‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 137 sur 174 · Gerlacli, Denkwiirdigkeiten, I, p · texte numérisé non relu

Gerlacli, Denkwiirdigkeiten, I, p

qu'en l'armée. Le i"" janvier, il lui adressait un ordre du jour dithyrambique : (( Pendant cette funeste année i848, où la Prusse aurait, sans le secours de Dieu, succombé sous les efforts du crime et de la trahison, l'armée prussienne a maintenu son ancienne gloire et en a acquis une nouvelle... Elle est restée fidèle alors que la révolte troublait le développement des institutions libérales auxquelles je veux conduire mon peuple avec prudence'. »

Le calme régnait à peu près partout; la dissolution de rAssemblée nationale n'avait rencontré qu'une indifférence générale. La lassitudequi avait envahi Berlin s'étendait à la province. Les grands discours, les émeutes, les barricades, les charges de cavalerie fatiguaient et ennuyaient; le général de Wrangel, avec sa grâce railleuse à distribuer des coups de bâton, avait mis les rieurs de son côté. Les troubles suscités dans quelques grandes villes s'étaient apaisés ; h Dusseldorf, un état de siège vigoureusement appliqué avait rétabli l'ordre. La période électorale fut tranquille.

Les partis politiques s'étaient immédiatement préparés à la lutte. Les progressistes, — toute la gauche de la Natioriahersammlum:;, — attendaient du pays une revanche contre la couronne.

I. Lesur et Fouquier, Annuaire historique, i8lnj, 2^" partie, Docuinenls, p. i48.

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Les plus avancés de ce groupe, les radicaux, avaient une forte organisation de comités et s'efforçaient de créer dans chaque ville une ligue démocratique ; le président de police Hinkeldev estimait ii 2 000 le nombre de leurs associations'.

Le parti réactionnaire était encore mieux organisé. Le gouvernement avait pris avec fermeté sa direction ; ses multiples fonctionnaires étaient de tenaces agents électoraux, admirablement renseisfués sur les gestes de ses adversaires. ManteufFel usait de leurs propres armes, la presse, la réunion, la brochure, prévovait et parait chaque coup, et a une brochure retentissante de Rodbertus commandait d'avance une réponse de Reichensperger. Le parti de la cour se démenait ; il avait créé à Berlin un comité central, composé des députés conservateurs de l'assemblée dissoute et des délégués des associations « amies de l'ordre » ; il s'efïbrçait d' « agir sur les élections », par l'organisation des comités locaux, la publication de brochures, les « conseils et les entretiens personnels », pour << rétablir l'ordre public ébranlé par la tempête de mars' ». Bismarck, membre de ce comité central, s'était lancé avec fougue dans la mêlée. Dans une réunion électorale tenue à Rathenow, il invitait ses

I. Manleuffel, Denkwurdigkfilen, t. 1, p. 72. 3. Bisinarck-Jaltrbuch, t. II, p. 53.

auditeurs à renouer « fortement les vieux liens de confiance entre la couronne et le peuple pour qu'ainsi l'ordre et la loi régnent et que le bienêtre et l'intérêt de tous les citoyens paisibles soient assurés ' ».

Le roi intervenait avec sérénité. Il profitait d'une pétition des électeurs de Nessin, en Poméranie, pour rappeler « les aberrations n de l'Assemblée nationale et pour mettre en garde les sujets lovaux contre « ceux qui les bercent d'espérances irréalisables, qui sèment la haine et le mécontentement et calomnient des hommes que le pays a toujours reconnus dignes et honnêtes^ ».

Le résultat fut confus. Le suffrage universel était mal préparé à de pareilles consultations. Les électeurs n'avaient aucune éducation et aucune expérience politiques. On était passé trop rapidement du gouvernement autocrate au régime représentatif, et les représentés votaient à l'aveuglette et sans idées générales ; les paysans, parce qu'ils étaient encore faits au joug seigneurial, choisissaient les représentants de la réaction, et les ouvriers des grandes villes préféraient les adversaires du ministère pour faire échec au gouvernement; ni les uns ni les autres

1. Hahii, Fui.it Bisinarcli, t. I, \>. 12. Proclamation électorale du parti conservateur prussien, décembre 18^8.

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