Denis, L'AUemafjnc, p
!x. Saint-René Taillandier, L'Alleinmjne et la Révolution, II, p. i59 et Dix ans de l'Histoire d'Allemagne, p. 97.
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s'écriait Frédéric-Guillaume, c'est ma pensée de toutes les heures, c'est la constante préoccupation de mon âme''. » Belles flammes vite éteintes. Quelques émeutes, quelques motions à l'Assemblée constituante rejetaient le roi dans la réaction à outrance.
Le parti militaire en profitait. Il ne pouvait supporter l'affront que lui avait fait l'Assemblée constituante en votant la motion de Stein, le 9 août (invitation aux officiers réactionnaires de quitter l'armée). Il pressait les ministres d'y répondre ; ceux-ci hésitaient, ils voyaient clairement la situation. Ils étaient des hommes modérés, dans un temps où la modération n'était pas de mode. Monarchistes sincères, ils sentaient la méfiance du monarque envers eux. Libéraux et gens de progrès, ils étaient traités de révolutionnaires par les uns, de réactionnaires par les autres. Ils ne trouvaient aucun appui, ils étaient pris entre l'Assemblée où la majorité était d'une susceptibilité farouche, et le parti de la Cour, des grands propriétaires, de l'armée. Entie la lutte de ces deux éléments, ils flottaient au gré des événements, et voyaient avec une tristesse profonde que les nobles aspirations, les
I . « La puissance du temps réside dans l'effort de l'Allemagne vers l'unité, » écrivait à la même é[ioque Slockmar à Frédéric- Guillaume, dont il était un conseiller très écoulé. Stockmar, loc. cit., p. 534.
rêves de liberté étaient écrasés dans le choc des exagérations extrêmes.
Cependant les généraux parvinrent à décider le ministère à l'action en leur faveur ; ils mirent près d'un mois pour y arriver, et la longueur de ce délai indique suffisamment les hésitations du cabinet. Le 2 septembre, le Président du Conseil, Auerswald, adressait au Président de l'Assemblée une lettre déclarant que l'envoi aux régiments d'un bulletin dans le sens demandé le g août par la Chambre « ne serait pas compatible avec l'esprit et l'existence de l'armée, mais serait de nature à établir un esprit de méfiance qui détruirait toute discipline, au lieu de l'esprit d'obéissance dans lequel l'officier et le soldat doivent recevoir les ordres de leurs supérieurs. Nous crovons donc qu'un pareil bulletin aurait des conséquences fâcheuses pour l'armée et préférons laisser au ministre de la guerre le choix des moyens propres à atteindre le but désiré par l'Assemblée ». Sous une forme polie, c'était un refus très net d'obéir à l'ordre de la Chambre.
A la lecture de ce document, le 4 septembre, Stein bondit à la tribune : « L'armée n'est certes pas réactionnaire. Vos fils et vos frères en font partie. Mais un certain nombre d'officiers regrettent l'ancien état de choses, c'est contre cet esprit d'exclusion et de séparation qu'était dirigé notre vote... Aujourd'hui à ces motifs
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vient s'en ajouter un autre. L'honneur et la dignité du pays demandent que la résolution votée par la Chambre reçoive son exécution... Tous les ministres, excepté celui de la guerre, se conforment aux décisions de la Chambre. S'il doit en être ainsi, les officiers diront : « La « Chambre peut décider ce qu'elle voudra, le « ministre fera à sa tête, et nous resterons les « privilégiés... »
Deux séances se suivirent, pleines de fièvre, de discussions nerveuses, de tumulte inouï. Avec un défaut de logique assez singulier, le parti radical, par l'organe d'un de ses chefs, Waldeck, réclama pour les militaires le droit de former entre eux des associations politiques'; il l'entendait de clubs avancés; les officiers l'auraient compris tout autrement et se seraient réunis pour hâter la réaction. Steininsistapour quelaChambre maintînt sa volonté ; le 7 septembre l'Assemblée vota h une majorité de 67 voix une nouvelle motion de Stein réclamant l'envoi immédiat d'une proclamation à l'armée dans le sens de l'ordre du jour voté le 9 août. C'était la chute du ministère. La foule attendait anxieuse devant la salle des séances ; elle accueillit avec enthousiasme le résultat; Stein et Waldeck furent portés en triomphe^.