LES PROGRÈS RÉCENTS DE L'AGRICULTURE EN PRUSSE
Presque tous les gouvernements ont dérangé leurs finanœs et appauvri leurs peuples en entretenant de trop nombreuses armées. On gémit quand on songe que c'est pour des intérêts dynastiques, pour des conquêtes souvent funestes au vainqueur même, ou pour un faux point d'hon neur, qu'on pousse les peuples à s'entr'égorger, et qu'en temps de paix on consomme en armements ruineux l'argent que le travailleur gagne avec tant de peine. Si tous les États obérés, TAutriche, l'Italie, l'Espagne, avaient le bon esprit d'imiter en ce point la Suisse ou les États-Unis quel soulagement pour les contribuables! Gomme leur patriotisme, maintenant refroidi ou boudeur, se retremperait dans le sentiment de satisfaction
que leur inspireraient un bien-être plus grand et un avenir mieux assuré !
En fait de dépenses militaires, la Prusse n'a pas été plus sage que les autres, et depuis le Grand-Électeur elle a toujours entretenu un nombre de soldats hors de proportion avec le chiffre de ses habitants ; mais du moins elle a donné à son armée une organisation économique et égalitaire, et ses souverains ont compris que, pour la soutenir, il fallait à tout prix développer l'agriculture. Tandis que les rois de France ruinaient les campagnes en bâtissant des palais, en fomentant un luxe insensé, en attirant leur noblesse à leur cour, les rois de Prusse desséchaient des marais, fondaient des colonies agricoles, ouvraient des routes, creusaient des canaux, créaient des haras et des bergeries pour améliorer les races de chevaux et de moutons. L'élan ainsi donné ne s'est ralenti que pendant les guerres de l'Empire. Aussitôt après 1815, le progrès a repris, et il a été surtout remarquable dans ces dix dernières années. C'est ce progrès, ce sont les moyens par lesquels il a été obtenu que nous allons faire connaître. Cette étude nous révélera en partie le secret de la position que la Prusse a pu prendre en Allemagne. Si sa population a doublé depuis un demi-siècle, c'est que la production agricole a doublé aussi. Une paix non interrompue de cin-
quante années lui a permis d'atteindre ce résultat. Pendant tout ce temps, elle a eu la sagesse de se désintéresser des questions extérieures, de ne point aspirer à des agrandissements nouveaux et d'appliquer ses forces au développement de ses ressources intérieures. De nos jours, la base réelle de la puissance des États est la production de la richesse. Si TAutriche avait employé à mettre en valeur les merveilleuses richesses de son territoire, les centaines de millions .inutilement dépensés en Italie, elle aurait fait une tout autre figure au jour suprême de Sadowa. Espérons que de malheureuses rivalités nationales n'entraîneront plus les peuples civilisés à des luttes fratricides ; en tout cas , il est bon de savoir comment un pays parvient à tirer parti de ses ressources naturelles, de façon à pouvoir défendre efficacement son indépendance et ses frontières.
Si
Il n'y a point en agriculture de question plus importante que celle des assolements. Le chiffre de la population que la terre peut nourrir dépend de la succ^sion des récoltes qu'on lui fait porter. L'homme pour vivre a besoin de pain et de viande. Dans un pays peu peuplé, la végétation spontanée des vallées et des forêts suffit à entre-
tenir le bétail, et on obtient les céréales sur de vastes étendues dont la plus grande partie se repose; mais, quand la population s'accroît, il faut avoir recours à un mode de culture de plus en plus perfectionné. En Allemagne, dès l'époque de Charlemagne, on trouve l'assolement triennal, qui correspond à un état social assez avancé déjà, et qui a régné jusqu'à la fin du siècle dernier. Au dix-septième siècle, le trèfle, venu des Flandres, au dix-huitième, la pomme de terre, firent leur apparition dans l'année de jachère. Ce qui montre toutefois combien cette innovation s'était peu répandue, c'est que l'empereur Joseph II crut devoir donner le titre de seigneur de Kleefeld, c'està-dire du Champ -de -Trèfle, au propriétaire Schubart, qui avait contribué à introduire cette utile légumineuse en Autriche.
Les droits féodaux rendaient impossible l'adoption d'un meilleur assolement, car il fallait respecter le privilège de la vaine pâture que le troupeau seigneurial exerçait sur les chaumes. Même après les réformes de Stein, les corvées furent maintenues. Les paysans devaient exécuter tout le travail agricole (Hand-und'Spanndienst) nécessaire pour mettre en valeur le domaine de leur maître, labourer, semer, récolter et transporter le blé sur leurs chariots, dans leurs propres sacs, jusqu'au marché voisin, souvent éloigné de dix
OU douze lieues. Ces corvées ne furent définitivement abolies qu'en 1833, au moins dans la partie orientale du royaume. Il se peut que la valeur en argent de ces charges féodales fût inférieure au fermage que paye ailleurs le locataire; mais un pareil r^ime abaissait le paysan, tuait en lui tout esprit d'initiative, toute aspiration vers un sort meilleur, et opposait ainsi un obstacle invincible aux améliorations. Sur les biens nobles exploités par leurs propriétaires, 1 assolement alterne * est aujourd'hui généralement appliqué. Dans ces dernières années, les paysans ont commencé à Tadopter également. Cependant la province de Posen et celle de Prusse offrent encore par endroits l'ancien système triennal avec jachère complète la troisième année. Dans la partie occidentale de ces provinces et du côté de la Baltique, on arrive à l'assolement holsteinois avec ses quatre années consécutives de céréales suivies de quatre années de plantes fourragères et de
1. L'assolement alterne consiste, on le sait^ à ne jamais demander deux années de suite des céréales au même champ. Entre les soles de grains, on intercale des plantes sarclées -comme la pomme de terre, le navet, la betterave, ou des plantes fourragères comme le trèfle, le lupin, le sainfoin, la luzerne. Les avantages de ce système sont considérables : on supprime la jachère, Le sol se repose et se nettoie en portant des récoltes vertes; on peut nourrir plus de bétail, puisque la moitié de la superficie lui est consacrée, et on obtient tout autant de grains, |>arce qu'on fune deux fois plus la terre.
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pâturages. Vers la Russie, où la grande propriété domine, des distilleries nombreuses avec machines à vapeur ont été établies pour tirer de la pomme de terre un produit susceptible d'exportation.
En Poméranie, des progrès considérables se sont accomplis en peu de temps. L'assolement triennal a presque entièrement disparu, et Ton adopte une rotation où les plantes sarclées et les fourrages prennent la moitié de la superficie. Ayant plus de nourriture pour les bestiaux, les cultivateurs en ont augmenté le nombre. Ils en ont aussi amélioré la qualité en faisant venir des reproducteurs de la race d*Ayr et du Danemark. La stabulation permanente s'introduit, et on élève la vache hollandaise, qui donne tant de lait. Le cochon du pays, efflanqué et haut sur jambes, cède la place au petit porc anglais, qui, avec moitié moins de dépense, se transforme en une boule de lard. Le mouton Rambouillet et le Southdown se disputent la faveur des éleveurs. L académie d'agriculture d'Ëldena et l'association de la Baltique {baltische Yerein)^ qui organise des expositions agricoles dans les principales villes de la province, ont beaucoup contribué à ces progrès.
Dans le Brandebourg, des efforts intelligents ont été faits pour augmenter le capital d'exploitation. Le système alterne avec culture du trèfle
ordinaire, du trèfle incarnat, du lupin et de la pomme de terre, est presque général. La jachère nue {reine Broche) n'apparaît plus que sur quelques communaux indivis et écartés. Presque partout le mérinos et le mouton de boucherie ont remplacé le petit mouton des bruyères.
La Silésie '^st moins avancée, malgré la fertilité plus grande du sol. Cependant les plantes industrielles, le lin surtout, ont pris plus de terrain, et des récoltes vertes sont mises dans la sole de la jachère ; mais la succession de deux céréales, Tune d'hiver, l'autre de printemps, rappelle encore le type de l'ancienne rotation. Dans les plaines des provinces de Saxe, de Westpjialie et du Rhin, l'assolement alterne avec fourrages et récoltes industrielles a fait d'importantes conquêtes. Grâce à. la hausse constante des prix, le cultivateur n'a plus peur de faire des avances; il achète des engrais au commerce, beaucoup de phosphate de chaux, composé d'os traités à Tacide sulfurique, des phosphates de la saline de Steinfurth et même du guano, quoique le kilogramme coûte 35 centimes, c'est-à-dire plus cher que le même poids du grain qu'il est destiné à produire. Les districts montagneux, plus isolés, restent seuls en arrière, mais là même la jachère complètement improductive tend à disparaître. En résumé, dans le pays entier, elle n'occupe plus
que la septième partie du sol au lieu dn tiers. C'est une réYolution économique de la plus grande importance, semblable à celle qui s'est accomplie en Angleterre à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci. Les racines et les fourrages nouvellement introduits ont permis de nourrir un poids vif de bétail double. Les céréales mieux fumées ont livré beaucoup plus de grains. La masse des subsistances a augmenté rapidement, la p<3pulation s'est accrue dans la même proportion et a favorisé le développement de rindustrie, soit par ToiOrre des bras, soit par la demande des produits.
Conformément aux conseils du professeur d'agriculture Bui^er, on a introduit dans les provinces orientales un système d'agglomération territoriale, nommé consolidatùmy qui a grandement contribué à Tadoption d'une rotation meilleure. Voici en quoi il consiste : les parcelles qu'un même propriétaire possède dans différentes parties de la commune sont échangées contre d'autres parties de valeur égale, de manière à lui assurer désormais un bien d'un seul tenant, et ceux qu'il a fallu exproprier reçoivent une compensation équivalente. On taille des propriétés sans enclaves, qu'on attribue à chaque propriétaire en raison de ce qu'il possédait auparavant. De cette façon, on obvie aux inconvénients du
morcellement exagéré, et quand l'opération se fait équitablement avec le concours des autorités locales, tout le monde y gagne, la culture surtout. Il est plus d'une région en France où l'application de cette variété de l'expropriation pour cause d'utilité publique serait très-profitable aux cultivateurs. Ce n'est en réalité qu'un échange obligatoire qui a pour résultat certain d'augmenter la valeur de toutes les propriétés qui y sont soumises. Si les hommes étaient assez raisonnables pour discerner leur propre intérêt, ils feraient l'opération spontanément, sans l'intervention de la loi. Ce qui rend celle-ci nécessaire, c'est que la mauvaise volonté et les prétentions exagérées d'un seul suffiraient pour rendre le travail d'agglomération impossible.
Les instruments aratoires perfectionnés et les machines conmiencent à se répandre. La charrue généralement employée dans la Prusse orientale était un araire d'une forme très-primitive {Zochs)^ mais qu'on dit être facile à tirer. La charrue du Brabant et la charrue américaine, avec leurs socs bien aiguisés et leurs grands versoirs, qui retournent les sillons en volutes régulières, deviennent chaque jour moins rares ; cependant elles le sont encore beaucoup trop. Sur le domaine princier de Pless, une charrue à vapeur marche depuis 1863. C'est une admirable machine qui fait un bon tra-
vail; mais elle a rinconvénient de coûter fort cher et de ne fonctionner que pendant quelques jours de l'année. Les machines qu'emploie l'industrie coûtent encore davantage, mais elles rendent au moins des services continus, et gagnent d'une façon permanente l'intérêt du capital engagé. Les machines à battre avec manège sont très-nombreuses ; celles à vapeur sont plus rares, on en compte de quinze à vingt par province. La province de Saxe seule en a soixante-dix. Le semoir à cheval est d'un usage assez général, surtout pour les betteraves. L'emploi des locomobiles agricoles s'étend. Dans différentes localités, entre autres à Bittburg et à Schweich, des cultivateurs se sont associés pour acheter une batteuse locomobile qu'ils emploient d'abord pour battre leur propre récolte et qu'ils louent ensuite aux autres fermiers, spéculation excellente qui offre un placement sûr aux petites épargnes villageoises, et qui, généralisée, rendrait de grands services aux campagnes. Il serait à désirer que dans chaque commune il se formât des sociétés par actions de ce genre. La machine serait mise à la portée de tous, même du petit cultivateur. Les paysans pourraient surveiller eux-mêmes l'emploi de leur argent, et ils apprendraient à administrer une affaire industrielle. C'est ce qui se fait déjà dans les communes rurales de la Flandre.
L'esprit d'association a encore donné naissance à d'autres bonnes institutions. Ainsi, dans les provinces rhénanes, il s'est formé des sociétés ayant pour but de servir d'intermédiaire entre les cultivateurs et les constructeurs d'instruments aratoires. Un dépôt a été établi où ces instruments sont exposés avec indication du prix ; une légère commission est abandonnée par le vendeur pour couvrir les frais généraux, d'ailleurs trèspeu considérables. Dans d'autres endroits, notamment dans le district de Trêves, les cultivateurs se réunissent pour acheter et nourrir à frais communs des taureaux de bonne race. C'est l'institution des haras appliquée à la commune et soutenue uniquement par l'initiative individuelle. Qu'on le remarque bien, ce qui rend ces améliorations possibles, c'est la diffusion de l'instruction dans les campagnes. Sans instruction, les cultivateurs ne parviendraient ni à comprendre les avantages de l'association, ni à s'entendre pour la constituer et la diriger.
Parmi les cultures industrielles, il en est une qui a pris dans ces derniers temps un merveilleux essor en Allemagne : c'est celle de la betterave, qui, comme on sait, favorise singulièrement tous les progrès agricoles. Par un curieux échange de services réciproques entre peuples voisins, c'est un Allemand, Marggraf, qui le premier a conçu
ridée d'extraire du sucre de cette racine ludigène, et c'est un Français, Âcbard, qui a introduit cette industrie en Allemagney où elle s'est si rapidement développée à partir de 1836. En 1837, on comptait dans le Zollverein 122 fabriques qui de 25 millions de kilos de racines extrayaient seulement 1 408 000 kilos de sucre, ce qui constitue un rendement de 5 pour 100. En 1851, il y avait 184 fabriques, et 736 millions de kilos de betteraves produisaient 53 millions de kilos de sucre, soit un rendement de 7,25 pour 100. La production correspondait à 1 kilo 565 grammes par habitant. En 1865, 270 fabriques ont travaillé 2 milliards de kilos de betteraves, livrant à la consommation 170 millions de kilos de sucre ou 5 kilos 130 grammes par tète. En France, la production donna 4 kilos par tête. En Prusse le rendement montait à 8 1/2 pour 100, et la production moyenne par fabrique était de 632 000 kilos de sucre, tandis qu'en France elle ne s'élevait qu'à la moitié; mais le nombre des fabriques y était plus grand : il était de 364. Sur les 270 fabriques du Zolleverein, 234 étaient prussiennes.
Si le développement de Tindustrie saccharine est beaucoup plus rapide en Prusse, où en dix ans elle a triplé, qu il ne Test en France, cela tient d'abord à la modicité relative des droits, ensuile au mode mieux entendu de perception.
Les droits d'accise s'élèvent en France et en Belgique à 45 francs par 100 kilos, en Prusse à 22 fr. 50 centimes environ, donc environ à la moitié. En France, l'impôt se perçoit sur la quantité effective de sucre produit; il n'en échappe pas un atome à Timpôt. Ce système est juste, mais il est vexatoire dans la pratique. Il comporte un nombre de règlements compliqués et nécessite des mesures de surveillance rigoureuse, non-seulement dans la fabrique même, mais aussi dans tout le rayon d'alentour, sur les voies de communication et dans les magasins.
En Prusse, on paye le droit sur le poids brut des betteraves. Les racines sont pesées au sortir de l'appareil à laver, et le fisc les impose comme . si elles devaient rendre environ 8 1/2 pour 100 de sucre, c'est-à-dire à raison de 15 silbei^ros (1 fr. 87 centimes) par 100 kilogrammes. Tout ce qui dépasse le produit moyen échappe donc à l'impôt. Ce système a l'inconvénient de rendre la fabrication impossible dans toutes les régions à sol médiocre, où la betterave ne peut acquérir une richesse saccharine égale à 8 1/2 pour 100 de rendement : de là vient que l'industrie sucrière se concentre dans certains districts, comme dans la Saxe prussienne, cù se trouvent réunies plus de la moitié des fabriques que compte le ZoUverein; mais il l'avantage de favoriser, d'appeler
même tous les progrès que les régimes français, belge ou hollandais ont pour effet d'entraver. En Prusse, la loi ne s'occupe pas du mode de fabrication ni du rendement obtenu. Pourvu que les employés puissent peser exactement les betteraves, opération bien simple, le fabricant est en règle. Il est affranchi de toute réglementation, de toute surveillance, de toute crainte de contravention et d'amendes. Il n'a qu'un seul intérêt, celuilà très-puissant, retirer des racines sur lesquelles il a payé l'impôt le plus de sucre au meilleur marché possible. Il se trouve sous le régime commun à toutes les industries libres, stimulé d'abord par la concurrence, en second lieu par le désir de bénéficier sur les droits qu'il a dû acquitter. Comme il est facile de le prévoir, il est résulté de ce système fiscal que les procédés de fabrication se sont perfectionnés plus rapidement en Allemagne que dans les autres pays *, et la
1. Dans l'ancien système de fabrication, on râpe la betterave, on comprime la pulpe dans des sacs de laine au moyen de presses hydrauliques, et l'on fait passer le jus obtenu par une série d'opérations qui ont pour but de le débarrasser de> matières impures par l'addition de chaux et par le filtrage sur du noir animal. Il est ensuite concentré par l'évaporation et cuit jusqu'à consistance d'une pâte sirupeuse ; enfin le sucre est séparé de la mélasse à l'aide de turbines. La cuite dans le vide, l'évaporation dans les appareils dits à triple elTet, la carhonatation trouble, sont des perfectionnements récents qui ont notablement élevé le rendement de la fabiication; mais le moyeu d'obtenir le jus
quantité de sucre produite augmente chaque année dans des proportions inconnues ailleurs, au grand bénéfice de Tagriculture.
Pour mieux comprendre comment le progrès agricole s'est accompli, il est bon de sortir des généralités et de considérer un cas particulier. Tout deviendra plus vivant ainsi, et Ton saisira mieux la réalité des choses. Transportons-nous donc dans le domaine de Steinbusch, situé aux limites des trois provinces de Prusse, de Poméranie et de Posen. Cette terre est immense; elle comprend 54 927 morgen^, dont 12 786 en terre arable, 31370 en bois, 3000 en prés et 6161 en
ne s'était pas modifié, et présentait de graves iDconvénients, L'emploi des sacs et des presses était coûteux. La râpe, en détruisant les cellules où le jus est contenu, y mêlait des substances très-sujettes à fermentation, qui colorent les sirops et entiavent la formation de la matière saccharine dans les appareils de cuisson. Extraire le sucre des cellules sans détruire celles-ci, tel était le problème à résoudre, et pour y parvenir il fallait transformer en procédé industriel le phénomène physique appelé endosmose^ qui permet aux sucs végétaux de sortir de la cellule sans la rompre. Un fabricant de la Moravie, d'origine française, H. Robert, de Seclowitz, y est parvenu par la macération des racines simplement découpées en tranches dans de l'eau chaufTée à 60 degrés et maintenue sous une pression d'une atmosphère. C'est ce qu'on appelle le système de diffusion. 1 . Le morgen équivaut à 25 ares 5 centiares.
lacs et étangs. Cet imposant ensemble a été constitué par son propriétaire, mort il y a quelques années, M. Sydow. Ce n'est pas une terre princière, que domine un vieux château féodal transmis de génération en génération. M. Sydow, à force d'ordre et d'économie, l'a formée par la réunion de sept Riitergûter^ biens nobles acquis successivement de 181 1 à 1849. C'est ainsi ques'est constituée la Prusse elle-même. A l'origine, M. Sydow avait peu de fortune ; mais à l'époque des grandes guerres de l'Empire les propriétés dans cette région se vendaient à vil prix, et elles restèrent dépréciées jusqu'après 1830. Un détail donnera l'idée de l'état de l'agriculture en ce temps là. Le Rittergutde Steinbusch, comprenant 1000 hectares en 1816, ne possédait que 2 chevaux, 10 bœufs, 22 bètes à cornes, 500 moutons, et en fait d'instruments aratoires que trois charrues et deux herses de bois en mauvais état. Le produit net que pouvait donner un pareil bien était à peine suffisant pour faire subsister le propriétaire. Le sol était sablonneux et humide, entre-coupé de marais et d'étangs. Sur ce triste domaine végétaient quelques rares familles de paysans, vivant de seigle et de pommes de terre. M. Sydow étudia les ressources naturelles de sa propriété, visita avec soin les contrées avancées en culture, s'enquit partout des bonnes méthodes, et les appliqua
chez lui avec un discernement, une persévérance et une sage économie que couronna le plus brillant succès. Les bois étaient dévastés par les troupeaux des paysans, qui y exerçaient de temps immémorial le droit de vaine pâture. Il acheta les petites propriétés des pauvres cultivateurs, leur donna du travail et un bout de pré pour leur vache. Les servitudes se trouvèrent ainsi abolies* Les bois, divisés par des avenues parallèles en carrés réguliers de 50 hectares, turent replantés ou ressemés dans les parties vides et traités systématiquement par un chef de sylviculture {Forstmeister) ; mais à quoi bon des forêts, même admirablement aménagées, dans une contrée où la population manque pour en faire usage ? Les produits des coupes annuelles de ces 8000 hectares couverts de résineux et de bouleaux ne trouvaient pas d'emploi; il fallait en imaginer un. M. Sydow établit une verrerie dont les fourneaux, chauffés avec ce bois, convertirent le sable, qui ne manquait pas, en bouteilles expédiées et vendues à Berlin. Cette industrie rapporte aujourd'hui annuellement 32 500 thalers, somme très-supérieure au revenu primitif du domaine tout entier.
Pour transporter à moindres frais ses matières premières, il creusa un canal de 22 kilomètres de long, passant en tunnel sous une colline, ce qui lui permit d'établir des prairies arrosées, de con-
struire quatre moulins et de se mettre en communication avec la rivière la Drage, et par suite avec les marchés consommateurs. C'est un grand travail qui a exigé une forte avance, mais qui en paye largement l'intérêt. Sur ses terres arables, il remplaça l'antique assolement triennal, miserablement conduit, par une excellente rotation alterne dont le type suivant donnera Tidée : première année, pommes de terre fumées ; deuxième, seigle d'été; troisième, pommes de terre; quatrième, lupins avec trèfles blanc et graminées; cinquième, pâturage pour les moutons; sixième, seigle d'hiver. Il arriva ainsi à entretenir 160 chevaux, 660 bêtes à cornes et 1 1 000 moutons, ce qui revient à une tête de bétail par 2 hectares, proportion déjà satisfaisante pour un sol si médiocre. Le lait des 330 vaches est converti en fromages envoyés au marché des grandes villes. Huit distilleries utilisent le seigle et les pommes de terre, qu'on ne pourrait faire arriver aux lieux de consommation que grevés de frais exorbitants; la pulpe sert à engraisser le bétail. Ces distilleries livrent 4150 hectolitres d'esprit payant 15 700 thalers d'impôt. Voilà donc 59 000 fr. de revenu annuel procuré à l'État par l'industrie d'un seul homme. L'impôt foncier pour les bâtiments et les terres monte à 1980 thalers, ce qui fait environ 60 centimes par hectare. Tous les bâtiments
d'exploitation ont été successivement reconstruits en briques conformément aux exigences d'une exploitation moderne. L'habitation centrale de Steinbusch, où est concentrée toute T administration de cette petite province, s'élève au milieu d'un parc disposé en jardin anglais. Les 250 hectares de prairies arrosées donnent une énorme quantité de foin. Aucun produit n'est négligé, pas même celui de la pèche dans les étangs, qu on repeuple par la pisciculture, ou celui de la chasse, qui, en sangliers, cerfs et chevreuils, s'élève, année moyenne, à 1800 thalers. 518 personnes sont employées sur le domaine à l'exploitation rurale, à la verrerie, aux briqueteries et aux moulins ; avec leur famille, elles peuplent plusieurs petits villages. Le salaire n'est pas élevé. Aux ouvriers fixés sur la terre et qui ont une bonne maison, 1/2 hectare de terre, le droit de prendre du bois et de faire paître gratuitement une vache ou six moutons, on paye 62 centimes l'hiver, 74 centimes l'été. Les ouvriers étrangers ont 92 centimes l'hiver et 1 fr. 25 centimes l'été. C'est peu sans doute, mais c'est plus qu'en Belgique et en Hollande, où le travailleur rural ne gagne guère davantage, et où il paye toutes les denrées bien plus cher.
En résumé, M. Sydow a supérieurement résolu ce difficile problème où tant d'autres ont échoué, et qui consiste à mettre en valeur une terre de
mauvaise qualité, située dans une province écartée, loin des grands centres de consommation. 11 Ta fait en créant le capital sur place par l'emploi judicieux de l'épargne et en transformant en produits industriels, facilement transportables, lesproduits bruts qui manquaient de débouchés.
Nous n'aurions pas insisté sur ces détails, si Ton ne pouvait en tirer le plus utile enseignement. D'où vient que l'accroissement de la richesse a été beaucoup plus rapide en Prusse qu'en Autriche ou en Russie? D'abord de ce que les lumières sont ici plus répandues, ensuite do ce que l'épargne y a créé plus de capital. Pour créer du capital, il faut ne pas consommer le produit net en jouissances personnelles; il faut l'employer d'une façon reproductive en ouvrant des routes, des canaux, en construisant des machines, en bâtissant des fermes, en drainant la terre, en y appliquant des amendements, desengrais, en y plantant des arbres, en exploitant des mines nouvelles, en élevant des usines, en faisant des travaux d'irrigation, c'est-à-dire en tirant parti de tous les dons naturels que le «pays possède. Si celui qui a 100 000 livres de rente lesconsomme, le pays ne s'enrichit pas; mais s'il vient à se contenter d'une dépense de SO 000 francs, et s'il emploie le surplus à améliorer sa propriété, il y aura épargne. L'année suivante, le revenu de:
ce bien sera plus grand, la production générale accrue, et la nation se trouvera enrichie. Qu'un grand nombre de ceux qui disposent du revenu net agissent ainsi, et la fortune nationale se développera rapidement. Si M. Sydow n'avait pas épargné et fait ensuite de son épargne un emploi intelligent, au lieu d'un magnifique domaine donnant un produit brut d'au moins un million, il y aurait une maigre lande peuplée de quelques pauvres paysans et d'une demi-douzaine de hobereaux relativement aussi misérables qu'eux.
L'étranger se plaint ou se moque parfois de l'économie du Prussien; il a tort. Celte vertu solide, dont les souverains ont toujours donné l'exemple, a été le salut et la force du pays. En Russie, en Autriche, les habitudes de dii^sipation, d'incurie, de prodigalité, ont été trop longtemps le cachet distinctif des gens comme il faut. Les propriétaires dépensaient leurs revenus dans les capitales, dans les villes de bains à l'étranger, souvent même ils grevaient leurs biens d'hypothèques pour satisfaire de ruineuses fantaisies. Si ceux qui disposent du produit net le consomment tout entier, d'où viendra le progrès économique? Que dans un pays riche comme l'Angleterre l'aristocratie use avec prodigalité de son immense fortune, cela n'arrêtera point l'accumulation du c^)ital, parce qu'au-dessous d'elle il y a une
classe moyenne compacte disposant aussi d'énormes ressources et portée par tempérament aux emplois reproductifs. Mais chez les nations de l'Europe orientale, au-dessous du grand propriétaire, on ne trouve guère que de pauvres cultivateurs, des paysans à peine échappés au joug du servage, vivant au jour le jour, sans instruction, sans prévoyance, sans aspiration vers une condition supérieure. Est-ce donc de cette classe déshéritée et impuissante qu'il faut attendre le persévérant effort d'intelligence et de volonté nécessaire au développement économique du pays?
Presque partout en Europe, même en Angleterre, le salaire de l'ouvrier agricole est extrêmement réduit, et suffit à peine à satisfaire les besoins les plus urgents de la famille. La Suisse d'abord et puis la France sont les pays où la condition du travailleur de la campagne est la moins gênée. En Prusse, le salaire, partout assez modique, est plus élevé dans les provinces occidentales, quoique la population y soit deux fois aussi dense que dans les provinces orientales. A Test, la journée de l'ouvrier n'arrive même pas à 1 franc, tandis qu'à l'ouest elle dépasse 1 fr. 25 c. Dans les provinces de Posen, de Poméranie et de Prusse chaque exploitation s'attache le nombre de familles qui lui sont nécessaires pour exécuter
les travaux ordinaires de la culture. A ces travailleurs appelés suivant la localité Insleute, Gartner, Komorniks, on accorde une habitation, un demihectare de tçrre, souvent le bois de chauffage et le pâturage pour une bête à cornes. En échange, ils s'engagent à travailler toute l'année sur le domaine à un silbergros (12 centimes 1/2) meilleur marché que rquvrier ordinaire. Beaucoup de travaux se font à la tâche : ainsi on paye pour faucher un morgen de blé 8 silbergros^ ce qui revient à environ 4 francs l'hectare; on donne la moitié pour faucher le foin, et 7 francs s'il faut aussi le sécher et aider à le rentrer. Les gages d'un domestique de ferme sont en moyenne de 80 francs, ceux d'une servante de 50 francs. Dans les provinces de Saxe, de Westphalie et du Rhin, ils montent presque au double, preuve nouvelle de l'avantage qui résulte pour tous d'une plus grande subdivision de la propriété.
Voici comment était constitué en 1861 le personnel adonné aux travaux agricoles : d'abord 1119134 propriétaires et 60644 locataires formant le groupe des entrepreneurs et comptant av§c leur famille 6 149 462 individus ; ensuite 46 384 directeurs, chefs de culture, femmes de ménage, 558 424 domestiques, 500 500 servantes, 574 934 ouvriers, et 565 704 ouvrières, soit en tout 2 245 946 personnes employées au service des en-
trepreneurs de rindustrie agricole. Les provinces occidentales présentent de nouveau ici un contraste frappant avec les provinces orientales. Tandis que dans celles-ci on trouve trois salariés pour un maître, dans les autres on n'en compte qu'un seul. Le travail est donc exécuté pour la plus grande part d'un côté par ceux qui en retirent le profit, de Tautre par ceux qui doivent être indifférents aux résultats. Quoi d'étonnant que le produit brut à l'ouest soit le double de celui de Test?
Depuis 1816, la population rurale a augmenté dans toutes les provinces. Elle s'élevait à cette époque à 7 438 460, en 1649 à 11 714 285, en 1860 à 12 865 368. Celle des villes montait à cette dernière date à 5 611 132, de sorte qu'elle était inférieure au tiers de la population totale. L'accroissement dans les villes était plus rapide que dans les campagnes. Pendant ces quarante-deux dernières années, d'un côté le chiffre de 1000 âmes était monté à 1817, de l'autre à 1672 seulement, différence assez faible qui correspond à un phénomène observé partout et qu'explique l'amélioration des voies de comi^unication.
On sait qu'en France les résultats que présentent les mouvements de la population sont loin d'être aussi satisfaisants. Le nombre total des habitants s'accroît très-lentement, et celui des
naissances diminue. C'est là, il est vrai, un phé^ nomène auquel certains économistes applaudissent, quils ont même appelé de leurs vœux et favorisé de leurs conseils ; mais le fait extrêmement grave et que nul ne considérera comme avantageux, c'est la dépopulation persistante des campagnes. Depuis 1846, elles ont perdu 749 044 habitauts. Pendant la même période, la population rurale de la Prusse s'est accrue d'un million. Ainsi diminution d'un côté, augmentation de l'autre, tel est le résultat qu'il faut constater et qui est doublement fâcheux, soit qu'on considère les intérêts permanents de la paix, soit qu'on pèse les chances éventuelles de la guerre, car ce sont les campagnes qui produisent les denrées alimentaires, élément principal du bien être des peuples, et ce sont elles aussi qui fournissent aux armées les soldats les plus sains, les plus robustes, les plus durs à la fatigue.
Toutes les améliorations introduites dans la culture doivent se traduire par une hausse dans le prix des terres. C'est précisément ce qui a eu lieu en Prusse dans ces dernières années. Jusque vers 1840, la valeur des immeubles ne s'était guère relevée de la dépréciation' dont les avaient frappés les guerres de l'Empire et la crise du rachat des servitudes féodales. Les grains étaient à un bon marché inouï dans toute la Prusse
orientale. De 1820 à 1830, le seigle s'est vendu en moyenne 6 francs T hectolitre, de 1830 à 1840 8 francs environ. Le revenu des terres était presque nul; tout le monde était dans la plus profonde misère. La crise n'épargnait même pas les grands propriétaires. M. de Lavergne-Peguilhen * a pu affirmer, sans être contredit, que dans le gouvernement de Stettin, dont la situation est pourtant exceptionnellement .favorable, sur 1600 Rittergûter, 1300 étaient à vendre. La terre ne valait plus les lettres de gage qui représentaient l'hypothèque dont elle était grevée. Exproprier était souvent inutile ; on ne trouvait pas d'acheteurs.
A mesure que les entraves de Tancien régime disparurent et que les voies de communication s'améliorèrent, le prix des produits agricoles se releva. Le courage revint, on se mit à l'œuvre, et aujourd'hui la valeur des biens-fonds a triplé. Cette hausse est si rapide qu'elle étonne même ceux qui la constatent dans les rapports officiels^.
1. Ce nom, en France comme en Prusse, a bien mérité de Ttconomie rurale. M. de Lavergne-Peguilhen, entre autres services rendus à Tagriculture de son pays, a présidé àramélioration de plus de 6000 hectares de terres marécageuses , travaux considérables entrepris par différentes associations de propriétaires.
2. Voyez le rapport de M. Salvia'ti, secrétaire de la commission centrale d'agriculture. Jahres-Bericht des Kôn, Landet-Œcono^ mie^Kollegiun 1864.
Ainsi dans le district de Posen le morgen se payait, il y a dix ans, 40 thalers; en 1864, il se vendait sur le pied de 60 thalers, et du côté de Kosten et de Franstadt 70 et 78 thalers. Dans la province de Prusse, les estimations d'il y a quelques années portaient le prix du morgen à 35 thalers; maintenant on parle de 100 thalers dans la région haute, de 120 thalers dans la région basse. En Lithuanie, de 30 thalers on est passé à 50 et 60 ; même dans la haute Silésie, il n'y a rien audessous de 30 thalers, et les fermages des biens domaniaux au dernier renouvellement des contrats ont été doublés. Dans le Brandebourg, par suite de l'influence qu'exerce la proximité de Berlin, la hausse est encore plus rapide. Le prix de vente monte à deux, trois et quatre fois la valeur estimée lors de la constitution des hypothèques pour les lettres de gage. Dans les provinces occidentales, la hausse se produit aussi; mais elle est moins énorme, parce que la situation agraire y était dès longtemps plus favorable. Les causes de cette augmentation si prodigieuse et si rapide du prix des immeubles sont multiples. La première est sans contredit le progrès de la culture, qui a considérablement accru la quantité des produits. En second lieu, ces produits se sont vendus plus cher, parce que l'argent a un peu perdu de sa valeur, que les frais de transport, supportés
toujours par le producteur, ont été réduits, et qu'enfin le développement de Tindustrie, en augmentant les profits des maîtres et les salaires des ouvriers, a ouvert à la production agricole de nouveaux débouchés à l'intérieur, les plus assurés, les plus vastes et les plus profitables qu'un pays puisse conquérir. Il faut ajouter que l'impôt n'est pas venu arrêter l'essor de la propriété immobilière. Quoique la contribution foncière ait été augmentée récemment d'environ 4 millions de francs, elle ne monte encore qu'à la somme de 10 millions de thalers pour les 28 millions d'hectares que comprenait l'ancienne Prusse, soit 1 franc 32 centimes par hectare. En France, elle s'élève à plus du triple de cette somme, diflërence qui paraît énorme, même en tenant compte de la fertilité plus grande du sol français. L'impôt foncier est le meilleur qui existe, car il n'a pas pour effet d'augmenter le prix des produits, et je ne crois pas qu'il soit trop élevé en France; mais ce n'en est pas moins un grand avantage pour le propriétaire prussien de payer trois fois moins que le propriétaire français.
C'est surtout à l'accroissement du chiffre du bétail qu'on peut mesurer la prospérité agricole d'une contrée. D'abord les animaux domestiques livrent les produits les plus recherchés, ceux dont le prix s'élève le plus rapidement .dans les socié-
tés avancées, c'es^-à-dire la viande, le lait, le beurre, le cuir, la laine ; ensuite c'est au moyen du fumier qu'ils laissent dans Tétable qu'on parvient à augmenter le rendement du sol. Le bétail donne à Thomme la nourriture la plus substantielle et à la terre le plus haut degré de valeur. Les recensements officiels qui le concernent* permettent d'affirmer que l'agriculture prussienne n'a cessé de progresser depuis 1816, et que c'est durant ces dernières années que les améliorations les plus marquées ont été introduites. Pour qu'on puisse saisir ces résultats d'un coup d'oeil, nous croyons nécessaire d'insérer ici le tableau suivant :
An- Che- Bétes Mou- p-.- Chè- Total»
nées. Taux», à cornes». tons. ^^^^^' vres. *®^ '
Augm. 613362 1779 993 11054 271 1747 690 725918 4308 982
1. Non compris les chevaux de Farmée, qui étaient au nom-^ bre de 41 750.