‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 113 sur 174 · I. Gazette de Cologne du i3juin · texte numérisé non relu

I. Gazette de Cologne du i3juin

I 88 LA PRUSSE ET LA RÉVOLUTIOX DE l848

OÙ ils étaient ramassés par tous venants. « Les fusils les plus récents furent volés par milliers ; les armes anciennes et précieuses disparurent; les modèles d'artillerie, secrets de la défense nationale, furent enlevés ; les drapeaux conquis au prix du sang prussien ont été en partie détruits ; les armes se vendaient dans la rue un prix dérisoire \ » Un individu « mal habillé » offrit une bombe à INI. de Beust qui assistait de loin au pillage". Vers la fin du jour, les insurgés étaient tellement ivres qu'on leur reprenait les armes volées « à coups de taloche».

Du choc, le ministère se disloqua; le baron d'Arnim, particulièrement molesté par la foule, le général de Canitz, responsable de l'arsenal, et le comte Schwerin donnèrent leur démission dès le l'y juin ; le cabinet tout entier les suivit bientôt dans leur retraite et pendant huit jours on piétina pour le reconstituer. L'assemblée était en ébullition. Un membre de l'extrême gauche s'écriait en pleine séance : « Nous ne pouvons pas ajourner les discussions ; nous vivons dans un temps de défiance, le temps de la confiance est passé. »

Le 25 juin, enfin, le ministère se reconstituait avec une couleur politique à peu près identique ;

I. Rapport du lieutenant-colonel von Griesheim à l'Assemblée nationale, le 17 juin, a. De Beust, Mémoires, I, p. !^g.

l'assemblée nationale de PRUSSE 189

Rodolphe dWiierswald, député et président supérieur de la province de Prusse, prenait la présidence du Conseil et le portefeuille des affaires étrangères; Milde, président de TAssemblée nationale, recevait le ministère du commerce, de l'industrie et des travaux publics; Hansemann conservait les finances ; les autres ministres, Rodbertus ', Kùhlwetter, Maercker, Gierke étaient des libéraux ; le général de Schreckenstein était nommé ministre de la guerre".

Ce changement de mains ne fit pas rentrer l'ordre dans les rues de Berlin ; la crise politique se compliquait d'un mouvement social. Les journées de juin se terminaient à Paris dans le sang ; le contre-coup s'en faisait sentir en Prusse; le i"'' juillet, i 4oo ouvriers voulaient contraindre le ministère des travaux publics à leur donner du travail aux conditions qu'ils imposaient. A la fin de juillet, un drapeau prussien hissé sur une caserne au lieu du drapeau allemand causait un tumulte infernal. Berlin vivait dans une fièvre assez amusante ; le soir, il y avait presque toujours une petite émeute' qu'on allait voir par mesure de distraction.

Page 1