Ernst von Coburg, loc. cit., t. I, p
1,'lDÉi; ALLEMANDE AU COMMENCEMENT DE l8^() a5()
^ in<)t-lHiit oouvernemeiits signaient ;i l;i fin de lévrier une déclaration pour adiiérer d'une façon i^énérale aux projets constitutionnels du Parlement, sous certaines restrictions de détail. C'était bien la majorité que rêvait Einest de Saxe-Cobourg-Gotha, mais une majorité d'infiniment petits. En face de l'Autriche hostile, de la Prusse hésitante, des quatre royaumes louvoyants, l'œuvre du Parlement avait pour soutien 28 princes, dont le grand duc de Bade était le plus important.
Le Parlement de Francloit' était issu d'un mouvement de fraternité et d'enthousiasme. Au mois d'avril 18/18, tout était beau et facile ; l'ancien esprit avec la Diète, l'esprit nouveau avec le Vorparlament, s'étaient unis pour donner aux députés le « mandat de créer une constitution entre le peuple allemand et les gouvernements». Les députés étaient accourus de toutes les parties de l'Allemagne, pleins d'ardeur, prêts à toutes les concessions. L'ouverture du Parlement, le 18 mai, avait été une fête radieuse ; l'élection de son Président, Henri de Gagern, la création
I. A. Pûsier, Das deutsche ] alerland ini XIX Jalirhundert, p. 346 et suiv. ; G. Kaufmann, Politische Geschichle lin A/A''^" Jahrhimdert, p. 35A et suiv. ; Saint-René Taillandier, Histoire du Parlement de Francfort.
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d'un pouvoir provisoire dirigé par Tarchiduc Jean, vicaire d'empire, l'élection d'un comité de constitution, tout avait été facilité par la concorde et la joie générales. Puis cinq mois s'étaient écoulés, où beaucoup de discours et d'appels à l'union avaient été prononcés; on s'était occupé de maintes choses, de la question danoise et de l'armistice de Malmoë, des affaires de Prusse et de la National Versammlung, de la Pologne, delà Hongrie, de l'Italie, mais nullement de la constitution allemande.
L'accord, en effet, était plus apparent que réel: les députés représentaient des opinions trop différentes pour être homogènes, et le Parlement figurait exactement la carte de l'Allemagne du temps, qui était singulièrement variée et nombreuse en couleurs. Les opinions politiques y figuraient toutes, du royalisme de droit divin avec le prince Lichnowsky, au parlementarisme presque républicain avec Robert Blum ; les monarchistes de progrès comptaient le général de Radowitz, M. de Vincke dont la haute éloquence, l'élévation de pensée n'étaient pas appuyées par une égale logique, !M. de Beckerath, intelliofence claire et droite, Henri de Gaorern surtout, dont l'ardent patriotisme, la conviction entraînante furent pendant une année l'âme même du Parlement. Si ces hommes différaient par les moyens, ils se rapprochaient pour tendre
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à un même but : la formation d'un empire allemand par l'accord des princes et des peuples.
Varié en opinions politiques, le Parlement de Francfort Tétait encore davantage en tendances territoriales. Les peuples allemands n'avaient jamais été appelés à délibérer en commun ; l'initiation était trop brusque, les intérêts trop dilTerents. Les Autrichiens et les Prussiens de l'Est étaient, en général, parLicularistes ; les Bavarois tenaient h leur indépendance ; les Prussiens de l'Ouest et les représentants des petits Etats désiraient l'union dans l'empire. Mais tdut poussait à rendre didicile un accord : conflits de droit public et de droit civil, questions financières et militaires, commerciales et religieuses, rien n'était étudié et mûr.
Le comité de constitution avait déposé son projet au commencement d'octobre. Dès le premier article, il s'attaquait au point le plus délicat, les relations avec l'Autriche ; les propositions avaient été diverses: serait-elle exclue de 1 empire, y entrerait-elle, et dans quelle mesure, avec tous ses Etats ou ses seules provinces allemandes? Sur l'avis de Dahlmann et de Droysen, le comité s'était attaché à la solution catégorique, l'exclusion de l'Autriche ; il y avait mis d'ailleurs quelque forme ; il proclamait que « l'empire allemand s'étendait sur tout le territoire de la Confédération germanique », mais avec cette
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restriction qu'(c aucune partie de l'empire allemand ne devrait être unie en un seul Etat avec des pays non allemands ». Si un Etat allemand possédait des provinces étrangères, il ne pourrait être lié avec elles que par une union purement personnelle. 11 était facile de prévoir que l'Autriche ne voudrait h aucun prix un lien si ténu avec ses provinces slaves, hongroises et italiennes ; elle s'exclurait donc elle-même de l'Allemagne. C'est ainsi que l'entendait Dahlmann: créer une puissante Allemagne à côté d'une puissante Autriche, et les unir par une simple alliance.
Au Parlement, les débats furent passionnés et éloquents ; plusieurs députés réclamèrent le maintien de l'Autriche dans l'empire : « L'alliance, s'écria Uhland, ne serait qu'un adieu fraternel. » Gagern essaya de trouver une formule qui conciliait toutes choses. Mais l'opinion s'était faite dans les clubs où les députés se retrouvaient et formaient leur décision ; à une forte majorité, le 27 octobre, le texte du comité fut adopté: c'était l'exclusion de l'Autriche.
Au fond, la question se résolvait dans la rivalité entre les deux grandes puissances : si l'Autriche restait en Allemagne, la couronne impériale lui revenait forcément ; si elle en était exclue, le roi de Prusse devenait nécessairement empereur. Le prince Napoléon et Malmesbury le comprenaient très bien, quand ils prévoyaient.
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quelques semaines plus tard, la guerre entre l'Autriche et la Prusse'.
Au lendemain du vote du 27 octobre, les chefs de la majorité au Parlement s'efforcèrent de persuader à Frédéric-Guillaume IV de prendre la direction du mouvement allemand. L'heure n'était pas favorable : l'Assemblée do Berlin était en ébullition, le ministère Brandenburg s'organisait. Mais dès l'ordre rétabli, une série de missionnaires se rendent auprès du roi, autant pour intervenir en faveur du parti libéral de Prusse que pour convertir Frédéric- Guillaume à la foi militaire: Bassermann arrive h Berlin le 18 novembre en qualité de commissaire du pouvoir central ; trois députés, Beckerath, Simson et Ilergenhahn, envovés par leurs collègues, n'obtiennent qu'un refus très net de toute intervention en Prusse et un mutisme complet sur la question allemande; Henri de Gagern, dans plusieurs entretiens avec le roi, n'aboutit pas h un meilleur résultat: « La maison de Habsbourg, lui déclare le monarque, marche en tète, et je ne suis ni Frédéric 1", ni Frédéric II. Si l'Autriche est exclue, l'Allemagne sera amoindrie, et je ne veux pas être le premier chef d'un empire dont la couronne serait mutilée. Je n'aurais la direction que d'un Etat faible ; ma couronne serait