‹ La Prusse et l'Autriche depuis Sadowa (volume 2)Chapitre 19 sur 21 · Un soir, me promenant à Berlin, sous les Itncf«n, il y a · texte numérisé non relu

Un soir, me promenant à Berlin, sous les Itncf«n, il y a

258 LE MQUYEMJSOT UWTAIRE

Le, rpi i^ Prvs$a actuel n© se décider probatblem^n^ ^mm i ^e ei^rber pour uik point es3ei^tiei (tev^nt, la vQlonté d'uoe asseinhlée. Qu'itin©! m^^thrite p^riejaQutiairei l'emporta si*r la prérogative royale^ c'est c^ qu'il ne peut comprendre. Ce qu'il veut m. io^^y lui eX tout îe parti féodal, c'est le goi*v.^fte«ne»t personnel déguisé sous des formes coiiifstitiistiQnueU^ ; il adroet un psyrlemieut, mais il abhorre le irégime parlementaire; il causent bien à s^uffim diss; députés 4 ses côtés, dans un salon de son palaô^y mais, à la condition qu'ils se conduisent comme des. hôtes polis> qui vi^. s^ permettent pas de cwtredire trap ouvertem^t te souverain magnanime' qui daigne les: recevoir et demander leur avis. Si la constitution prussienne n'a pas été balayée par un coup d'État, c'est uniquement parce- que le roi avait juré de la respecter et qu'il

plusieurs années déjà, ayec un représentant convaincu et éloquent des idées féodales , nous discutions la question des libertés modernes : «Écoutez, me disait-il, le régime constitutionnel n'est qu'une transition qui mène à la république et par suite au socialisme. Comme je ne veux pas des conséquences, je prétends qu'il faut s'opposer aux prémisses : Principiis ohsta. Le peuplie est UQ animal dangereux qu'il faut museler, et la bourg€k)isiej qui elle-même a besoin d'un frein^ n'est pas de force à le faire. Regardez, ajouta-t-il au moment où nous passions sous la statue de Blûcher, voyez-vous le sabre sur lequel s'appuie oe véritable héros prussien, voilà la seule constitution qui convient aux na> tiens modernes. » Les idées du parti conservateur prussien sontcelles de Joseph de Maistre avec la teinte particulière du piétisme protestant et du militarisme borussien.

a comhervé eette: idée: lan peu vieillie qu'un a^erment lie; eelm. (^ui Le pcéte. !• a pouir ku couroane qu'il porte uae sorte de culte religieux. Il s'imagine que la Prusse n'a grandi que par une protection spéciale de la. Providence, et que Dieu lui réserve une grande mission dans ce: monde. Delà à croire qoie les sou'verains prussiens jouissent d'une in spiration divine particulière, il n'y a qu'un pafi, et ifiarfë certaine exaltation piétiste le. fait aisément franchir. Us auraient dooe . dans Tordire temporel , le isoéaifi. privilège que réclame la papauté dans Tordre spirituel, et en marebant à Tunité alleaïaade, ils ne seraient que lesi ministres des desseins providentiels.

Les rois de Prusse, il faut l'avouer, prennent leur rôle très au sérienx. Se souvenant du mot de Frédéric II, ils^ se conduisent comme les premiers, serviteurs de l'État. L'exercice du pouvoir n est poini pour eux une occasion de plaisirs. C'est l'accomplissement d'un devoir, et dans un pays, de bureaueratie laborieuse, on peut faire d'eux cet éloge, qu'ils sont le modèle des fonctionnaires ;. mais plus ils tiennent à s'acquitter consciencieusement de leur charge, moins ils sont disposés àt s'incliner devant la volonté d'un parlement.. — Tant qu'un souverain se croira favo^ risé par une inspiration d'en haut, le régime constitutionnel ne sera point définitivement fondé.

Ces chimères toutefois ne peuvent durer. Le droit divin est une idée tellement surannée qu'elle paraît ridicule, et celui qui y croit fait l'effet d'un homme qui, avec le costume de notre temps, aurait coiffé le heaume de don Quichotte. La critique, qui ose ébranler des mystères dont l'origine se perd dans la nuit des siècles et qu'entoure une vénération puisant sa source dans un sentiment inné, ne respectera pas une doctrine dont Texpérience de chaque jour démontre l'absurdité. Comment le culte superstitieux du pouvoir absolu pourrait-il vivre à une époque où les rois eux-mêmes, déracinant de tous côtés les vieilles souches dynastiques, font pleuvoir les couronne/ à terre, comme les feuilles qu'enlèvent les tempêtes de l'automne? Le gouvernement personnel cessera infailliblement, car il ne s'accorde pas avec les conditions économiques des sociétés modernes. Il fait plus qu'offenser le droit, il alarme les intérêts. Les nations agricoles d'autrefois pouvaient subsister même sous des souverains absolus et belliqueux, parce que la guerre ne ravageait alors que les cantons où elle sévissait. Les nations industrielles d'aujourd'hui ont avant tout besoin de sécurité, parce que sans elle les entreprises s'arrêtent, ce qui amène la misère des travailleurs et la détresse des capitalistes. Cette idée qu'il peut dépendre du caprice d'un

seul homme de précipiter les peuples, malgré eux, dans des luttes qu'ils payent de leur sang et de leurs richesses, était naturelle jadis : elle est devenue intolérable maintenant.

Le triomphe du régime parlementaire est infaillible, car un peuple éclairé et riche ne supportera jamais longtemps qu'on dispose de ses destinées sans son assentiment. La nation doit finir par l'emporter, parce qu'elle dure et que sa volonté agit toujours dans le même sens, tandis que ses adversaires se succèdent» meurent ou se fatiguei\t. L'homme qui prétend soutenir un mur qui penche ne peut manquer d'être un jour écrasé sous sa chuté; s'il faiblit ou s'endort un seul instant, il est perdu.

La prétention de fonder le despotisme a toujours abouti à la défaite de la royauté qui visait à devenir absolue. En Angleterre, elle a coûté la vie à Charles I*' et le trône à Jacques II ; en France, elle a coûté la couronne à deux dynasties. M^ de Bismarck disait à la fin d'un de ses discours (23 janvier 1863) : « La royauté prussienne n'a pas rempli toute sa mission. Elle n'est pas encore prête à devenir tout simplement la corniche qui orne l'édifice constitutionnel ou le rouage inerte que le mécanisme parlementaire fait tourner à sa guise. » Il se peut que le moment ne soit pas venu, mais il viendra, parce que l'Ai-

lemagne est mûre pour se gouverner ellemême.

Déjà maintenant la Prusse même, malgré sa mauvaise réputation sous ce rapport, n'a rien à envier, en fait de liberté, à bien des pays qui Vont jadis précédée de loin dans la carrièrei La plupart des articles qui garantissent les droits du citoyen prussien sont empruntés aux constitutions françaises de la Révolution et traduits presque mot pour mot. Tous les Prussiens sont égaux devant la loi et admissibles à tous les emplois. Tous les privilèges sont abolis. La liberté personnelle est garantie. Le domicile et le secret des lettres sont inviolables. Nul ne peut être soustraite son juge légal. La liberté des cultes et des associations religieuses est reconnue. Lascience et l'enseignement sont libres. Quiconque possède la capacité et la moralité requises peut enseigner et fonder des établissements d'instruction. Chacun a le droit d'exprimer librement ses opinions par la voie de la parole, de récriture, de la presse ou de l'art. La censure ne peut être rétablie, et les délits commis dans Texercice de ces libertés sont soumis aux tribunaux et à la législation ordinaires. Tous les Prussiens ont le droit de s'associer et de se réunir, sans autorisation préalable, dans les lieux fermés. Les réunions en plein air doivent être autorisées, mais ne peuvent être interdites

que quand elles mettacetit l'ordre public* Les chambres votent le budget et jouissent du droit de présenter des lois, de lès âniender et même de modifier la constitution, après deux votes identiques émis par une majorité ordinaire à vingt et un jours d'intervalle. Ainsi, liberté des cultes, d'association, de réunion, de la presse, de l'enseignement, voilà certes le groupe des libertés nécessaires assez complet.

Il est vrai qu'on peut dire que la Prusse a été trop gouvernée, mais elle Ta été bien : ce qui est plus dur, c'est de l'être à la fois trop et mal.

Ce que le peuple prussien doit désirer, c'est que le gouvernement n'essaye plus de gêner lexer* cice de ses droits par de pitoyables chicanes, comme il l'a fait durant ces dernières années*. Que la royauté s'en souvienne, la nation saura défendre ses libertés pacifiquement, mais obstinément; elle l'a montré dans ce mémorable

1. Une réforme essentielle, pressante est celle de la Chambra haute; organisée spécialement en vue de permettre aux hobereaux de tenir en échec les aspiratk>&^ llbémleb. Au milita de l'Allemagne reûouTelée, cette pitoyable contrefaçon d'uD« Chambre des lords, pour être un anachronisme ridicule, n'en peut pas moins devenir dangereuse à un certain moment. Hus royaliste que le roi, elle compromettrait tai dynastie pur u&e aveugle obstination à défendre tous les anciens abus. D^à M. de Bis-» marck, excédé de ses résistances étroites, lui a signifié qu'il pourrait « se séparer d'elle et s'engager daiii une Voie où ib ne se rencontreraient plus. »

conflit où la Chambre, semblable aux fameux parlementaires anglais du temps de Charles T*', a résisté sans fléchir pendant cinq sessions à l'arbitraire, et où les électeurs, malgré toutes les influences du pouvoir, renvoyaient, après chaque dissolution, une majorité libérale plus compacte, plus inébranlable. La Hesse, dans sa lutte contre Hassenpflug, a déployé une fermeté plus méritoire encore, car on a vu des fonctionnaires, des officiers en nombre considérable, renoncera leur carrière plutôt que d'obéir aux ordres illégaux d'un ministre détesté. Quand un peuple est capable de soutenir la résistance légale avec cette ténacité froide et invincible, il triomphe de toutes les tentatives absolutistes ; il sera libre, car il est digne et capable de pratiquer la liberté,

Il reste une dernière question à examiner. Les États de TAllemagne méridionale entreront-ils dans la Confédération, ou, comme on dit plus souvent, la Prusse franchira-t-elle le Mein?

En France on exagère, me semble-t-il, la gravité de ce point quand on veut en faire dépendre la paix ou la guerre. Le Mein était franchi avant le traité de Prague, car dès le 26 août 1866, en vue de repousser l'intervention étrangère qu'on

appréhendait en ce moment, la Bavière, le Wur temberg et Bade concluaient avec la Prusse des conventions, nécessairement tenues secrètes alors, qui plaçaient toutes leurs armées sous le commandement direct du roi Guillaume. A partir de ce jour, Funion militaire était faite, et c'est la seule qui puisse inquiéter les puissances voisines. Le 8 juillet 1867, un autre traité a été signé, qui établit l'unité économique. Le Zollverein est reconstitué sur la base d'un parlement unitaire où se rassemblent les représentants de toute l'Allemagne, de façon qu'une décision prise par la majorité fasse loi et qu'il ne puisse plus dépendre du veto d'un seul État de rompre une union indispensable aux progrès matériels de tous.

C'est sans doute en vue de ces conventions que l'article IV du traité de Prague portait que « le lien national à établir entre les États du Sud et la Confédération du Nord serait réglé par une entente ultérieure entre les deux parties. » La séparation absolue du Nord et du Sud en deux tronçons n'a donc jamais existé, et n'a pu être admise par quiconque s'est donné la peine de lire le texte du traité de Prague. Un « lien national » sera établi entre le Nord et le Sud ; une alliance offensive et défensive est conclue entre eux ; le système militaire prussien est établi dans le Midi, et en cas de guerre ses contingents se con-

fondront avec l'armée prussienne ; un parlement douanier unitaire siège à Berlin ; des conventions au sujet des monnaies, des lois civiles et commerciales ne tarderont pas à établir Tunifonnité complète. En présence de ces faits, quelle importance conserve encore la prétendue barrière du Mein^ et quel intérêt l'étranger peut^il avoir à ce que cette uniformité s'établisse par des conventions plutôt que par des lois votées dans une diète commune?

Quoi qu'il en soit, le Nord et le Sud finiront par se réunir complètement ; nul ne se fait illusion à cet égard. C'est le vœu de l'immense majorité de la population des deux côtés du Mein«

L'adresse de la Chambre des députés de Bade de 1867 exprimait ce sentiment de la façon la plus nette : « La nation allemande, disait ce document, ne retrouvera^ son calme et sa paix à l'intérieur qu'après avoir trouvé la forme définitive suivant laquelle il sera possible d'organiser plus complètement le lien national nécessaire entre la Confédération du Nord et les États du Sud, et de fournir ainsi à l'Allemagne des conditions de vie et de bien-être. De même l'Europe n'arrivera au plein sentiment d'une paix assurée que lorsque la réorganisation de l'Allemagne sera accomplie en deçà comme au delà du Mein, car l'unité allemande signifie la garantie du droit naturel,

le respect de la liberté des peuples, le progrès pacifique de la civilisation et le refrénement nécessaire de la politique de conquête. » Il est trèsdair que le mouvement unitaire, aujourd'hui plus impétueux que jamais, ne s'arrêtera pas devant une frontière qui semble avoir été tracée seulement pour arrêter Tambition conquérante de la Prusse et non pour empêcher le Sud de suivre son impulsion spontanée.

Il est intéressant de connaître quels sont les adversaires de Tunification complète. Ce sont^précisément tous les partis extrêmes. Au Nord, le

parti féodal, dont la Gazette de la Croix est T organe, craint une union intime avec le Sud, parce -que le génie prussien, le Preusserukum, c'est-àdire l'esprit d'ordre, de subordination, de respect pour la royauté et la religion, se perdrait dans les masses méridionales animées de tendances démocratiques ou ultramontaines.

Le roi Guillaume semble être partagé entre des appréhensions du même genre et le désir, comme l'a dit son fils, le prince royal, au vingt-cinquième anniversaire de la reprise des travaux de la cathédrale de Cologne , « de poser la dernière pierre de l'édifice auquel on travaille depuis si longtemps, y* Guillaume P' doit être dans la situation de Victor-Emmanuel qui, lui non plus, n'a pu voir sans regret son honnête et dur petit

Piémont se noyer dans la grande et molle Italie.

Quant à M. de Bismarck, il n'est nullement impatient de hâter cette réunion de tous les peuples allemands, du moins il le dit', et on peut le croire, car il est certain que le parti libéral recevrait du Sud un si puissant renfort, que toute

1. Un journal anglais, le Daily Teîegraphj publiait récemment (1867) le récit d'une curieuse conversation entre son correspondant et M. de Bismarck : « Je crois à la paix, disait celuici, parce que jamais la Prusse n'attaquera la France, et que la France, de son côté, comprend que l'unité allemande, même tout à fait complète, ne peut inquiéter ni son orgueil national, ni sa position continentale. Notre attitude est toute passive; nous ne menaçons, nous ne contraignons, nous n'influençons même personne. Si le &ud gravite vers nous, croyez-le bien, c'est par un mouvement- naturel, et que nous n'avons provoque par aucune manœuvre. Nous ne repoussons point nos irères s'ils arrivent vers nous les bras ouverts, mais nous ne demandons rien; nous pouvons rester dans l'état actuel dix ou vingt ans, si l'Allemagne veut nous laisser tranquilles. Nous avons arrêté tant que nous avons pu le mouvement d'agglomération. Nous souhaitons la prospérité de l'Autriche. Je ne crois pas et nul homme . raisonnable ne croira à une alliance franco -autrichienne suscitée contre nous par l'empereur Napoléon. L'Autriche ne peut pas attaquer l'Allemagne, car c'est l'élément allemand qui forme le ciment qui tient encore réunies les parties de ce gigantesque édifice. » 11 peut paraître naïf d'attacher quelque importance à ce que dit un homme d'État; cependant, tous ceux qui ont approché M. de Bismarck vantent sa franchise aisée et huçaonstique. Le mérite, il est vrai, n'est pas grand, car le chancelier fédéral a ce bonheur de n'avoir rien à craindre de la vérité qu'il fait connaître. La situation qu'il s'est faite est telle que ce qu'il veut, tout le monde en Allemagne le veut avec lui. C'esti sur les moyens seulement qu'on diffère.

tendance absolutiste viendrait se briser contre une majorité énorme et compacte. Seulement, le chancelier fédéral ne peut, sous peine de compromettre son prestige et son influence, manifester cette crainte, ni même montrer la moindre hésitation à recevoir le Sud au sein de la Confédération , dans le cas où il voudrait unanimement y entrer.

Au Sud, les adversaires de la Confédération du Nord sont d'abord les démocrates républicains, assez nombreux dans le Wurtemberg, et les ultramontains extrêmes de la Bavière. Les démocrates veulent une unité fédérative comme en Suisse, mais ils détestent la Prusse parce qu'elle représente le -militarisme et labsolutisme. Ils s'appuient sur l'impopularité du Prussien qui, en effet, est souvent rogue et roide, et sur la répugnance des populations à subir le service militaire universel et de nouveaux impôts. Les ultramontains extrêmes sont opposés à la Prusse parce qu'elle est protestante et qu'elle a vaincu l'Autriche, qui était toute dévouée à l'Église ; mais, chose curieuse, un grand nombre de catholiques inclinent au contraire vers la Prusse et demandent l'union immédiate du Nord et du Sud. Tout en regrettant amèrement l'exclusion de l'Autriche, ils se prononcent pour la Prusse, où le gouvernement s'appuie sur le principe d'autorité et ne

2170 LE MCWOTEMENT UNITAIRE

gdiie l'inSiïejicâ cakhoiUique m daBS les éeoles ni dans, la sodété, ce npoi n'esk pas toujtmis le cas âan& les États du Sud^ Le imr àa M. de Beust abolira le coocaiMrâaity Les ultramcoikains en seront réduits à se tourner vers k mcoaarcfaie probestante de Frédéric. IL

A part les dissiâediees que nous venons d'indiquer, rimmense majorité dans le Sud ^eiiL Fanion avec: ïe Nordl. M. Yambûhkr, ministre du Wurtemberg, en soumettant à la chambre la eonyention militaire avec la Prusse, a indiqfué la raison ée cet entrainement : « La fédération du Smil, disait-il, nul n*y songe, personne^ ne la croyaoft possible. Les États méridionaux ne peuvent cependant rester isolés. Sur qui donc s'appuyer? Sur l'Autriche? qui oserait le proposer sérieusement? Reste donc la Confédération du Nord, dont

1. révoque de Mayence, M. von Kctteler, & fe.it paraître un livre intitulé : V Allemagne après la guerre de 1866 {Deutschland nach dem Kriege von 1866), qui a produit une grande sensation dans le monde catholique en Allemagae , et qui développe ces idées. La situation d'un prélat ultramontain défendant dams cet écrit même la doctrine du Syllabus et, d'autre part, réclamant ruflion immédiate avec la Prusse, est assurément fort étrange au premier abord. Elle est pourtant logique au fond. Les dames du parti féodal prussien n'avaient-elles pas voté un bouclier d'argent à la reine de Naples? Toute la colère du vénérable évéquQ est dirigée contre l'empereur des Français, pasce qu'il a déchaîné, dit-il, la révolution contre Rome en Italie et contre rAutricbe en Allemagne. Lui seul est cause des succès de la Prusse' et de la journée de Sadowa.

il îmt accepter Vaillance si Ton ne veut pas trahir la patrie aUeraande» » Ce sentiment est si jouissant qve la chambre badoise a voté à runanimité, moins une. yoâjc, k servica obligatoire pour tous, eet impôt du sang, le ptus dur de tous. Rien ne fait mie^iKZ comprendre l' intensité du sentiment national.

Les hQHuaes d'affaires et lel& inâttstriels désî^ rent l'union écooomique avec le Nord, parce que- les^ débouchés du Zolherein leur sont indispensabtes, et qu'ils, espèrent prendre part au remarquable développement deTindustrie en Prusse pendant les dernières années*. Tout fait donc croire, que tôt ou tard les deux tronçons se réuniront en une seule confédération, comme ils l'ont été depuis mille ans.

Las Allemands soutiennent d'ailleurs que le

1. A VExpositioxr unWerselle de 1837, la Prusse avait eu Tidée iDgéoidusa de montrei: d'une manière sensible les progrès de quelques-unes de ces industries. Des cultes superposés, en cuivre doré, représentaient la quantité d'or pur que valaient les produits des mines de métaux à différentes époques. Le progrès est remarquable. La valeur annuelle moyenuA était de 25 900 000 fr., dans la période décennale de 1835 à 1845, de 46700000 fr. dans oclLe de ^^45 à 1855, de 123 600 000 fr. de 1855 à 1865, enfin de ISOOûOOdÔ de fr. dans Tannée 1865. Pour les usioes travaillant les métaux la progression est aussi très-frappante. La valeur annuelle de leurs produiis montait, m 1839 à 1845, à 45 millions; en 1851 elle atteint 100 millions, et^ en 1865, 300 millions. L'accroissement est con&tant : il est. d'abord de 15 millions, puis de 30 millions par an.

traité de Prague n'y fait pas obstacle. Le but de ce traité, disent-ils, est de garantir aux États du Sud une existence nationale et de leur permettre de constituer une fédération indépendante ; mais ils n'en veulent point, et s'ils désirent profiter de leur indépendance pour s'unir librement à leurs frères du Nord, qui peut le leur interdire? On a voulu brider les convoitises prussiennes, non priver le Sud de sa liberté d'action * .

Quel est l'intérêt de la France dans cette question? On Ta parfaitement défini quand on a dit : « L'unité allemande avec le despotisme pourrait être un danger; sous un gouvernement libre, elle n'a rien qui doive alarmer. » Or, il est presque

1. Voyez, entre autres, les écrits suivants des auteurs les plus considérables : die Neugestallung von Deutschland (1867), par M. Bluntchli, conseiller en Wurtemberg; der Anschluss Suddeutschland an den norddeutschen Bvnd(\%61); die Verfassung des Norddeutschen Bund und die Wurtembergische Freiheit (1867), par R. Rômer, représentant.

Voici le texte du traité de Prague : « Sa Majesté l'Empereur d'Autriche reconnaît la dissolution de Tancienne Confédératioa germanique et donne son assentiment à une nouvelle organisation de l'Allemagne, sans la participation de l'État impérial autrichien. Sa Majesté promet également de reconnaître 1^ rapports étroits de fédération que Sa Majesté le Roi de Prusse établira au nord de la ligne du Mein, et de consentir à ce que les Etats allemands situés au sud de cette ligne forment une unioji dont le lien national avec la Confédération du Nord demeure réservé à une entente ultérieure, et cette union aura une existence internationale indépendante. »

certain que la fusion du Nord et du Sud aurait pour effet d'assurer le triomphe définitif de la liberté.

Longtemps, malheureusement, TÂUemagne n'a eu qu'une pensée, concentrer ses forces pour défendre son territoire. Inquiète, elle regardait sans cesse rhorizon pour voir si les « pantalons rouges y> ne franchissaient pas le Rhin. La France, se disait-elle, est un pays mûr pour la liberté et avide de la posséder. Le seul moyen de la lui refuser plus longtemps est de l'enivrer de gloire militaire. Les Allemands ont donc été poursuivis de la crainte que le gouvernement français ne fût obligé « de chercher à Textérieur une diversion aux embarras intérieurs. » Mais si la France parvenait à reconquérir le régime de liberté dont elle est digne, la situation changerait complètement en Allemagne. C'en serait bientôt fait du droit divin borussianiste, en cas d'union du Nord et du Midi. Devant les éléments libéraux que le Sud enverrait au parlement, le^ gouvernement personnel devrait céder, ou bien il périrait. Il périrait parce que, du moment qu'il serait démontré que la monarchie allemande est incompatible avec la liberté, les idées républicaines, qui ont de fortes racines dans le génie individualiste de la nation, y feraient de nombreux prosélytes. Comme le fait remarquer l'évêque de Mayence dans l'ouvrage que

nous citions tantôt, le roi de Prusse, eti détrônant des souverains comme on renvoie des préfets, a fortement ébranlé le principe monarchique.

Quand un prince s'annexe brusquement de nouveaux États, il ne peut s'y soutenir que par la popularité, les appuis naturels que créent d'antiques relations avec le peuple lui faisant défaut. Les HohenzoUern ont chez eux de fortes racines : ils ont créé la Prusse , ils l'ont presque constamment bien gouvernée, ils sont identifiés avec ses jours de gloire et de revers ; les souvenirs historiques relient i»1imement le peuple et la dynastie. Il n'en est pas de même dans les pays annexés ou confédérés : ils n'y apparaîtront longtemps encore que comme une nécessité que l'on subit ou comme une sauvegarde qu'on invoque. Quand TAUemagne se sera unifiée tout entière , ils ne se maintiendront à sa tête qu*en gouvernant conformément au vœu national. L'adjonction du Sud serait donc très-probablement une garantie pour la liberté et une sûre barrière contre le retour du despotisme.

Qu'on le remarque bien, ce n'est point par la guerre qu'on parviendrait à s'opposer à l'achèvement de l'unité allemande. Jadis on pouvait arrêter les armes à la main un souverain qui prétendait agrandir ses États par la conquête. Vaincu il se lassait, et son fils tournait ailleurs ses visées;

à un ministre intelligent succédait un ministre incapable. C'est ainsi que s*est conservé jusqu'à notre époque l'équilibre européen. Depuis que le sentiment national s'est éveillé, la situation est toute diflérente : nulle force humaine ne peut en venir à bout. Il s'enflamme par les défaites et s'irrite par les obstacles. Il passe des pères aux enfants, et pour Tétouffer, il faut anéantir la race elle-même qui l'entretient dans son cœur. Voyez l'Italie et la Pologne : l'Italie qui renaît après mille ans de servage et la Pologne que rien n'apaise et que rien ne lasse.

Après vingt victoires, vous iriez dicter la paix à Kœnigsberg, vous occuperiez pendant dix ans l'Allemagne morcelée et saignée à blanc ; c'est dans ce dernier degré d'humiliation et de misère que, comme en 18U, le patriotisme se retremperait pour se redresser un jour contre le tout-puissant vainqueur. La faute du gouvernement français a été d'inquiéter le sentiment national allemand par des ingérences maladroites, des revendications intempestives de territoires, et des visites impériales destinées, disait-on, à raffermir la paix, mais qui avaient le tort de faire craindre la guerre. C'est ainsi qu'on fortifiait le mouvement unitaire, qu'on jetait le Sud dans les bras de la Prusse, mal* gré elle peut-être , et qu'on décourageait l'opposition libérale qui ne pouvait rien refuser au pou-

voir sans s'entendre reprocher qu'elle trahissait la patrie. Maintenant que la France semble s'absorber complètement dans les réformes que réclame son régime politique, l'opposition i la Prusse paraît grandir en Wurtemberg et en Bavière, mais il suffirait d'une apparence d'intervention pour faire triompher les partisans de l'unité, parce que l'ingérence étrangère viendrait démontrer la nécessité de fortifier la nation allemande par un lien fédéral commun.

Un autre inconvénient d'une politique sourdement hostile serait de rejeter l'Allemagne vers la Russie , et de miner l'Autriche, à qui on veut du bien, en faisant naître les conditions qui favorisent les progrès du panslavisme. On a prétendu qu'à Salzbourg , lors de Fentrevue de l'empereur d'Autriche et de l'empereur Napoléon, on avait exhibé la copie du traité secret conclu entre la Prusse et la Russie. C'est probablement une fable, car point n'est besoin ici d'un de ces traités que chacun interprète ou viole selon ses convenances. En notre siècle, ces chiffons de papier n'ont nulle importance. Les fortes alliances résultent, non de combinaisons arbitraires, tramées dans le mystère des cabinets par des ministres ou des princes, mais de l'identité des intérêts. Tant que la Prusse se sentira menacée du côté de l'ouest, elle se tournera vers l'est; inquiétée par la France et par

rAutriche , elle demandera secours à la Russie et soutiendra l'agitation slave.

Supposez, au contraire, la France libre tendant à rAllemagne une main sympathique, la situation change à l'instant. Le mouvement libéral prend le pas sur le mouvement unitaire. La frontière n'étant plus en péril, les Allemands, au lieu de dire : «L'unité d'abord, la liberté ensuite, » diront : « La liberté avant tout, Tunité plus tard. » L'absolutisme militaire perdrait toute raison d'être, du moment qu'au bout de chaque argument il ne pourrait plus faire luire une baïonnette ennemie. La première préoccupation de l'Allemagne serait alors d'éviter les progrès du panslavisme. Les intérêts de la Prusse et de l'Autriche deviendraient identiques , et ces deux États s'entendraient bientôt , car ils ont besoin l'un de l'autre.

La situation changée, les alliances se modifieraient. Le panslavisme n'est pour l'Occident qu'un cauchemar lointain, car jamais il ne lui réclamera un pouce de terre. Pour l'Allemagne, c'est un grave péril, car les Slaves s'avancent jusqu'au cœur de ses provinces, et Trieste est située en pays slave. On croit sauver l'Autriche en menaçant la Prusse, et on fait surgir à l'intérieur de l'empire son plus dangereux ennemi.

L'Allemagne, même unie, si elle est libre, et elle le sera inévitablement, ne peut être un dan-

ger pour la France, car les deux pays ont les mêmes intérêts, les mêmes besoins, les mêmes aspirations. L'unité allemande n'est-elle pas d'ailleurs, pour une bonne part, l'œuvre de la France ? Frédéric II, élevé par des réfugiés de l'édit de Nantes et formé par Voltaire, n'a été qu'un Français sur le trône de Prusse. La Révolution française, en substituant le droit des peuples au droit des dynasties, a donné naissance au sentiment national allemand , les guerres de l'Empire en ont amené Texplosion, les révolutions de 1830 et de 1848 lui ont imprimé un élan nouveau et décisif, et enfin, sous nos yeux ^ la proclamation du principe des nationalités, l'affranchissement de l'Italie, la neutralité bienveillante du gouvernement français, ont hâté l'accomplissement de ce qui était inévitable. Faut-il le regretter, et la France doit-elle saper l'édifice qu'elle a contribué à élever? Il est probablement trop tard pour le tenter : contre les faits naturels, résultant de la logique de l'histoire, il est difficile de lutter.

D'ailleurs, le danger n*est pas dans une Allemagne fondée sur le droit national et sur la liberté ; il résidait dans la constitution possible du grand empire germanico -slave avec ses soixante* dix millions de sujets, les enchaînant malgré eux sous un même joug, opprimant les différentes races les unes par les autres, les Hongrois par les

Allemands et les Slaves par lés Hongrois, s'appuyant sur l'ultramontanisme par des concordats, empire nécessairement despotique parce que le despotisme seul peut maintenir ensemble des peuples que la liberté rendrait à leurs aspirations nationales, fatalement hostile à Tltalie, à la France surtout, non à ses intérêts passagers de dynastie ou d'ambition, mais à ses institutions, à ses principes , à son génie même , parce qu'elle est malgré tout, elle qui a fait la révolution de 1789, le représentant des idées d'affranchissement et de justice. Voilà ïe péril historique, traditionnel, que l'ancienne monarchie a toujours combattu, que le gouvernement actuel a conjuré en 1851, en 1859, en 1863, et qui ne s'est définitivement évanoui qu'à la journée de Kœnigsgraetz.

L'AUTRICHE Et SA CONSTITUTION NOUVELLE.

Naguère encore les amis de la liberté n'étaient pas ceux de l'Autriche. Elle écrasait du poids de ses baïonnettes deux nations, l'Italie et la Hongrie. Répudiant les* réformes libérales de Joseph II, elle avait aliéné entre les mains de Rome, par un concordat fameux, l'indépendance du pouvoir civil. Elle était en Europe le foyer ou plutôt la forteresse de toutes les idées rétrogrades. Ses succès en 1849 avaient été dans toute l'Allemagne le signal de la réaction, et plus tard chacune de ses défaites était considérée comme une victoire pour la cause du progrès. Cet empire, qui semblait fatalement voué au despotisme, pesait comme une chape de plomb sur l'essor des peuples de

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