‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 7 sur 174 · LA DECEPTION DE · texte numérisé non relu

LA DECEPTION DE

qui dans ses huit paragraphes contenait tout un plan, ou du moins toute une promesse d'organisation constitutionnelle ; création d'une « représentation du peuple » ; réorganisation des Ktats provinciaux qui nommeraient les députés ; ceuxci seraient appelés à délibérer « sur tous les sujets de législation concernant les droits personnels ou de propriété des citoyens, y compris les impôts » ; une commission, convoquée pour le i*"" septembre, préparerait le texte de cette constitution. Les autres Etats allemands ne voulaient pas demeurer en arrière etlacte fédéral du 8 juin i8i5, dans son article i3, disposait que « dans tous les Ktats confédérés existerait une constitution représentative IJands(('irulisc/i ^) )i. 'Slais ce n'étaient là que de belles promesses, faites et renouvelées sous la pression des événements, et que le triomphe de Waterloo, la paix signée, devaient bientôt emporter. Sauf dans quelques Etats secondaires, elles devaient rester pour longtemps lettre morte.

Il faut le reconnaître, la réorganisation constitutionnelle de la Prusse n'était pas aisée et présentait de singulières difficultés. Les traités de paix avaient transformé la Prusse en doublant presque son territoire et le chiffre de sa popula-

1 . Ce texte était le résultat de nombreux pourparlers qui ont occupé les plénipotentiaires allemands pendant le mois de mai. Kliiber, II, 3, 3i8, 34i.

l4 LA PRUSSE ET LA RÉVOLUTION DE l8/l8

tion ; sur dix millions d'habitants, cinq millions étaient de nouveaux sujets, ayant profondément subi l'influence étrangère ; les habitants des provinces rhénanes s'étaient attachés depuis vingt ans aux idées françaises ; les Polonais souffraient encore du partage de leur nation ; les Saxons étaient mécontents de leur annexion à la Prusse. Ces nouveaux sujets avaient des mœurs, des traditions qui n'étaient point celles du royaume de Prusse ; ils ne pouvaient immédiatement s'imprégner de l'esprit d'obéissance administrative ; on ne pouvait, sans danger pour l'unité prussienne, leur donner part au gouvernement du royaume.

D'ailleurs, le pays était profondément troublé; il était las du service militaire, son premierdésir était de le restreindre, et Frédéric-Guillaume III n'en voulait pas entendre parler. Karl von Rotteck, porte-parole des libéraux, déclarait en 1816 : « Le mot d'ordre de tout bon citoyen est la dissolution des armées permanentes, la création d'une force nationale' », et un Parlement réuni à ce moment aurait certainement édicté ces mesures.

A cette époque, le parti aristocratique poussait le roi à la plus étroite réaction en lui dénonçant

I. II. Blum, Fiirsl Bismarck und seine Zeit, t. I, p. 88; Seignobos, Histoire polili(jiie de l'Europe conleinporaine, p. 4ii-

I,A DÉCEPTION DE l8l5 1 5

(les révolutionnaires clans les partisans des réformes et des complots dans les plus banales réunions'; Ilardenberg se sentait menacé et évitait toute occasion de conflit ; des hommes d'une évidente modération, tels que Boyen, Gneisenau, Gruner, Guillaume de Humboldt tombaient en disgrâce. L'heure n'était pas propice aux. reformes.

L'idée d'accorder au peuple prussien quelque part au gouvernement n'était pourtant pas abandonnée définitivement ; l'ordonnance du lO mars 1817, qui organisa le Conseil d'Etat, rappela les promesses passées et une des sections de cette assemblée fut chargée d'étudier les projets de constitution représentative -. Elle commença ses délibérations le 7 juillet en déléguant, il la demande du roi, trois commissaires pour étudier l'état et l'esprit des provinces ; leur voyage fut consciencieux et soigneux ', ils déposèrent des rapports très savants, appuyés sur l'audition d'innombrables témoins ; le roi reçut de nombreuses adresses ; il rédigea plusieurs ordres de cabinet; mais le résultat pratique fut nul.

D'ailleurs à l'influence réactionnaire de l'entourage de Frédéric-Guillaume III s'ajoutaient

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