A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION
Conséquences de la réunion du Landtag. — Efforts des patriotes allemands : la Deulsche Zeiluivj et les Congrès politiques. — Influence du général de Radowitz ; ses missions à Vienne et à Paris. — Les délégations des Diètes provinciales. — Situation troublée ejn Allemagne.
Nul n'essayait de le dissimuler : la réunion du Landtag aboutissait a un échec. Frédéric-Guillaunie IV avait cru se rapprocher de son peuple et s'unir étroitement à lui; ses phrases éloquentes et vagues avaient fait illusion, et on avait fondé sur lui des espérances qu'il ne pouvait réaliser. Le désaccord entre les députés et le roi, sensible dès les premières séances, s'était profondément ^ creusé à la fin de la session ; les revendications
du parti libéral s'étaient heurtées à une tenace résistance du gouvernement ; par un de ces brusques revirements propres à son caractère, Frédéric-Guillaume avait ressauté aux vieilles traditions prussiennes, d'autocratie par les bureaux : la Diète s'était cabrée et avait sabré les projets du gouvernement. Ce conflit avait risqué
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de tout entraver, elles résultats matériels étaient médiocres : la promesse de réunir à nouveau les États dans un délai de quatre ans, la loi sur la situation des Juifs et quelques ordonnances sur des questions de seconde importance. Les prophètes pessimistes semblaient donc avoir raison, qui, dès le discours du trône, annonçaient l'échec du Landtag et proposaient de quitter Berlin sans se livrer à d'inutiles discours. Y Mais la réunion du Landtag avait eu un effet moral d'une portée considérable. Pour la première lois, les représentants de la Prusse entière, du Rhin à la Vistule, s'étaient réunis à Berlin, avaient discuté sur les intérêts du royaume, avaient exposé les idées du pays sur sa propre administration! Jusqu'alors, les débats pratiques s'étaient enfermés dans les Landtags provinciaux d'où ils n'avaient aucun retentissement ; les décisions s'y prenaient en chambre close ; elles n'avaient en général qu'une portée provinciale et le monarque les promulguait ou les écartait sans discussion et sans contrôle : à peine la presse pouvait-elle les critiquer sous l'œil sévère de la censure; elle ne le pouvait faire qu'après leur publication, alors qu'il était trop tard pour les modifier.
Au Landtag uni, tout avait changé. Les débats s'étaient élevés aux questions générales, de principe et d'ordre public; propositions royales et
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pétitions avaient été librement discutées ; les séances étaient publiques et le compte rendu sténographique en était répandu par la presse ; de grands journaux étrangers, le Times, les Débats, V Indépendance belge, avaient transmis au loin le texte des discours. Les orateurs ne s'étaient pas crus liés « au vieux dogme de l'in- « faillibilité des bureaux et de l'intelligence <( limitée des sujets* ». Ils avaient critiqué la sainte administration prussienne avec rigueur et raison, et, de ces débats, ils étaient souvent sortis victorieux.
Ces hommes, hier inconnus, sont maintenant des chefs de partis. Ils forcent l'admiration de Metternich lui-même : « Quanta moi, qui ai suivi jour par jour tous les actes de la session qui vient de finir, écrit-il le 11 juillet, j'ai été vivement frappé des solides qualités parlementaires des orateurs fournis par l'opposition". » Tous avaient fait assaut de valeur : à gauche, Vincke, Schwerin, Camphausen, Auerswald, Beckerath, Hansemann ; à droite, Arnim, Bismarck-Schonhausen ; leur éloquence, leur entente des affaires, l'élévation de leurs principes l'avaientemportésur les raisonnements étroits des bureaucrates que leur opposait la couronne. Seul, Bodelschwingh
1. Biedermann, GescJiichte Deulschlands, a<^ partie, i84o- 1871, t. 1, p. 2o3.