LE REFUS DE LA COURONNE 1MPERL\LE
Guillaume IV croyait à la suprématie naturelle de l'Autriche. Depuis de longs siècles, le chef de la maison de Habsbourg était revêtu de la dignité impériale; cette situation était voulue de Dieu ; la modifier eût été impie. Volontiers Frédéric-Guillaume aurait cherché dans les psaumes de David quelque argument pour justifier la prééminence de l'Autriche et interdireàla Prusse de changer un ordre créé par la Providence et consacré par 1 histoire.
Scrupule de conscience : il trouvait odieux de profiter des difficultés d'un monarque ami, pour le dépouiller et de s'allier aux révoltés de Hongrie et d'Italie pour frustrer leur maître de la couronne allemande.
Crainte de la guerre : accepter cette couronne , c'était risquer la lutte avec l'Autriche et, malgré ses hvnines à l'armée, Frédéric- Guillaume IV n'était pas un prince batailleur ; tout dans la guerre lui répugnait : lessoullVances qui en découlent, les défaites auxquelles toujours elle expose, la prompte décision qu'il y faut apporter. Dans la guerre avec l'Autriche, il entrevoyait une lutte impie et fraternelle et il craignait les revers possibles.
Horreur de la Révolution : ce fut le motif déterminant. Il venait de la vaincre en Prusse, il allait l'abattre en Saxe et à Baden, et en recevant du Parlement de Francfort une cou-
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ronne d'empereur il aurait cru transiger avec elle. Ce Parlement, d'ailleurs, n'était qu'un produit de la Révolution ; les députés qui lui offraient ce présent infernal étaient frères en pensée et en action des députés à l'assemblée prussienne, qu'il avait combattus et chassés ; cette couronne lui rappelait celle de mars, en carton et en plâtras, promenée dans les rues lors de sa chevauchée ridicule. L'accepter, c'était la recevoir des peuples révoltés contre leurs monarques et devoir le titre d'empereur à la Révolution.
Dès le 18 mars, Frédéric-Guillaume s'exprimait avec indignation dans une lettre à Arndt: « Ce qu'on m'offre ne porte ni le signe de la Sainte Croix, ni la marque de la grâce de Dieu. Ce n'est pas une couronne, c'est le collier de fer de l'esclavage, que le fils de plus de vingt-quatre régents, princes-électeurs et rois, chef de seize millions d'hommes, maître de la meilleure et plus brave armée du monde, recevrait en serf de la révolution... Tant qu'à Francfort les princes allemands n'auront aucune place, mais qu'on n'y trouvera que le torrent révolutionnaire, rien n'en pourra sortir que des mains pures puissent accepter... L'Assemblée nationale allemande n'a ni h donner ni à offrir une couronne. Elle ne peut que proposer une constitution et ensuite la soumettre au conseil
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des princes... ; elle a rejeté ce conseil, c'est une faute monstrueuse, un péché... Comme prince, comme Allemand, dont le oui est un oui énergique, le non un non réfléchi, je n'admets rien qui diminue ma patrie et l'expose aux railleries de ses voisins, au jugement sévère de l'histoire. Dixi et salvavi animani meamK »
Frédéric-Guillaume soumit la question impériale à une double impossibilité : l'entente de trente gouvernements et la revision par le Parlement de Francfort. C'était chimère que songer à réunir le consentement de tous les gouvernements allemands : si les petits étaient prêts à raccorder, les moyens ne le donneraient que contraints et forcés, et l'Autriche ne l'enverrait jamais. Les quatre rois n'avaient qu'une pensée, humaine et diplomatique, gagner du temps ; ils connaissaient Frédéric-Guillaume IV, de lui on pouvait toujours attendre un revirement ; ils espéraient dans Schwarzenberg, l'Autriche renaîtrait un jour ; pour eux. ils n'avaient qu'à attendre, laisser passer 1 orage et profiter des circonstances. Demander h l'Autriche de consentir à l'œuvre de Francfort, c'était une dérision : le Parlement l'avait expulsée d'Allemagne, la prier d'v souscrire, c'était l'inviter au suicide.
I. Cité par Kliipfel, Geschichte der deutsclien Einheitsbes- Irebunqen, t. I, p. I02.
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Ce n'était pas tout. Le consentement obtenu des souverains, il eût fallu reviser la constitution adoptée à Francfort ; en un an, le Parlement était arrivé avec peine à s'entendre ; h des majorités dérisoires, de concessions en conciliations, il était parvenu h voter le texte proposé au roi ; et il devrait reprendre ces articles, s'accorder avec un conseil unanime des princes, concilier la droite et la gauche, les ultramontains et les protestants, Vienne et Hambourg. Les députés les plus tenaces n'osaient l'essayer. La création d'un empire allemand ne pouvait se faire que si la Prusse arrachait le consentement de ses alliés. Mais il fallait une volonté ferme et un dessein arrêté. Le roi Frédéric-Guillaume IV manquait des deux.
Son refus porta au Parlement de Francfort un coup mortel. Ce fut, dit Biederinann \ la lente agonie d'un malade pour lequel il n'y avait plus de remède. Les députés s'en allaient les uns après les autres. Le gouvernement autrichien, courroucé de l'élection impériale, avait rappelé les conservateurs fidèles h ses ordres. L'archiduc Jean, mécontent de n'être pas choisi comme empereur, avait donné sa démission. Le Parlement essayait de lutter encore; sur la proposition d'un comité de trente membres, il invitait les