CHAPITRE XI
Caractère de l'octroi de la constitution. — Les partis et les élections. — Ouverture du Parlement. — Résistance de la seconde Chambre. — Les discussions sur l'état de siège et l'unité allemande: le ministère en minorité. — ^Nouvelle dissolution. — Efiondreme.nt du parti progressiste.
La dissolution de l'Assemblée nationale et l'octroi même delà constitution portaient un coup mortel au grand mouvement de i8/i8 en Prusse; mais cet ébranlement ne parut pas à première vue, et le parti de réaction pouvait le contester.
En elTet, la charte du 5 décembre était très libérale ; dans ses grandes lignes, elle subsiste encore, et les modifications qu'on y a faites, ont affaibli ce caractère pour augmenter le principe d'autorité rovale : le suffrage universel a étéremplacé par le système des classes, l'élection de la première Chambre a fait place a l'hérédité et au choix par la couronne.
Il semblait donc que la Révolution avait cause gagnée et que la monarchie avait cédé devant les réclamations du peuple.
LE DERNIER EKl'ORT DES LlBiniAUX ET SON ÉCHEC 33 1
II n'en était rien : le vainqueur était le parti de réaction ; mais, avec une «grande intelligence, Brandenhurg et Manteulï'el avaient compris qu'ils ne pouvaient s'imposer au pays qu'en répondant à une partie de ses espérances. Ils y avaient amené Frédéric-Guillaume. Cette contradiction apparente convenait à son caractère ondovant et variable. Il choisissait le moment où il vainquait son peuple pour lui accorder les institutions que ce peuple demandait; il écrasait les libéraux et adoptait leurs projets ; il chassait l'Assemblée élue au sufirage universel et convoquait les électeurs au même suffrage.
Les institutions valent moins par elles-mêmes que par la façon dont on les applique. Un régime libéral peut devenir autocrate du fait des gouvernants. La constitution parlementaire du 5 décembre devenait une arme de combat entre les mains des conservateurs et contre le parti libéral.
La camarilla elle-même se sentait dépassée. Le général de Gerlach écrivait, en janvier: ce La réaction va si loin que même les fautes de l'ancien régime recommencent '. » Le groupe y poussait bien d'ailleurs. Bismarck, d'ordinaire mieux inspiré, dénonçait hautement « la mollesse de nos tribunaux pendant la dernière année, la lâcheté, je ne puis la nommer autrement, de la