Bismarck, Pensées et Souvenirs, t. I, p
lOO LA. PRUSSE ET L\ UÉVOLUTIOX DE l848
courroux s'évanouit. Il se laisse entraîner par le mouvement unitaire et s'abandonne à l'influence d'un de ses amis les plus chers, le général de Radowitz.
C'était une singulière et attachante personnalité *. Né en Saxe, d'abord officier au service de la liesse, Radowitz était depuis i823 attaché à l'état-major de Prusse où il avait conquis tous ses grades ; des missions à Francfort, à Carlsruhe, à Wiesbaden, l'avaient mis en relief; l'homme séduisait. « Un front large et haut, des yeux noirs et expressifs, des lèvres serrées, une voix sonore et harmonieuse.; apparition imposante et sympathique à la fois ^ ». Son intelligence puissante embrassait toutes les branches de l'activité humaine ; questions militaires et religieuses, politiques et historiques, lettres et sciences, il scrutait toutes choses avec ampleur ; mais il restait trop haut. Ce soldat était un grand penseur, non un homme d'action. Le feu de l'enthousiasme unitaire l'avait pénétré de part en part. Il cherchait à le communiquer à son royal ami.
Depuis un an, la Diète sommeillait surunpro-
1. Saint-René Taillandier, Le général de Radowitz, dans les Etudes sur la Révolution en Allemagne, II, p. 295etsuiv.; Allgcmeine deutsche Biographie, article très complet par M. Liliencron.