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CHAPITRE II

LES DÉBUTS DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV

Caractère du monarque. — Ses promesses. — Campagne libérale. — Projets constitutionnels du roi. — Les ministres, M. de Bodelschwingh. — Le prince de Prusse. — La création du système représentatif. — Ordonnances du 3 février 1847.

Frédéric-Guillaume IV avait reçu de la nature une intelligence richement douée ; mais il se laissait emporter par l'ensemble même de ses qualités \ D'une éloquence brillante et élevée, formée h la lecture des psaumes de David, il s'enivrait de ses propres paroles et prenait ses phrases superbes pour des réalités. Curieux d'art et de belles lettres, en même temps crudit, philosophe et théologien, il donnait des conseils aux artistes et des leçons aux professeurs, mais laissait attendre ses ministres en lisant Platon ou Kant. Son imagination était réelle, mais elle l'entraînait dans un monde très éloigné de la Prusse du xix® siècle : il ne pouvait se figurer

I. Saint-René Taillandier, Études sur la Révolution en Allemagne, l, p. ^22, et Dix ans de l'Histoire d'Allemagne,]). i5, 48; Flathe, Das Zeitalter der Restauration und Révolution, p. 433.

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l'Allemagne autrement que sous ses ajustements du moyen âge'; le saint empire romain, orné de la poésie des légendes et de Téloignement, lui paraissait une institution venue de Dieu et que l'effort des hommes devait replacer sur la terre. A côté de qualités brillantes, le monarque avait le caractère le moins ferme qui se puisse imaginer : les idées lui venaient si nombreuses à l'imagination, qu'il les embrassait toutes ensemble quoique contradictoires, et, quand il s'agissait de passer h leur réalisation, il modifiait sans cesse ses décisions sans pouvoir se tenir à aucune". 11 avait l'âme d'un artiste, mais rien d'un homme d'Etat.

Il est incontestable qu'en montant sur le trône il avait certaines idées libérales ; on le savait et dans l'espoir impatient d'un réveil en Allemagne, l'opinion publique fit au nouveau monarque un accueil enthousiaste. Il y répondit par des discours, très vagues, très indécis, d'où l'on pouvait tout augurer". « (Chevaliers, bourgeois, pavsans, s'écriait-il du balcon du palais royal, et vous tous parmi cette foule innombrable, vous lous qui pouvez m'entendre, voici la question que je vous adresse : Voulez-vous, en cœur et en esprit, en

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