‹ La Prusse et l'Autriche depuis Sadowa (volume 2)Chapitre 17 sur 21 · Non compris les veaux au-dessous de six mois · texte numérisé non relu

Non compris les veaux au-dessous de six mois

3. Pour établir ce total, on prend comme équivalent d'une bête à cornes deux tiers d'un cheval, lO moutons, 4 porcs, 12 chèvres.

1. Dans aucun pays, les statistiques concernant le bétail n'ont été publiées aussi régulièrement qu'en Prusse. C'est en Angleterre que, faute de documents antérieurs, il est le plus difficile d'établir des comparaisons. En France, il a été fait plusieurs recensements , mais on n'a pas jugé opportun de publier les der-

L'augmentation totale est donc de 61 pour 100 environ en cinquante ans. Elle avait été très-rapide de 1830 à 1840, — 16,45 pour 100; — ensuite presque insignifiante de 1849 à 1858, — 1,19 pour 100 seulement ; — pendant les sept années écoulées entre 1858 et 1864, elle avait été de nouveau très -considérable, puisqu'elle s'était élevée à 12,26 pour 100. Ces chiffres, tout satisfaisants qu'ils paraissent, ne suffisent pas à donner une idée du progrès accompli, parce qu'ils n'expriment pas Tamélioration des différentes races, qui a été aussi très-remarquable. On estime que le produit moyen de chaque animal a augmenté d'un tiers en viande, beurre et laine, de façon que Iji valeur du produit total aurait en réalité doublé, et que l'augmentation aurait marché aussi vite que celle de la population.

Le cheval de Prusse, même celui qu'on emploie au labour, est léger; on lui fait tirer non une charrette, mais un chariot à quatre roues, et dans l'ouest on attelle généralement quatre chevaux. L'Allemagne manque de ces fortes races de gros trait qu'on trouve en Flandre, dans le Bou-

niers. En Belgique, le recensement de 1846 a été fait avec soin. Celui de 1856 a laissé à désirer, mais celui de 1866 promet de donner des résultais mieux contrôlés. La Saxe, le Wurtemberg, les Pays-Bas publient aussi régulièrement des chiffres assez exacts.

EN PRQSSE. 161

lonnais et en Angleterre. Pour le travail, c'est un désavantage de ne pas avoir cette puissante espèce ; mais le service de l'armée s'en trouve bien, la plupart des chevaux prussiens étant bons pour la remonte : aussi l'Allemagne du nord suffit-elle largement à ses besoins. Le gouvernement et les particuliers ont rivalisé d'eflforts pour améliorer la race chevaline. L'État possède trois grands haras, ceux de Neustadt, de Graditz et de Trackenen. Ce dernier est le plus considérable et le plus renommé : situé dans la Prusse orientale, il comprend douze exploitations et environ 4000 hectares. Plus de 1300 chevaux y sont entretenus; on y produit des chevaux de selle, mais surtout des carrossiers forts et élégants qui sont très-renommés en Prusse. Les attelages de la cour appartiennent à la race trackène. Outre les haras, le gouvernement a établi huit stations d'étalons dans les différentes provinces; il possède en tout 1100 étalons, qui, en 1865, ont produit 35 000 poulains. C'est un résultat énorme, car il équivaut au cinquième des naissances annuelles dans la race chevaline; il faut donc bien peu d'années pour la modifier entièrement. Si l'on veut apprécier l'ordre et l'économie qui régnent dans l'administration des haras en Prusse, il est bon de noter que la dépense n'a dépassé les recettes que d environ un demi-million de francs. Il se forme

en outre des associations libres pour se procurer de bons reproducteurs; récemment il s'en est constitué quatre en une seule année le long du Rhin, à Duisburg, Wesel, Moers et Rees. Elles achètent des étalons danois, percherons et trackènes de la plus forte espèce.

Pour r amélioration de la race bovine, TÉtat s'en est fié à l'initiative individuelle, et celle-ci n'est pas restée inerte. Des animaux de choix ont été importés d'Angleterre et de Hollande, et les races indigènes ont été à peu près partout améliorées. Cependant c'est pour les moutons que le progrès a été le plus marqué. Frédéric II fit à plusieurs reprises des tentatives pour introduire le mérinos; mais elles n'aboutirent point. Ge n'est que depuis 1815 que des résultats sérieux ont été obtenus. L'État fit acheter 2000 moutons mérinos en France et les plaça dans les bergeries royales de Frankenfeld, près de Berlin, et de Panthenau, près de Liegnitz, en Silésie. Des ventes annuelles répandirent rapidement dans le pays la race Rambouillet, ainsi nommée de la célèbre bergerie d'où elle provenait. Ea 1822, des associations se formèrent pour faire venir des troupeaux d'Espagne. Les grands seigneurs, les riches propriétaires, suivirent leur exemple; ce fut une mode qui heureusement ne pouvait que faire beaucoup de bien. L'introduc-

tion du mouton français eut pour effet de tripler la valeur du produit de la tonte, qui doit approcher maintenant de I5a millions de francs. La laine est plus abondante et vaut deux fois plus. Une autre race très-recherchée dans toute l'Allemagne du nord , c'est le negrelti , dont la forme est admirable et la laine de première qualité. Elle date du siècle dernier. En 1755, l'impératrice Marie-Thérèse acheta un troupeau de mérinos en Espagne et le donna au baron Geisler, qui le plaça dans sa fameuse bergerie de Hoschstitz, en Moravie. La race s'acclimata, se multiplia et se répandit au dehors. Le baron de Maltzah* en possède un troupeau superbe dans son domaine de Lenshow, en Mecklembourg. Les plus beaux sujets se vendent 10 000 ou 12000 francs pièce, et s'exportent en Russie, en Amérique, en Australie. Les béliers dépouillent de 1 2 à 22 livres de laine non lavée, et les brebis de 8 à 17.

Maintenant que le prix de la viande a tant haussé, on commence à se tourner vers le mou-

1. À rExposition universelle de 1867, on rencontrait dans le secteur allemand un compartimeDt exclusivement consacré aux laines en suint. Plusieurs grands propriétaires de la Prusse et de la Silésie y avaient exposé des toisons et les portraits photographiés de leurs moutons. Ce salon, consacré à la gloire de la race ovine, était gardé par deux béliers, admirables negretti, reproduits en plâtre. L'arrangement était aussi coquet qu'instructif.

ton de boucherie, et c'est à TAngleterre nécessairement qu'on le demande. L'introduction des races à laine fine n'a pas été une de ces innovations isolées qu'on ne rencontre que chez quelques amateurs. Grâce à la diflfusion des lumières et à l'abondance des informations qu'un grand nombre de recueils a vulgarisées , une véritable transformation s'est opérée. Les 79 centièmes des moutons appartiennent aux races anoblies. Les races communes ne comptent plus que pour un cinquième, et on ne les trouve guère que dans les districts où l'extrême pauvreté du sol ne convient qu'aux espèces les plus rustiques. La France, on ne doit pas se le dissimuler, présente sous ce rapport un pénible contraste. Depuis 1829 jusqu'en 1852, le nombre des moutons s'était constamment accru : il s'était élevé de 28930000 à 33510 000. S'il eût suivi la même progression, en un siècle il eût été doublé ; mais à partir de 1852 se produit un fait désolant, le nombre des moutons diminue rapidement. En 1857, il ne monte plus qu'à 27 185 000, accusant ainsi ^ne réduction de 6325000 têtes, soit en somme l 745 000 de moins qu'en 1829*. De 1858 à 1864, la Prusse

1. Nous devons ces chiffres à Fobligeance de M. Léonce de Lavergne^ qui les a empruntés aux statistiques officielles de 1857, qu*on n'a pas jugé utile de publier. La diminution du nombre des moutons est parfois le résultat d'un progrès de l'agriculture

au contraire est passée de 15362196 à 19314 667, soit une augmentation de 3 952 471. Ainsi d'un côté perte de 6 millions, de l'autre accroissement de 4 millions, différence relative 10 millions, — voilà comment se résume le bilan de la race ovine dans les deux pays pour la période qui commence en 1852. En France, il n'y avait lors des derniers recensements que 100 moutons par 200 hectares et 133 habitants; en Prusse, il y en avait le même nombre par 140 hectares et par 100 habitants.

La Prusse possède aussi plus de chevaux que la France relativement à son étendue et à sa population, car la statistique y constate la proportion d'une tête de cheval par 10 habitants et par 15 hectares. La France, ayant environ 3 millions de chevaux, n'en offre qu'un par IV hectares et pour 12 habitants. Cette infériorité ne se fait guère sentir dans les travaux agricoles, qui sur une grande partie du pays s'exécutent au moyen de bœufs; mais elle rend ordinairement impossible la remonte de la cavalerie et de l'artillerie par les ressources nationales, et c'est précisément à l'Allemagne que l'armée demande le contingent

quand on les remplace par des bêtes à cornes nourries à Tétable, comme cela a lieu en Belgique, où la race ovine décroît régulièrement ; mais en France la dépopulation a atteint les départements du centre, c'est-à-dire précisément ceux qui se prêtent le mieux à l'entretien des bêtes à laine.

qui lui fait défaut. Pour la race bo\ine, la situation des deux pays doit être à peu près la même. Le recensement français non publié donne pour 1857 12 765 000 têtes au total, ce qui faisait sur le recensement précédent de 1852 une légère augmentation, le nombre étant à cette dernière époque de 12150000. En Prusse le dernier relevé porte 5837 000, sans compter les veaux au-dessous de six mois. En ajoutant cette catégorie, on arriverait au chiffre d'environ 6500000, soit de part et d'autre une tête par 4,2 hectares et par 2,9 habitants. Quant aux produits, ils doivent aussi être équivalents. L'espèce bovine française, étant généralement plus grande, donne plus de viande; niais les vaches de la Prusse, naturellement plus lactifères et recevant dans un climat humide beaucoup plus de fourrages, livrent plus de lait. Le seul point où la France l'emporte considérablement, c'est la volaille, dont le produit annuel en œufs seulement est porté à 100 millions de francs.

Si, pour établir une comparaison générale, nous ramenons les différents types d-animaux à celui d'une tête de gros bétail, nous trouvons pour la Prusse un avantage assez marqué, car la proportion y est de 100 têtes par 214 hectares et 138 habitants; elle est pour la France de 100 têtes par 267 hectares et par 185 habitants, ce qui signifie

qu'en Prusse la même étendue de terrain entretient plus de bétail, et que la population a plus d'animaux domestiques à sa disposition pour répondre à ses divers besoins. Quand M. Royer, inspecteur général de l'agriculture, exécutant en 1847 un voyage agricole en Allemagne * , établit une comparaison semblable pour les chiffres de 1837, les derniers qui fussent à sa disposition, il arrivait à un résultat inverse. La France alors possédait l'équivalent d'une tête par 23 ares, la Prusse une tête seulement par 26 ares, ce qui constituait une différence d'un huitième à l'avantage de la France. En prenant le poids d'un mouton à 40 kilogrammes, la France entretenait 175 kilogrammes de viande par hectare, la Prusse seulement 153. Si aujourd'hui la balance penche du côté de l'Allemagne, ce n'est pas que la France ait précisément rétrogradé, sauf pour les moutons ; mais elle est restée stationnaire, tandis que les peuples du nord avançaient à grands pas. Il y a vingt ans, l'auteur que nous venons de citer prévoyait ce résultat. Après avoir dépeint l'agriculture prussienne sous les plus tristes couleurs, trèsexactes à cette époque, il ajoute : a II ne nous semble pas douteux que'la Prusse fait pour l'amé-

1. V Agriculture allemandej par M. Royer, inspecteur général •de Fagriculture (1847).

lioration des races de chaque espèce des progrès plus rapides, plus généraux et surtout plus intelligents que la France. »

On vient de constater que l'agriculture en Prusse a marché dans ces dernières années d'un pas si rapide que ce pays, si peu favorisé par la nature, s'est trouvé porté presque au niveau de la France avec son riche territoire, son beau climat et sa population si intelligente et si bien douée sous tous les rapports. Quelles sont les causes qui ont amené ce résultat ? Voilà ce qu'il faut examiner maintenant. La première, la principale, a été indiquée par l'auteur dont nous invoquions le témoignage : c'est l'instruction largement répandue dans les campagnes. La connaissance des lois naturelles et économiques a opéré le miracle de la multiplication des produits ; cette action toutefois est insensible et lente. Dans le champ intellectuel, on sème aujourd'hui, on ne récolte que dans vingt ou trente ans; l'effet se fait attendre. Il ne suffit pas que le paysan sache lire et écrire ; il faut qu'il lise, qu'il comprenne ce qu'il lit et qu'il apprenne à en tirer profit. Aux États-Unis, quelque découverte utile se produitelle , au bout de deux ou trois ans elle est appli-

quée partout. L'année dernière, on y a vendu 70 000 machines à faucher. Combien en a-t-on placé en France et même sur tout le continent européen? Une vive lumière ressort de ce simple chiffre. Il ne faut point s*étonner qu'une nation qui s'empare avec cette ardeur impatiente de tout ce qui peut abréger le travail et le rendre productif devienne, en moins d'une génération, l'État le plus riche, le plus puissant du globe.

La Prusse, à peine échappée aux entraves de l'ancien régime et à ses morbides influences, ne va pas aussi vite, il s'en faut, que la vigoureuse démocratie américaine ; mais elle a pris ses mesures pour regagner le temps perdu. Non contente d'^ouvrir dans chaque village, dans chaque hameau, une bonne école, et de forcer les enfants à la fréquenter, elle a organisé un système complet d'enseignement agricole pour les différentes classes sociales qui sont appelées à diriger les travaux des champs. Au sommet et représentant l'enseignement supérieur, on trouve d'abord quatre académies royales d'agriculture, celles d'Eldena, de Proskau, de Poppelsdorf et de Waldau. En outre un institut agricole très-fréquenté est attaché à l'université de Halle et un autre à celle de Berlin. Ces institutions sont destinées à des jeunes gens ayant quelque aisance et désirant apprendre à bien diriger un domaine soit comme

régisseurs, soit comme propriétaires. Celle d'Eldena est peut-être la plus intéressante à visiter et il peut être utile d'en faire connaître l'organisation.

L'école d'Eldena est établie dans un vaste bâtiment, ancien couvent de Tordre de Citeaux, qui appartient à l'université de Greifswald. Cette université est l'un des grands propriétaires fonciers de la Poméranie. Elle possède un immense patrimoine de 55 000 morgm, renfermant 16 domaines et 18 villages peuplés de 7000 habitants. La situation de l'école est très-bien choisie, elle s'élève dans le village d'Eldena, à quelques kilomètres de la petite ville de Greifswald et au bord du golfe que ferme l'ile de Rugen. 300 hectares forment le champ d'exploitation , terminé par un beau bois de hêtres disposé en parc et coupé de promenades, le Elisenhain. Les ruines de l'ancienne chapelle sur le rivage de la mer complètent laspect pittoresque du paysage. La ferme entretient 26 chevaux de travail, 17 bœufs, 70 bêtes à cornes et 1200 moutons, de façon que les élèves peuveat s'initier à Jous les détails d'une grande exploitation. Une brasserie, une briqu^erie et une fabrique de tuyaux de drainage y sont annexées. La fo-> rèt voisine sert de champ d'expérience pour les leçons de sylviculture. La ferme est conduite de façon à réaliser des bénéfices, seule manière de

donner une instruction pratique. Rien de pis que ces prétendues fermes modèles qui apprennent à gaspiller le capital et donnent à rire aux paysans, ceux-ci regardant toujours, et avec raison, aux résultats pécuniaires.

Sur le revenu net de Texploitation , une partie — 5000 thalers — sert à former un fonds au profit de l'académie, et le reste à améliorer la propriété. Le cours complet dure deux ans : il comprend l'économie politique et rurale appuyées sur la statistique, l'agriculture, T arboriculture et la sylviculture ; en fait de technologie la fabrica- V tion du sucre, de la bière, des briques, des tuyaux de drainage ; en fait de sciences naturelles la minéralogie, la géologie, la botanique, la chimie, avec des expériences et des excursions, enfin les mathématiques, la trigonométrie, Tarpentage, la mécanique usuelle, l'art vétérinaire, le droit rural, l'histoire du pays et le droit constitutionnel. Des excursions faites dans les régions les plus intéressantes à étudier complètent ce programme, qui, comme on le voit, est très-étendu et peut ouvrir l'esprit du jeune homme tout autant que des études latines. Il ne lui enseignera pas seulement à bien diriger une exploitation, il relèvera à ses yeux ses occupations champêtres en lui apprenant à y suivre Tœuvre merveilleuse des lois natun&lles. On ne donne jamais trop

d'instruction à l'homme de métier, pourvu qu'on ne lui enseigne rien qui n'ait un rapport direct avec le travail qu'il exécute. L'Allemand a l'instinct de la pédagogie : il naît professeur. Autrefois la science germanique était abstraite, pédante, enfouie dans les formules; aujourd'hui elle devient vivante, et elle excelle surtout à ennoblir les plus humbles travaux par l'exposition des théories qui les expliquent.

Pour être admis à l'école d'Eldena, il faut avoir terminé ses études moyennes. Le cours entier coûte 390 francs pour les deux ans, et il se termine par un examen facultatif, dont un diplôme vient constater le succès, s'il y a lieu. Les élèves vivent en chambre dans le village, comme les étudiants a l'université. Les Allemands désapprouvent complètement pour la jeunesse studieuse la vie cloîtrée des collèges d'internes. Ils veulent que le jeune homme s'habitue de bonne heure à se gouverner lui-même et à jouir de la liberté, à laquelle il faut bien qu'il arrive tôt ou tard. La ville de Greifswald, quoiqu'elle n'ait que 16 COO âmes, n'est ni pauvre ni triste. Pendant les longs hivers sur ces sombres rivages de la Baltique, les familles aisées donnent de petites fêtes de musique et des bals avec cette simplicité d'outre-Rhin qui favorise l'expansion et le plaisir. Les élèves de l'école d'agriculture y sont invités avec les étu-

diants de Tuniversité. Ils se forment ainsi aux relations du monde, ce qui n'est pas superflu, car cela leur apprend à rendre agréable la vie à la campagne.

Outre ces quatre académies, 19 écoles d'agriculture existent dans les différentes provinces. Elles comptent en tout 232 élèves et ne coûtent à TÉtat qu'un subside de 21 158 thalers, soit 233 fr. 75 cent, par élève, ce qui est fort peu; mais ces écoles sont montées sur un pied très-modeste. Elles sont ordinairement tenues par quelque grand fermier aidé de deux ou trois maîtreâ, le vétérinaire, le maître d'école ou le chimiste du voisinage. Le but est de former de bons régisseurs de fermes, travaillant eux-mêmes, mais d'une façon plus intelligente que les autres. La plus ancienne de ces institutions est celle de Riesenrodt, qui date de 1845; la plus récente est établie à Polko depuis 1863. Il existe en outre un grand nombre d'écoles de perfectionnement {Fortbildungschuîe) et différentes écoles spéciales. Une école forestière est établie à Neustadt; elle est fréquentée par beaucoup de boursiers. Récemment encore l'Allemagne était le seul pays où faire produire aux bois le plus qu'ils peuvent Rendre était réellement une science , et où le mot de sylviculture avait un sens.

L'art vétérinaire a deux écoles, l'une à Ber-

lin et l'autre à Munster; la praticulture en a trois y Tune à Kramenz en Poméranie, l'autre à Janowitz, près Hoyerswerda en Silésie, la troisième à Siegen. Potsdam possède une école supérieure de culture maraîchère et d'arboriculture qui exerce une grande influence. Le goût des jardins anglais, des fleurs rares, des arbres exotiques,' des bons fruits, s'est singulièrement répandu, et contribue à donner plus de charme aux campagnes. En une seule année, la froide Prusse a expédié 3000 kilogrammes d'ananas aux rives du Bosphore pour la consommation de Constantinople. Il existe dans les anciennes provinces 1 34 écoles de pomiculture, dont 26 dans celle de Silésie. Dans celle de Posen, les maîtres d'école se chargent d'enseigner cet art, dont le plus humble ouvrier peut tirer parti en plantant près de sa chaumière quelques bons arbres fruitiers.

Comme le paysan n'est pas toujours disposé à aller chercher l'instruction, on s'eflbrce de la lui apporter sous la forme la mieux faite pour agir sur son esprit. Les . associations agricoles entretiennent des instituteurs d'agriculture ambulants {Wander-Instrukloren) ; chaque instituteur va de village en village donner des conférences pour expliquer les améliorations les plus urgentes à adopter. Il cite les exemples de celles qui ont réussi et invite les auditeurs à aller visiter ces

exploitations modèles* Ces apôtres nomades de l'économie rurale ne prêchent pas dans le désert, car les rapports annuels de la commission centrale constatent les progrès qui leur sont dus. Ils ont contribué sijrtout à Tintroduction des rotations plus rationnelles et à une meilleure conservation des engrais, qu'on commence même dans certains districts à couvrir d'un toit; c'est une pratique excellente qui en augmente notablement l'efficacité. Parmi ces professeurs ambulants qui ont le plus de succès, on cite dans le pays rhénan M. Gsell ail nord et M. Schneider au sud de la province.

Une autre institution non moins intéressante est celle des stations de chimie expérimentale. Dans la patrie de Liebig, on attendait beaucoup des conquêtes de la chimie organique. L'agriculture est un art dont le résultat dépend d'une série d'opérations chimiques qui jusqu'ici échappent pour une large part au contrôle de l'homme. Des causes mystérieuses font échouer l'entreprise la mieux conduite. Dans l'industrie, il n'en est pas ainsi : certaines préparations donnent toujours les mêmes résultats, prévus et voulus. Les puissances naturelles sont domptées; elles obéissent régulièrement à celui qui les évoque. Pourquoi, s'est-on dit, n'en serait-il pas de même en agriculture ? Il devrait suffire d'analyser exactement

la composition des terrains et celle des engrais pour amener les réactions chimiques qu'on désire et assurer ainsi le succès des récoltes. Voilà le brillant espoir qu'on avait conçu et qui, ne se réalisant pas, a abouti à un certain découragement. Néanmoins la chimie a déjà rendu d'incontestables services à la culture, et c'est pour les mettre à la portée de tous qu'on a établi les stations expérimentales. Dans sept endroits difTérents, à Salzmunde, à Regenwalde, à Lauersfort, à Schmiegel, à Insterburg, à Ida-Marienhùtte et à Dahme, des chimistes ont été chargés d'exécuter toutes les expériences qui peuvent être utiles aux cultivateurs. Déterminer la constitution des terrains, indiquer la valeur relative et la composition des engrais du commerce, mettre le public en garde contre les tromperies dont il est trop souvent victime, étudier l'influence des diverses nourritures sur l'engraissement du bétail, telles sont quelques-unes des questions qui leur sont soumises. On comprend sans peine de quelle utilité peuvent être ces hommes de science dans un pays où Ton veut introduire une culture rationnelle et où l'on aime à procéder méthodiquement.

Nulle part,semble-t-il, les études chimiques ne sont plus avancées qu'en Allemagne ; nulle part en tout cas elles ne sont plus répandues. Il y a un

très-grand nombre de jeunes gens qui entourent les maîtres en renom, qui travaillent avec eux dans le laboratoire, et qui se répandent ensuite dans toute la contrée, se contentant d'une position très-modeste et y rendant de grands services à l'industrie et à Tagriculture.

Afin de pousser au progrès et de généraliser les bonnes pratiques, il s'est formé de tous côtés des associations agricoles. La Prusse en comptait, en 1864, 519 avec 64 000 membres et un revenu de 141 000 thalers. Depuis dix ans le nombre des membres a augmenté d'un tiers, et le revenu a doublé. Ces sociétés ont souvent un local et une bibliothèque de littérature rurale tenue au courant. A rexemple de l'État, elles se sont formé par l'épargne un trésor, un capital placé de 600 000 francs. Elles organisent des expositions, — 102 en 1865, — et des concours, distribuent des prix pour des mémoires dont elles indiquent le sujet, et enfin discutent elles-mêmes les questions à l'ordre du jour. Celles qu'on a étudiées l'an dernier (1866) sont des plus intéressantes. Il s'agissait d'examiner la théorie de Liebig sur l'épuisement progressif du sol, de déterminer le rapport à établir entre le chiffre du bétail et l'étendue de l'exploitation, enfin de décider quelle était l'espèce la plus avantageuse, le mouton ou la vache. Ces sociétés font un bien incalculable : elles répandent

la vie, réveillent l'initiative individuelle et don nent le goût des innovations ^

Il s'est fondé aussi des associations spéciales de sylviculteurs, d'apiculteurs, de distillateurs, de fabricants de sucre, qui se réunissent de temps à autre pour se communiquer leurs observations ou pour défendre leurs intérêts. L'État n'intervient ni pour les guider, ni pour les soutenir, ni même pour les surveiller. Il prête seulement sou concours aux associations dites d'amélioration {Lan-' des'Meliorationm) , parce., qu'il leur est indispensable. Quand il s'agit d'un grand travail de dessèchement, de reboisement, d'irrigation, les intéressés peuvent demander à l'État qu'il les conr stitue en une sorte de société où les décisions de la majorité l'emportent sur les résistances de la minorité. C'est une sorte de demi-expropriation pour cause d'utilité publique qui frappe les opposants, mais qui les enrichit malgré eux, comme dans le système des polders en Hollande et des watermgen

I. Le goât des innovations propre à rÂméricain commence aussi i distinguer l'industrie et Tagriculture prussiennes. C'est ainsi que sur le domaine de Neudorf VOher-Amtman Eorbe a établi un télégraphe électrique pour transmettre ses ordres à une autre ferme distante d'une lieue et demie. Ge mroyen de communication instantanée est. utile en cas d^orage et de. changement de temps, ou quand il faut demander des ouvriers, un attelage. C'est toujours Tapplication de la science à la production qu'il faut généraliser.

dans les Flandres. La province ou l'État leur prête souvent des fonds à un petit intérêt et les autorise à employer leurs ingénieurs. En 1865, 102 de ces associations opéraient sur une étendue de 450 000 hectares.

Le budget des dépenses faites pour l'agriculture, les haras et les écoles ne s'élevait, dans la Prusse d'avant 1866, recettes déduites, qu'à 3 141 000 francs, et celle pour les quatre académies agricoles ne dépassait pas 92 000 fr. Sous le ministère de Tagriculture fonctionne une commission centrale, Landes-Œconomie-Collegiumj dont le secrétaire est un écrivain agronome bien connu, M. G. von Salviati. En 1862, l'entretien des bâtiments et du mobilier de ce ministère n'a coûté que 1200 thalers (4410 fr.) C'est un mince détail, mais ces chiffres montrent avec quelle merveil leuse économie procède l'administration.

Nous venons de voir que la diffusion de l'instruction et des notions scientifiques est la cause principale du récent progrès de l'agriculture prussienne. Il convient d'ajouter que les habitudes de la classe aisée y ont contribué, et que l'action économique de TÉtat n'y a point apporté d'obstacle. Voilà deux points qu'il nous reste à éclaircir. En Prusse, les villes ne sont ni belles ni gaies. L'homme d'étude y rencontre de quoi satisfaire largement ses goûts ; l'homme de plai-

sir n'y trouve que de l'ennui. Heureux le pays dont les villes sont ennuyeuses, elles chassent les riches à la campagne, et celle-ci en profite. Il n'est point de contrée où les villes soient plus ^ sombres cpi'en Angleterre ; il n'y en a point dont l'agriculture soit plus prospère. Jusqu'à ces derniers temps, le propriétaire prussien était pauvre parce que la terre rapportait fort peu. Comme il avait de l'ordre, il résidait la plus grande partie de Tannée dans son domaine , dont il s'efforçait d'augmenter le revenu en y appliquant ses épargnes et son intelligence. L'hiver, s'il se décidait à quitter les champs, il se contentait en ville d'un appartement modeste où il vivait avec économie; mais il voulait que sa résidence d'été fût aussi confortable que ses moyens le lui permettaient. C'est ainsi que s'est élevé ce nombre considérable de maisons de campagne qu'on rencontre dans presque toutes les provinces et pour lesquelles les architectes allemands ont adopté un style mixte qui n'est pas sans grâce. Dans le drame de Goethe, Hélène et la Grèce viennent se mêler à la légende de Faust et aux souvenirs du moyen âge; de même, dans ces constructions des motifs d'ornementation byzantine ou romane relèvent les lignes droites et les profils sévères de l'architecture antique.

Presque tous les propriétaires font valoir eux-

mêmes leurs biens ; à moins qu'il ne s'agisse de parcelles, la location est l'exception. Ils sont donc retenus aux champs par le soin de leurs intérêts, car rien n'exige plus impérieusement l'œil du maître qu'une exploitation rurale. Il est vrai qu'ils y sont aidés par une classe d'employés qu'on ne retrouve dans aucun autre pays. Ce sont des jeunes gens instruits, appartenant à des familles assez aisées, sortant souvent d'une école d'agriculture et qui vont faire un stage dans quelque grande propriété afin d'apprendre à diriger une entreprise pour leur propre compte.

En Allemagne le noviciat est un usage ancien conservé dans beaucoup de métiers. C'est ainsi que fréquemment le fils d'un riche hôtelier, appelé plus tard à tenir une maison considérable, n'hésitera pas à s'engager dans un autre hôtel en qualité de sommelier ou de domestique {Kellner), pour s'initier à tous les détails du service auquel il devra présider un jour. Lorsqu'on visite les Rittergûter, on est très-étonné d'y trouver comme chef de culture les fils d'un banquier, d'un baron ou d'un riche propriétaire. Vous voyez ces jeunes gens conduire la charrue et la herse. A midi, ils rentrent, soignent leurs chevaux, puis vont s'habiller et dînent à la table du maître de la maison, auquel ils ne sont inférieurs, il s'en faut, ni par l'instruction, ni par la naissance, ni par la dis-

tinction des manières. Après le repas, ils remettent leur costume de travail et retournent sans fausse honte à leurs rustiques occupations. On rencontre ainsi dans la Prusse féodale un trait de mœurs propre à la société démocratique des États- Unis et qui plus tard se généralisera. En France, en Angleterre surtout, un jeune homme de la classe aisée croirait compromettre sa dignité en faisant l'ouvrage d'un domestique de ferme. Le mépris du travail manuel, cet inique préjugé des époques antérieures, infecte encore, quoi qu'on en dise, nos sociétés modernes. En paroles, on célèbre le travail, créateur du capital; en fait, c'est le capitaliste et non le travailleur qu'on respecte. A mesure que la classe laborieuse s'élèvera, ces sentiments changeront. Le moment viendra où rhomme de travail et l'homme de science se confondront. Il est singulier que ce soit en Prusse, pays de caste et d'esprit aristocratique, qu'il faille chercher ce type du producteur tel qu'il sera dans l'avenir. Ces jeunes gens facilitent beaucoup la tâche des propriétaires-cultivateurs, qui ne sont pas ainsi sans cesse attachés au champ qu'ils font valoir; ils peuvent voyager, aller aux eaux ou s'occuper d'une autre affaire, certains qu'en leur absence leurs intérêts ne seront pas compromis. C'est grâce à la présence du propriétaire et de ces employés instruits que l'es-

prit de progrès a pénétré dans les campagnes de Touest. Sans cette circonstance, la moitié orientale de la Prusse ne serait encore que la continuation de la fl%ssie.

Dans beaucoup de pays, le pouvoir central a entravé l'essor de l'agriculture en lui enlevant l'argent dont elle a besoin. La Prusse a eu le bonheur de n'avoir ni coloiiie qui Fépuise, ni capitale qui la dévore. Sauf Java, vaste ferme à café, dont la Hollande possède le sol et qui lui livre une partie de ses produits comme équivalent de la rente, toute colonie enlève au pays qui se croit heureux de la posséder une partie de ses capitaux et de sa population. Quand les capitaux et les hommes se recréent avec une merveilleuse fécondité comme en Angleterre, le mal n'est pas grand; mais on n'en peut dire autant des contrées où il reste beaucoup à faire pour développer les ressources nationales. La Prusse a placé ses épargnes sur son propre territoire; elle a colonisé ses sables et ses marais. La fertilité qu'elle a communiquée au sol, les bâtiments d'exploitation qu'elle y a élevés, les animaux qu'elle y entretient, tout cela est bien à elle, c'est une conquête définitive qui ne peut lui être enlevée par quelque revers maritime, comme des colonies lointaines. Elle aspire aujourd'hui, dit-on, à en posséder et à y associer une forte marine militaire.

Ce sont là de ces ambitions creuses empruntées aux vues erronées de Tàncien régime. La science économique en a montré Hnanité, et l'Angleterre, qui comprend ces enseignemeifts, travaille patiemment à se libérer des charges et des responsabilités que ses colonies lui imposent. Supposez que la Prusse ait possédé depuis trente ans quelque Algérie ; quel plus bel établissement colonial eût-elle pu désirer? Pourtant il lui eût coûté pour la flotte, l'armée, l'administration, JOO millions par an, c'est-à-dire de quoi mettre en vïileur définitive 400 000 hectares annuellement ou 12 millions d'hectares depuis le moment de la conquête. Qu'elle n'ambitionne donc point ces brillantes possessions d'outre-mer et ces formidables vaisseaux cuirassés nécessaires pour les défendre. Ce n'est point cela qui donne aux peuples le bienêtre et le bonheur.

On reproche à Berlin d'avoir des monuments en briques et point d'égouts*. Croit-on qu'il eût mieux valu suivre l'exemple de Paris, qui en ce moment éblouit le monde ? C'est le cas de relire le petit écrit de Bastiat, Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Ce qu'on voit dans la capitale de la

1. Il faut noter d'ailleurs qu9 la construction des ôgouts y rencontre une difficulté presque insurmontable. D^ns ce pays tout plat, la pente est insuffisante, et les eaux de la Sprée sont presque au ni?eau du sol.

France, ce sont ces boulevards interminables, ces palais alignés, ces édifices en pierres sculptées où de toutes parts For étincelle au soleil. Ce qu'on ne voit pas, ce sont les campagnes qui se dépeu- )lent et où l'argent fait défaut pour mettre en valeur des terres fertiles. Dans une de ces tirades lautes en couleur dont abonde rAmi des hommes^ [irabeau le père tonne contre l'accroissement de capitale. « Une capitale, dit-il, est aussi néces- [aire à l'État que la tête l'est au corps ; mais si tête grossit trop et que tout le sang s'y porte, fe corps devient apoplectique, et tout périt.... /accroissement de la capitale doit être pris pour me preuve d'abondance dans l'État à peu près [comme d'énormes loupes le sont de la santé du 'Corps. Tout l'argent vient à Paris, et l'homme suit le métal, comme le poisson suit le courant de l'eau. De là le prodigieux gonflement de cette ville, cause réelle de l'engourdissement dont souffre le reste du pays. » Si Tirascible et spirituel marquis parlait déjà ainsi en 1762, qu'eùt-il dit aujourd'hui ! Maintenant que les chemins de fer favorisent à un si haut degré la concentration de la population dans les grandes villes, c'est un crime de lèse-économie que d'accélérer ce mouvement par d'énormes dépenses auxquelles le pays tout entier doit contribuer. L'argent qu'a coûté le théâtre de l'Opéra à Paris aurait suffi

pour bâtir tous les bâtiments d'école que réclame l'enseignement primaire dans la France entière. ^ Jusqu'à présent, la Prusse n'a point commis la faute d'enlever aux campagnes les capitaux et les hommes qui font leur richesse. Au contraire, par l'excellente organisation de Tinstruction primaire, par les institutions de tout genre que l'État a fondées ou encouragées, il a contribué à répandre dans toutes les provinces le goût des améliorations économiques et les lumières nécessaires pour les accomplir; mais il faut qu'il se garde des visées chimériques et des ambitions impatientes. Toute l'Europe a besoin de paix, la Prusse au moins autant que les autres peuples. C'est grâce aux cinquante dernières années de paix, dont seule elle a joui, qu'elle a pu réaliser les progrès que nous venons d'indiquer. Elle souffrirait plus qu'un autre pays de la guerre, parce que, étant naturellement pauvre, le capital péniblement accumulé par l'épargne se fondrait vite dans les crises d'un conOit européen. La guerre de 1866 n'a duré que six semaines, et cependant la gêne et la misère qu'elle a produites durent encore. Les Etats nouvellement annexés soufirejat des charges assez dures que leur impose l'honneur d'être incorporés dans la monarchie de Frédéric II. Pour qu'ils s'y résignent, il faut qu'une grande prospérité matérielle vienne alléger le far-

deau des contributions nouvelles et du service militaire obligatoire pour tous, et ce résultat, la certitude de la paix peut seule le faire atteindre. Le rôle de la Prusse est tracé ; qu'elle renonce à l'inique et maladroite prétention de rétenir sous sa loi malgré eux quelques milliers d'hommes d'une autre race, sur les limites du Danemark, qu'elle évite de blesser le sentiment de justice de l'Europe, qu'assurée ainsi du respect des peuples voisins pour ses droits légitimes elle étende son influence non par la conquête, mais par le rayonnement et l'exemple d'institutions libres, de l'activité scientifique, de la gloire littéraire, d'une bonne administration, du développement industriel et agricole, et la France considérera des succès de ce genre sans malveillance et sans envie, car elle sera la première à en profiter.

Page 1