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des gentilshommes campagnards est grande, ne tenaient pas spécialement à un régime représentatif; dans quelques villes seulement, à Konigsberg notamment, des groupes bourgeois réclamaient quelques droits politiques. Mais ces réclamations étaient beaucoup plus vives dans les provinces de l'Ouest, où l'influence de la France avait été profonde ; dans les villes du Rhin, la bourgeoisie lettrée, commerçants, industriels, avaient cru aux promesses de Frédéric- Guillaume m ; les années s'étaient écoulées, les promesses avaient fondu et la « représentation nationale » s'était muée en modestes conseils provinciaux.
Cette double déception fut amère et profonde ; elle se manifesta parfois en actes de violence, comme l'assassinat de Kotzebue ; elle demeura surtout à l'état latent, difficile à percevoir, mais prête à éclater. C'est la cause véritable de l'ex- '" plosion de i848.
Le régime de la Prusse ne fut pas modifié, saufsur des points de détail, pendant vingt-quatre ans ; pourtant une évolution profonde se produisait dans le pays. Une ambition, des idées, une classe nouvelles venaient au jour.
Depuis les reformes de Stein et de Hardenberg, Berlin devenait la véritable capitale de l'Allemagne ; Vienne était toujours le centre de la politique, mais Berlin était ii la tète dp mou-
2 2 LA PRUSSE ET LA RÉVOLUTION DE iS/jS
vement intellectuel. La fondation de l'Université de Berlin était le point de départ de cette évolution, et Frédéric-Guillaume III Tavait bien senti lorsqu'il l'annonçait en ces termes : « Il faut que l'Etat retrouve en force morale et intellectuelle ce qu'il a perdu en force matérielle \ » Autour de ses professeurs, se groupaient un monde déjeunes « privât docent » et d'étudiants qui faisaient de la capitale prussienne le cerveau de l'Allemagne et attiraient vers elle toute la pensée allemande.
Ce n'était point là un mouvement de pure science : l'idée naissait que l'axe de la politique pourrait un jour se déplacer et que, capitale intellectuelle, Berlin deviendrait un jour capitale politique de l'Allemagne^. De toutes parts, on fondait son espérance dans la mission allemande de la Prusse. L'Autriche, avec ses provinces italiennes, hongroises, slaves, avec son régime d'écrasement politique paraissait devenir étrangère. La Prusse seule réaliserait l'union des Etats allemands, mais elle ne le
1. Ernest Lavlsse, La fondation de l'Université de Berlin, I broch., Paris, 1876 (Extrait de la Revue des Deux Mondes^ ; Kôpke, Die Griindamj der koniglichen Friedrich- Wilhelms Universitàt zu Berlin.
2. Jacques Matter, Etat de l'Allemagne. Paris, 1847, ^* p. 2^6, 267 ; II, p. 289 et suiv. ; Saint-René Taillandier, Etudes sur la Révolution en Allemagne, I, p. 107 et suiv., i5i, 182; LévY-Briihl, L'Allemagne depuis Lribni:, p. 384-
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ferait qu'en prenant la tùte du mouvement libéral et en accordant à son peuple (jut'lque liberté politique.
En Prusse, notamment, se formait toute une classe sociale qui aspirait à une forte existence politique : c'était la bourgeoisie. La haute aris- ■ tocratie, fortement atteinte par les annexions ou les médiatisations, demeurait dans ses terres ou se groupait autour de la couronne dans un parfait mépris des tendances modernes; la petite noblesse, composée de hobereaux, de sous-lieutenants et de courtisans, serait morte de faim si elle n'avait eu à sa disposition les trente râteliers de l'Etat '. C'était dans la classe moyenne, profes- ' seurs, magistrats, industriels, banquiers, que se réalisait la vie de 1 Allemagne. '
Cette bourgeoisie était impatiente de devenir quelque chose ; la formule de Sieyès lui était parfaitement applicable et l'on a remarqué avec justesse que l'Allemagne prenait alors l'allure qu'avait la France à la fin du xviii" siècle".
L'activité est intense, surtout dans les Etats du Nord ; elle ne se borne pas aux pures spéculations des belles lettres ou des sciences ; c'est l'époque où les idées pratiques [real] prennent leur place, (f On passe aux choses matérielles, à
1. Hillebrand. La Prusse coittcinporaiiie cl ses inslilutionsy j). 5, 7, 26.