Sybel, Die Begriindung, I, {). i
APRES L INSLRRECTIOxN IDQ
envoyer de nombreuses troupes pour reconquérir le pays. Mierolawski, le gracié du 20 mars, tint tête aux généraux prussiens et souvent avec avantage ; à Miroslaw, à la fin d'avril, dix mille soldats prussiens furent mis en déroute. L'insurrection ne fut écrasée qu'en mai, après des sièges en règle, des combats de forêts et de sanglantes représailles.
L'armée se vengeait ainsi de ses humiliations; à la fin de mars elle était dans une amertume profonde ; des vers circulaient parmi les soldats. « L'aigle noire tombe de la hampe, souillée. — Ici prend fin, ô Zollern, ta glorieuse histoire. » Et lorsque le 26 mars le roi déclara aux officiers de la garde qu' « il n'avait jamais été plus libre que sous la protection des bourgeois de Berlin », des murmures et un cliquetis de sabres se firent entendre, « tels qu'un roi de Prusse n'en a jamais entendu et n'en entendra jamais au milieu de ses officiers ^ ».
Le parti réactionnaire profitait de ce mécontentement ; tantôt il pensait à contraindre le roi à abdiquer en faveur soit de son frère, le prince de Prusse, soit de son neveu, le jeune prince Frédéric, qui régnerait sous la régence de sa mère ; tantôt il songeait à un coup de force, à une rentrée violente des troupes h Berlin, « même sans
I. Gcriach, Denlxwiirdigkeiten, l. I, p. i^8; Bismarck, Mrmoires, t. I, p. 35.
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ordre du roi, pour la cause royale ». Otto de Bismarck essayait de galvaniser les généraux. Prittwitz, honteux de son apathie le 19 mars, était prêt à marcher si les autres chefs de corps le suivaient. Le général de Wrangel, commandant à Stettin, était tout disposé « à faire ce que ferait Prittwitz ». Mais Bismarck ne reçut, du gouverneur militaire de Magdebourg, que la menace de le faire arrêter pour haute trahison. Le complot échoua, avant d'être noué ^
Le roi était tout h fait déconsidéré ; Bodelschwingh le traitait de saltimbanque. Des pamphlets et des caricatvires circulaient qui l'appelaient charlatan et méchant comédien, ou le comparaient à Néron: « Si ton peuple est assez dénaturé pour ne pas te chasser, disait un libelle hessois, sache que nous ne te laisserons pas salir notre bannière tricolore". » Frédéric-Guillaume sortait de l'état d'exaltation fiévreuse où il avait vécu pendant les journées de mars ; il comprenait la gravité de la situation, son peuple en révolte, la couronne de Prusse humiliée, l'unité allemande par les princes plus lointaine que jamais ; il avait quitté Berlin pour Potsdam où il
1. Bismarck, Mémoires, p. 3o, 34, 48. Au mois de juillet encore, le parti aristocratique déclarait que le roi devrait abdiquer dès le vote de la Constitution. Feuilles rhénanes du 28 juillet.