ur 43 millions en a 37 Qn terres arables et vigiles ^ S en bois et k seulement en prés, auxquels il faudrait joindre cependant encore au moins 3 millions d'hectares de pâturages comptés parmi les 10 millions de terre inculte, mais que les Alleinands rangeraient aussi sous la dénomination de tpeiden. La France a donc deux fois autant de terre arable que la Prusse, pas plus de bois et guère plus de prairies ; aussi produit-elle relativement plus de céréales, beaucoup plus de. vin, mais moins de beurre et de viande^ Qn estime que la Prusse ancienne produisait
1. Je Qompte comme terre arable les racines et les prairies artificielles, parce que ces cultures rentrent dans l'assolement des terres que travaille la cliarrue.
9 millions d'hectolitres de froment, 38 millions de seigle, 9 millions d'orge, 44 millions d'avoine, et 80 millions de pommes de terre. La consommation par habitant est portée en moyenne à 40 kilogrammes de froment, 135 kilogrammes de seigle, 250 kilogrammes de pommes de terre, 20 kilogrammes de viande, et 14 litres de bière. Le Français mange, paraît-il, 150 kilogrammes de froment, 60 kilogrammes de seigle, 19 kilogrammes de viande, 120 kilogrammes de pommes de terre, 60 kilogrammes de céréales diverses, et il boit 45 litres de vin*. La consommation totale du Prussien serait de 491 kilogrammes et celle du Français de 409 kilogrammes; mais celui-ci mange principalement du froment, et l'autre surtout du seigle et des pommes de terre. La population française tire ainsi du sol une nourriture plus légère, plus substantielle, produisant di sang et non de la lymphe. De là proviennent, le climat et la race aidant, ses formes légères et dégagées, son teint chaud et coloré, sa dénàarche élastique, son humeur enjouée, sa verve et son entrain. Sous un climat froid et sous un ciel privé souvent de soleil, l'Allemand du Nord a dû se contenter d'une masse considérable d'aliments indigestes qui alourdissent le corps et appauvris-