‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 114 sur 174 · Beust, Mémoires, I, 5o · texte numérisé non relu

Beust, Mémoires, I, 5o

igO L\ PRUSSE ET LA RÉVOI.LTION DE l8^8

La garde bourgeoise était plus que jamais audessous de sa tâche et prenait souvent parti pour les turbulents Le i5 juin, son commandant avait déclaré au président de l'Assemblée qu'il ne pouvait pas garantir la sécurité des séances. « A la vérité, ajoutait-il, les hommes ont reçu des ordres, mais viendront-ils, je ne le sais, et après l'expérience d'hier je sais encore moins s'ils rempliront leur devoir. » Pour rassurer les députés, on faisait revenir des troupes et on constituait un corps de constables, les Sc/iiitznianner ; mais beaucoup étaient inquiets et demandaient que l'Assemblée quittât Berlin ; au lieu de cette mesure, on adoptait une proposition du député Uhlich : « La haute iVssemblée déclare qu'elle n'a pas besoin de garde armée, mais qu'elle se place sous la protection de la population berlinoise. » Plusieurs membres de la droite en profitèrent pour quitter la Chambre en protestant que a le Parlement prussien n'était plus libre ».

Dans la rue, d'aimables jeunes gens se livraient à un nouveau sport, la course aux drapeaux et cocardes portant les couleurs prussiennes, qui n'étaient plus de mise depuis l'adoption des trois couleurs par le gouvernement provisoire de Francfort; des cadets militaires ayant par malheur conservé la cocarde de Prusse, se virent molestés, leurs insignes arrachés et

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jetés dans la boue. Le ministre de la guerre trouva la plaisanterie excessive et en profita pour ramener à Berlin un régiment d'infanterie '. Avec sagesse, on évita de le faire intervenir dans les troubles, la populace l'aurait lapidé.

Les délibérations de l'Assemblée nationale, présidées maintenant par Grabow, se passaient en interpellations et agitations. Le 3o juin, M. Gladach déclarait que dans les affaires des duchés, la Prusse ne faisait que suivre « les vues de l'autocrate qui trône à Saint-Pétersbourg ». Le 4 juillet, sur la question des troubles de Posen, l'assemblée se divisait, se contredisait et ne nommait une commission à pleins pouvoirs <[ue pour restreindre ces pouvoirs. Et, en toutes matières, les débats se succédaient, orageux, pleins de méfiance et d'exagération.

Les députés ne pouvaient se borner à leur rôle prussien ; ils voulaient réglementer l'Allemagne et empiétaient sur le rôle du Parlement de Francfort. L'Assemblée allemande avait créé un pouvoir central provisoire et élu vicaire impérial, administrateur de l'Empire, l'archiduc Jean (29 juin). C'était un rude coup pour l'orgueil prussien de voir un prince autrichien à la tête de l'Allemagne. Un petit journal à venin, comme il en était éclos par douzaines, enprofitaitpourinsul-

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