‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 84 sur 174 · I. Hachfahl, loc. cil., p. iG3 et suiv · texte numérisé non relu

I. Hachfahl, loc. cil., p. iG3 et suiv

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Toute la matinée, les délégations se pressèrent auprès du roi pour lui allirmer que le peuple n'abandonnerait pas les barricades tant qu'il verrait les troupes devant lui. Le thème de leurs discours était identique : « Dès que les militaires seraient éloignés, le bon sens des bourgeois reprendrait son influence et le peuple égaré reviendrait à la raison et à l'obéissance. » Plier devant l'insurrection, c'était raide pour un Hohenzollern. Le monarque hésitait, chargeait le comte d'Arnim-Boitzenburg de former un nouveau ministère', allait des conseils de résistance donnés par le prince de Prusse et le parti militaire aux prières de céder que proféraient le bourgmestre et même Arnim. Une consultation générale des généraux et hauts fonctionnaires n'aboutit qu'à constater leur désaccord.

Le temps s'écoulait, il fallait aboutir. Vers onze heures, Frédéric-Guillaume se retire dans son cabinet avec Bodelschwingh et Arnim ; leur délibération est restée secrète ; elle ne fut pas

I. La famille d' Arnim est fort nombreuse. Le comte Alfred- Henri d'Arnim-Boitzenburg était le ministre de l'intérieur qui avait quitté le pouvoir en i845 à cause de son désaccord avec le roi sur la question constitutionnelle. Nous avons indiqué la part active qu'il prit au Landtag uni comme conservateur modéré, partisan de réformes mûries. Cf. Allgeinelnc deulsche Biographie, v^ Arnim Boilzenbunj, l'article de M. Constantin Rôssler.

longue ; un quart d'heure après, Bodelschwingh, <( le visage en feu », sortait avec l'ordre de retirer les troupes '. Il l'annonce h haute voix dans la salle où attendaient anxieusement civils et militaires. L'impression est profonde. Les bourgeois, membres des députations municipales, se réjouissent de cette décision qui va ramener la paix. Les officiers protestent sourdement. Le prince de Prusse s'étonne ; le ministre réplique: « Aux paroles du roi, on ne peut rien changer. » Le prince saisit Bodelschwingh par le bras et demande encore : « Pourtant pas de la place du château ? » Le ministre répète encore l'ordre royal. De dépit, raconte-t-on, le prince jette son épée sur une table. Il se rend auprès de son frère et le presse; Frédéric-Guillaume se trouble, allègue qu'on a mal compris son ordre ; le

I. Cette décision de retirer les troupes a été l'objet de plusieurs versions ; on s'est souvent cITorcé d'amoindrir la responsabilité du roi, et Bunsen a prétendu qu'elle provenait d'un malentendu, d'une phrase mal comprise par un adjudant inconnu (Bunsens Leben, II, A97, en ce sens Biedermann, Gescldchte, loc. cit., p. 246, n. i. Voy. aussi Gerlach, Denkwiir- 'Ugkeiten, I, p. i4i.) La vérité est que le roi se laissa influencer par l'énervement d'une nuit passée dans le bruit de la bataille, par les délégations du matin et par l'avis d'Arnim. Il est d'ailleurs possible qu'il n'ait pas songé tout d'abord an départ des troupes de Berlin, ^^ous nous sommes attaché au récit de Busch, loc. cit., p. 27 et suiv., 64 et suiv., et de Sybel, Die Bcgriindung, loc. cit., p. i '|0, et .4 us den berliner Màrztagen, loc. cit., p. 427.

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prince l'aurait peut-être encore retourné, mais c était trop tard '.

Les officiers d'ordonnance avaient porté immédiatement Tordre royal : les troupes abandonnèrent les rues qu'elles avaient conquises ; une partie rentra dans les casernes ; le château ne fut protégé que par des fusiliers de la garde et des Schiitzbûrger ; le reste des soldats gagna Potsdam au milieu des huées de la foule. Le départ des troupes avait causé en ville une véritable stupéfaction. On ne pouvait croire à l'éloignement des soldats vainqueurs.

Lorsque les troupes commencèrent leur retraite, un homme de haute stature parut à une fenêtre pour regarder longuement le départ des soldats, on l'entendit prononcer: « Maintenant tout est perdu-. » Au même mois de mars, vingttrois ans plus tard, empereur d'Allemagne, cet homme rentrait à Berlin en victorieux, à la tête de ses soldats.

Au commencement de l'après-midi, le roi constitua le nouveau ministère : le comte d'Arnim-Boitzenburg en prenait la présidence avec les affaires étrangères et « l'administration de la

1. Les contradictions, apparentes ou réelles, abondent dans les récits des témoins ; elles sont souvent difficiles à concilier. \ oyez les savantes analyses dé Rachfahl, loc. cit., p. 219 et suiv.

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