PO A
Ecriture. — On dicte à Po... : «Bordeaux le 12 novembre 1910. Je suis malade depuis deux mois»; Po... saisit la plume avec assez d'assurance, l’assujettit à ses doigts assez adroilement, la trempe dans l'encrier sans hésitation, trace rapidement ct avec fermeté les lignes qu’on lui demande; la main qui écrit ne tremble pas non plus que celle qui appuie sur le papier par deux doigts seulement cependant (l'index et le pouce). Po... dit n'avoir jamais mieux écrit et le spécimen qu'il nous fournit est certainement inférieur à celui que nous trouvons au cahier de consultation et qu’il a tracé il y a un mois. Les lignes sont droites et parallèles ; l'orthographe est correcte (cependant Bordeaux n’a pas d'x). Les majuscules sont placées où il faut et Po... va à la ligne quand il convient. Les lettres ne sont pas toujours très bien formées, mais n’empiètent pas les unes sur les autres. Les traits sont pleins, parfois légèrement tremblés, mais non déviés.
Etat mental. Mémoire. — Le récit que Po... nous a fait de ses antécédents héréditaires et personnels et de l’histoire de sa maladie, les détails précis qu’il nous a donnés, l’invariabilité de ses réponses d’un jour à l’autre au sujet des événements de sa vie antérieure ne nous permettent pas de douter de l'intégrité de sa mémoire et nous autorisent à faire fond sur ses renseignements, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Et si quelque chose pouvait nous étonner ce serait plutôt cette précision de ses souvenirs et la minutie des détails qu’il nous fournit. Il se rappelle exactement le jour où du charbon fut projeté dans sa figure par une explosion, et ceci se passait il y a seize ans (le 7 avril 4894); il se rappelle exactement le jour (le 29 août dernier) où il cessa de travailler; il se rappelle à quel àge exact est mort son père, à quel âge exact sa mère a cessé de se bien porter; il sait quel âge exact ont ses deux frères et ne réfléchit même pas pour nous le dire.
Etonné de la sûreté de ses réponses, nous lui faisons constater qu'il y à un mois, à la consultation de M. Abadie, on a noté des «troubles de la mémoire ». Po... les met sur le compte de l'émotion qu’il éprouva à se voir entouré de tant d'étudiants,
I nous affirme ne s'être jamais trompé dans son travail et se rappeler parfaitement tous les détails techniques de son métier.
Il nous avoue cependant que les derniers temps où il travaillait il lui arrivait parfois de s’interrompre et de rester «tout pensif», Nous
Le.
n'arrivons pas à lui faire préciser autrement ce qui se passait à ces moments. «A quoi pensiez-vous ? lui demandons-nous ! » — «Je ne saurais le dire, répond-il ». Cela ne durait que deux ou trois minutes et il ne semble pas qu'il perdit alors la notion du monde extérieur.
L'orientation dans le temps et dans l’espace est parfaite.
L’attention semble s'émousser assez vite.
’alcul mental. — 1 additionne de tète 42 + 15 et 25 + 33; il multiplie 11 > 9. Il compte sans hésitation à partir de 50 ct en descendant.
La conscience, le jugement, le sens pratique, le sens aulocrilique ne semblent pas altérés. IlLen est de même pour l'affectuosité.
Le caractère était devenu irritable, dit-il, avant qu'il ne rentrât à l'hôpital. Il «était contrarié quand les gosses criaient», «au point d'avoir des mouvements d'impatience ».
Cependant nous trouvons un homme aimable et bienveillant. Ne connaissant pas son adresse nous l’avions fait relancer par un de ses amis : « J’ai regretté de ne pouvoir rien lui offrir, » nous dit-il spontanément, lorsque nous lui demandons s'il avait reçu la visite de cet ami. Il se prête avec la meilleure grâce au long interrogatoire que nous lui faisons subir et aux examens mulliples que nous lui imposons. Il accepte volontiers la proposition de rentrer à l'hôpital et d'y séjourner huit nouveaux jours, afin que nous étudiions mieux son cas ; il accepte aussi, sans la moindre contrariété, la perspective d’une deuxième ponction lombaire, la première n'ayant pu être menée à bonne fin. Chaque matin, quand nous arrivons dans le service, il vient à nous, charmant; quand il nous parle il est toujours souriant. Luimême reconnait spontanément qu’ «il a une tendance à sourire en parlant »: il l’attribue « au naturel ». Ce sourire et aussi d’autres pêtits signes révélés par l'attitude et la conversation du malade semblent plutôt trahir une certaine euphorie, de l'optimisme et presque un peu d’indifférence. Po... ne parait pas pressé de reprendre son travail, quoique se sentant mieux; du moins il n’en parle pas. Cependant, il y a deux mois et demi qu’il chôme.
Le sens moral et le sens des convenances paraissent conservés. Po..., détourne la tête quand nous écrivons, sans doute afin que nous ne croyions pas qu'il lit par-dessus notre épaule.
Nous manquons de données pour juger les troubles qu’a pu subir
sa volonté.
Sr
L'activité semble légèrement ralentie chez Po.., il est souvent distrait. La journée cependant il se lève, fait son lit, va et vient dans la salle et s’entretient volontiers avec les autres malades. A table, il est toujours un des premiers rendus ; il mange et se tient correctement.
L'émolivité ne paraît pas augmentée, Po... dit cependant être «émotionnable facilement », quand il parle pour la première fois à quelqu'un qu'il ne connait pas.
La ponction lombaire, pratiquée le 15 novembre, donne issue à un liquide céphalo-rachidien légèrement rosé, sans pression. L'épreuve de l’albumo-réaction est douteuse en raison de la présence d'une petite quantité de sang. Pas de Iÿmphocytose. Le Wassermann pratiqué au moyen du liquide céphalo-rachidien est négatif.
La fempérature que le malade a présentée, pendant son séjour à l’hôpital, a constamment oscillé entre 365 et 37°.
18 novembre. Po... quitte l'hôpital où il est depuis trois jours et où il ne veut pas demeurer davantage. Il est nettement amélioré : Nous ne retrouvons plus notamment le tremblement des muscles faciaux et des mains. Les trémulations de la langue sont à peine perceptibles.
16 décembre. Po... vient nous voir à la consultation. Il a eu des vertiges assez violents, ces jours derniers, des éblouissements accompagnés de dérobement des jambes. Jamais cependant il n’a fait de chute. De lui-même il s’est mis au régime lacté, ce qui a déterminé un réel amendement de ces troubles, mais il n’a pas encore pu reprendre son service depuis sa sortie de l'hôpital.
OgservarTioN IL (PERSONNELLE)
Résumé. — Femme, quarante-six ans. Ictus apoplectiformes successifs, affaiblissement progressif de la mémoire. Actuellement, légère excitation maniaque avec humeur un peu désagréable, lenteur de la mémoire, dysarthrie, troubles pupillaires, tremblement et instabilité de la langue, légère hémiparésie gauche avec exagération des réflexes tendineux, ébauche de clonus et signe de Kernig; artério-selérose, rythme pendulaire du cœur, éclat du deuxième bruit, congestion de la face; pas de lymphocytose céphalo-rachidienne, pas d’albumo-réaction. Traitement hypotensif . amélioration des troubles moteurs et psychiques.
Veuve B..., quarante-six ans, sans profession, habite Marmande; y est née et y a toujours vécu.
AT
Antécédents héréditaires. — Père, cordonnier, mort à quarante et un ans d’un «rhume » (?) qu'il avait depuis trois ans. La mère, qui faisait des ménages, est morte vers les soixante-quinze ans «comme une lampe qui s'éteint », selon l'expression de la malade elle-mème qui nous a donné ces renseignements sous Le contrôle de son fils. Père et mère se seraient toujours très bien portés.
La malade est fille unique.
Pas d’antécédents nerveux dans les collatéraux, sauf une cousine qui aurait eu des altaques de nerfs — « elle tournait la bouche » (?) — survenues à la suite d'une méningite (?); sauf encore quatre cousins (quatre frères) qui seraient morts de méningite (?),
Antécédents personnels. — Née à terme. Scarlatine vers quatre ou cinq ans. Est allée à l’école à cinq ans, jusqu’à douze; puis à un orphelinat où elle cousait. Aurait eu au cou, à ce moment, des «glandes» qui l’auraient fait envoyer à la campagne pendant deux mois et auraient disparu complètement au bout de ce temps.
Réglée à onze ans; prétend être devenue sourde à cette occasion : cette surdité aurait d’ailleurs disparu au bout d’un mois. Depuis, ses époques sont toujours revenues régulièrement; elle perd beaucoup, mais trois ou quatre jours seulement.
Un peu plus tard, elle devient apprenlie couturière et fait de la couture jusqu’à vingt-cinq ans. Entre temps, à vingt et un ans, elle se marie; son mari meurt à soixante-cinq ans d’un «catarrhe aux bronches » qu'il aurait depuis vingt-cinq ans. De ce mariage, deux enfants : l’ainé est un garçon de vingt-cinq ans très bien portant; la cadette, jeune fille de quinze ans, jouit également d’une excellente santé.
Notre malade elle-même n'a jamais eu depuis qu'elle est adulte d'affection digne d’être signalée. À noter cependant qu’elle est très nerveuse; elle a eu quatre ou cinq crises de nerfs depuis l’âge de vingtsept ans, toutes après contrariétés, avec perte de connaissance mais sans convulsions toutelois. À noter aussi qu’elle a été de tout temps très constipée.
Histoire de la maladie actuelle. — Le début remonterait à un an. A cette époque elle aurait ressenti dans la jambe gauche «un bouillonnement qui se serait arrêté au genou »; «c'était comme des fourmis »; aurait pu cependant, immédiatement après, remuer la jambe et même
marcher. Cependant cette jambe était devenue lourde; lourd aussi le membre supérieur du même côté dont la main était maladroite. Tous ces phénomènes disparurent en quelques jours.
Six mois après, deuxième attaque; cetle fois, c'est le côté droit qui est pris. Depuis, elle aurait eu plusieurs autres attaques, toujours sans perte de connaissance et s’'accompagnant d'un affaiblissement de tel ou tel membre.
En outre, depuis deux mois et demi, elle est sujette à des épistaxis, souvent abondantes et qui se répètent parfois tous les jours, pendant une semaine (et même deux et trois fois par jour).
Elle dit avoir beaucoup maigri ces temps derniers et avoir passé de 137 livres à 94. Ces jours-ci, elle se prenait à pleurer « parce qu’elle était malade », dit-elle. Son entourage n'a jamais surpris cependant de pleurer ni de rire spasmodiques ; il ne lui a pas trouvé non plus d'émolivité exagérée.
Il y a trois ou quatre jours, sans cause appréciable, elle se tenait penchée sur le côté droit; la redressait-on, elle reprenait aussitôt sa posilion première; elle se sentait beaucoup plus faible de ce côté.
Son fils dit enfin avoir remarqué depuis deux ans un affaiblissement progressif de la mémoire qui porterait cependant davantage, d’après lui, sur les mots que sur les faits.
Il nous raconte aussi qu'il arrivait par exemple à sa mère de sortir pour acheler du poivre et, une fois chez l'épicier, de ne plus se rappeler pourquoi elle y était venue ; ou bien encore elle se trouvait dans la rue ou dans son jardin sans savoir ce qu'elle était venue y faire. Jamais, cependant, elle ne se serait trompée dans ce qu'elle faisait. Le 6 juillet, M"°B... vient à la consultation de M. le Professeur agrégé Abadie et nous lisons sur le cahier de consultation tenu par l’externe de service :
« Gêne dans la marche, légère dysarthrie, troubles de la mémoire ; erreurs quand on la fait compter selon l’ordre normal ou à reculons ; lenteur de la mémoire plutôt qu'amnésie; une certaine excitation des idées (elle n'attenä pas les réponses); parle avec explosion; les mots longs sont assez bien répétés ; légers accrochages.
» Dilatation pupillaire bilatérale ; pas d'inégalité. Réflexes à la lumière
perdus, à l'accommodation paresseux. Déviation oblique ovalaire de la
bouche. Déviation de la langue du côté droit; deux ou trois secousses en trombone; impossible de laisser la langue en propulsion.
» Légère diminution de la force de la main gauche. Réflexes tendineux du membre supérieur plus vifs du côté gauche que du côté droit. Réllexes périostés vifs surtout à gauche. Se boutonne difficilement.
» Marche avec la jambe gauche un, peu raide. Réflexes rotulien et achilléen exagérés des deux côtés. Ebauche de clonus de la rotule des deux côtés. Ebauche de Kernig.
» À un peu changé de caractère. Mauvaise humeur. En ce moment, excitalion cérébrale manifeste, avec ton euphorique, fuite des idées et agitation motrice légère.
» On sent ses artères. Pouls pas très tendu. A l’auscultation du cœur, rythme pendulaire; un peu de tachycardie; deuxième bruit plus éclatant que d'habitude à la base. »
M. Abadie conseille à M"° B... d'entrer à l'hôpital. Elle s'y décide et c'est dans le service de M. le Professeur Pitres, salle 7, que nous l’examinons et l’interrogeons, le 25 juillet, couchée au lit n° 4.
Etat actuel. — M°°B... est une femme de taille un peu inférieure à la normale ; elle est maigre, mais semble jouir d’une assez bonne constitution. Elle parait avoir plus que son âge. La face est haute en couleur; elle-même dit la sentir « congestionnée, lourde ». Les yeux, légèrement exorbités, donneraient au-facies un masque hagard si un sourire fréquent et satisfait ne tempérait l'expression de la physionomie.
Les cheveux sont gris, bien plantés, encore assez fournis. Les sourcils sont plutôt raréfiés, surtout dans leur portion externe. Les traits semblent attirés du côlé gauche; cette déviation s’accentue dans les mouvements du visage, lorsque la malade ouvre la bouche (déviation oblique ovalaire), lorsqu'elle parle, rit, souffle, siffle. Elle ferme mal les paupières ct oppose peu de résistance à leur ouverture (surtout à gauche). Elle se plaint de souffrir de l'œil gauche qui n’est cependant pas douloureux à la pression. Au contraire, la sensibilité des globes oculaires parait plutôt diminuée. Léger arc sénile à la partie supérieure des iris. Les pupilles ne sont pas déformées, mais sont inégales au profit de la droite, Les réflexes iriens sont conservés à l’accommodalion, perdus
à la lumière ; mais la malade est atteinte d'une chorio-rétinite double
(constatée à l'examen ophlalmoscopique par M. le Professeur agrégé
ES
Robert
af Cabannes) qui enlève à ce dernier fait toute valeur au point de vue du signe d’Argyll-Robertson. C’est également celte chorio-rétinite qui explique la diminution d’acuité visuelle dont souffre notre malade.
Elle dit sentir souvent « une goutte de sang au nez » (?). L'odorat est conservé.
La bouche ouverte montre une langue saburrale, légèrement déviée du côté droit, assez instable, mais sans tremblement fibrillaire ni mouvement en trombone. Pas de déformation nette de l’ogive, constituée par les piliers du voile du palais; pas de déviation de la luette. Les dents, assez bien plantées, mais encrassées de tartre, ont une forme et une disposition normales; peu d’entre elles manquent à l'appel. L’haleine est fétide. Le goût est conservé. Vient-elle à parler, on ne constate pas de trémulation de l’orbiculaire des lèvres ni des zygomatiques.
Les oreilles sont bien conformées, chaudes et rouges. L’ouïe est diminuée; la malade fait remonter le début de cette hypoacousie à dix ans en arrière, à l'époque de la mort de son mari, à la suite de laquelle elle serait survenue brusquement (?). Certains jours, elle entend mieux que d’autres.
Les membres supérieurs sont amaigris mais non atrophiés ; les masses musculaires, assez flasques au palper, sont plus volumineuses du côté droit que du côté gauche. Les mouvements actifs sont tous possibles ; la force de résistance aux mouvements passifs est conservée ; la pression de la main notamment est assez vigoureuse. Cependant la malade dit que son membre supérieur gauche est « plus lourd » et nous constatons qu'elle tient mal les petits objets de la main gauche. Elle ne présente pas d'incoordination. Elle boulonne et déboutonne facilement son corsage, sans le secours des yeux, avec une seule main (que ce soit la droite ou la gauche).
Le sens sléréognostique parait diminué à gauche; elle reconnait des deux côtés un peigne, une épingle de sûreté, mais ne reconnait que du côté droit des clefs, un sou, un bouton. Les réflexes tendineux des membres supérieurs sont tous très vifs ; vifs également les réflexes périostés (scapulo-huméral, rebord eubital, dos du carpe); les réactions musculaires à la percussion sont vives. Pas de tremblement de la main ni des doigts tenus écartés et étendus ; pas d'’instabililé des doigts. Le tact est conservé.
HN
Pas de troubles de la sensibilité objective ; jamais de douleurs ni de paresthésies. Pas de troubles trophiques ni vaso-moteurs ; pas de modilication notamment de la peau, des poils, des ongles, des os, des articulations ; pas de refroidissement ni de cyanose des extrémités.
Les membres inférieurs ont le même volume et la même coloration, un système pileux également développé, une même rareté en tissu adipeux. Les muscles sont également flasques des deux côtés, mais non atrophiés. Tous les mouvements actifs sont conservés ; cependant, quand nous lui demandons de lever en même temps les deux pieds, dans la station couchée, de façon à atteindre notre main placée à environ 40 centimètres du plan du lit, nous constatons que ce mouvement se fait par à-coups et que l’un des pieds (tantôt le droit, tantôt le gauche) est en retard et va moins haut. La résistance aux mouvements communiqués est égale des deux côtés. Réflexes temdineux vifs des deux côtés, Réflexes périostés (dos du tarse, tibia) vifs des deux côtés. Ebauche de clonus des deux genoux ; ébauche de clonus au pied gauche, non au pied droit. Pas de Babinski. Pas de troubles de la sensibilité subjective autres que des maux de tête et des crampes peu douloureuses que la la malade dit éprouver quelquelois aux jambes; sans que cela d’ailleurs l'empêche de marcher ; pas de troubles de la sensibilité objective cutanée ; sensibilité osseuse du tibia diminuée ; sensibilités tendineuse du tendon d'Achille et articulaire de l'articulation tibio-tarsienne normales. |
Le sens de la position des membres inférieurs n’est pas très net; la malade, les yeux fermés, ne peut pas toujours dire avec précision où l’on a placé son pied, elle ne sait pas aller le chercher directement avec la main, elle n’y porte pas immédiatement le regard quand on lui ouvre les yeux. |
- Pas d’incoordination notable des mouvements ; pas de Romberg.
La démarche est un peu lourde et hésitante ; notré malade ne s'arrête. ni ne se retourne immédiatement au commandement, mais ne perd pas l'équilibre à cette occasion.
Le cou est maigre ; la sensibilité trachéale est conservée ; la saillie des fibres du peaucier est égale des deux côtés quand on s'oppose à la flexion de la tête, L | pass
Le /horax est amaigri ; les aisselles ne sont pas dégarnies ; sensibilité mammaire intacte ; pas d’arythmie des mouvements respiratoires.
ETÉOSZ
La paroi abdominale est flasque et amincie, distendue par des blocs de matières fécales que la palpation sent très nettement. Cette dernière est d'ailleurs un peu douloureuse. Les réflexes cutanés abdominaux sont moins vifs à droite qu'à gauche.
Appareil digestif. — L'appétit, bon d'habitude, a diminué ces joursci. Crampes d'estomac de temps en temps ; les digestions sont difficiles quand la malade s’écarte d'un certain régime. Constipation habituelle opiniàlre ; depuis janvier (nous sommes au 25 juillet), la malade est obligée de prendre des lavements tous les jours. Elle les a cessés à la fin de juin et depuis elle ne va à la selle que tous les huit, dix ou douze jours. Un purgalif administré avant-hier n’a déterminé aucune selle. Foie normal.
Appareil respiratoire. — Rien à signaler.
Appareil circulatoire, — Le deuxième bruit est un peu claquant au foyer aortique. Le pouls radial a une tension supérieure à la normale.
Appareil génito-urinaire. -— Pas de troubles de la miction. Urines normales en quantité et en qualité. Très bien réglée. |
Langage. — M°° B... comprend les questions et y répond rapidement et correctement. La parole, nasonnée, explosive, est assez rapide, sans achoppement véritable. Elle répète « anticonstitutionnellement » sans se tromper. On lui propose : « Je suis arlilleur d'artillerie au 14° régiment d'artillerie » ; elle Le dit d'un trait ne s'arrètant qu'à « d’artill...», mais reprend aussitôt : «d'artillerie ».
- Ecriture. On lui dit d'écrire « Bordeaux, le 25 juillet 1910 ». Elle écrit Bordeax (sans w); puis, arrivée à 1910, elle trace 190, puis audessous : 10, L'écriture est tremblée, assez fine, sans pleins ni déliés ; les lettres n’empiètent pas les unes sur les autres.
Etat mental. — La mémoire parait conservée, tant pour les souvenirs anciens que pour les souvenirs récents ; la malade se rappelle parfaitement, par exemple, le menu de son diner de la veille, le prix du voyage en chemin de fer qu'elle à fait hier de Marmande à Bordeaux.
Son fils nous ayant signalé qu'elle oubliait souvent le nom des objets, nous lui posons à ce sujet de nombreuses questions sans pouvoir contrôler ce trouble par aphasique. |
La malade /f et écrit moins bien qu'auparavant : il est difficile cependant de mesurer le déficit qui peut exister dans son inslruclion qui
Le — ) —.
parait avoir toujours été rudimentaire. Elle peut aire de petites opérations de calcul (additionner ou multiplier deux chiffres). Si on la fait compter à partir de 50 en descendant, on ne constate pas de faute jusqu’à 41 ; mais à ce moment elle s'arrête et passe à 38 : « Ah non ! » disons-nous. «A combien en étais-je, demande-t-elle ? Je ne me rappelle plus. »
L'orientation est conservée dans le temps et dans l’espace.
Le Jugement, la conscience, la notion de la personnalité, le sens autocritique paraissent intacts. La malade se rend fort bien compte de son état et s’en attriste souvent.
Au point de vue affectif, il ne semble pas y avoir grand changement. Elle affectionne autant qu'auparavant ses enfants qu'elle trouve « bien bons » pour elle. Elle a conservé un souvenir ému de son mari, mort depuis dix ans et qu’elle paraît avoir beaucoup aimé.
Au contraire son émolivité, à l'en croire, aurait augmenté: « La moindre chose, je pleure ». Il est vrai qu’elle ajoute: «Puis je ris ». Nous ne constatons cependant ni ces pleurs ni ces rires.
Le caractère se serait également modifié. Mais ce caractère semble avoir toujours été bizarre ; à l’école, par exemple, elle se refusait à saluer sa maitresse, une religieuse, « parce qu’elle n’aime pas les gens faux » ; elle n'avait pas d’amies «qui vous flattent devant, et derrière vous assomment à coups de bâton » et croyait que «les femmes étaient jalouses de sa position ». Cependant, ces temps derniers, elle scrait devenue, de son propre aveu, bien plus irritable encore — « la moindre chose l’agaçait », — « méchante même », dit-elle; c'est ainsi que, ces jours-ci, elle donnait des coups de bâton à sa «petite» qu’elle aime beaucoup néanmoins.
L'activité semble, par contre, s'être ralentie ; chez elle, elle n'avait le goût de rien faire, «parce qu’elle n'avait pas la force de remuer » (?) ; elle «n'avait envie que de dormir » (mais ne le faisait que couchée sur son lit; dans un fauteuil elle ne pouvait y arriver); d’où siestes fréquentes l'après-midi qui, d’ailleurs, ne compromettaient en rien le sommeil de la nuit. SE
Cependant nous constatons un peu d’excitalion dans sa façon de répondre à nos questions ; le visage se colore plus vivement encore, les yeux d'ordinaire assez ternes brillent, des gestes ponctuent les
M Vie
phrases ; la malade, peut-être impatientée par notre long interrogatoire, s'agite dans son lit, change constamment de position ou d’attitude, modifie fréquemment la disposition de ses couvertures. Elle n’est pas d’ailleurs sans avoir conscience de cette excitation : « Je suis très vive, dit-elle, je réponds avant qu'on n'ait fini de me poser la question », et c'est vrai.
Après la visite, elle se lève comme la plupart des autres malades, s'habille avec le concours de sa voisine, aide à faire son lit; elle ne s'intéresse pas beaucoup à ce qui se fait autour d'elle, mais répond volontiers aux questions qu’on lui pose ; dans ces bribes de conversation percent à chaque instant l'ennui qu’elle éprouve de se trouver à l'hôpital, loin des siens, et le désir de revoir son chez soi dont la nostalgie la hante ; dès le premier jour elle voudrait repartir.
La plus grande partie de la journée, elle demeure assise sur une chaise, près de son lit, inoccupée, le regard perdu dans le vague ; vientelle à marcher, elle erre çà et là dans la salle, au hasard, sans but, l'esprit visiblement ailleurs, inattentif en tout cas aux dialogues qui s'échangent autour d'elle, aux mille et un petits événements de la salle qui fournissent pourtant aux autres matière à commentaires ou à plaisanteries. À table, elle mange correctement, proprement et non sans plaisir. Elle va seule au cabinet et d’une manière générale se tient très propre. Le soir, elle se déshabille et se couche d'elle-même ; la nuit, elle est calme, bien qu'elle en passe la plus grande partie éveillée.
M"° B... reste trois semaines à l'hôpital où elle suit un traîtement dirigé contre l'hypertension artérielle.
Le 28 juillet, on pratique la ponction lombaire ; le liquide céphalorachidien sort rosé, sans pression; albumo-réaction négative ; après centrifugation de dix minutes, coloration au Giemsa : pas de leucocytose.
Lorsque M"° B..., qui ne pouvait plus supporter le séjour de l'hôpital, s’en retourna chez elle, elle était visiblement améliorée. La démarche élait moins hésilante et moins lourde. Elle s’intéressait davantage à ce qui se passait autour d’elle et prenait part d'elle-même aux conversations circumvoisines. À noter que la dernière semaine de son séjour à l'hôpital la sœur du service remarqua que la malade pleurait volontiers et souvent (ce que nous n'avions pu constater lors de notre premier examen) ; pour un rien, elle avait la larme à l'œil, surtout lorsqu'elle
était amenée à parler de son retour chez elle dont la pensée la travaillait et ne la quittait plus. M*° B... sort de l’hôpital deux semaines après y être entrée.
9 décembre. Le fils de M°*° B... vient de nous écrire pour nous donner des nouvelles de sa mère. À son retour chez elle, il l'a trouvée améliorée : elle semblait vouloir s'occuper davantage de son ménage que par le passé ; cependant elle «continuait à être constipée, à ressentir des tournements de tête et à faire les choses detravers comme par le passé. »
Le 27 septembre dernier, il l'a trouvée étendue par terre ; elle ne pouvait se relever ; il l’a assise sur un fauteuil, «elle parlait encore et se laissait facilement conduire (?). Dix minutes plus tard, elle ne pouvait plus parler ni se tenir sur ses jambes. »
Un médecin appelé diagnostique une hémorragie cérébrale. « Au bout de quelques jours, elle était rétablie et avait recouvré la parole; mais elle ne pouvait plus rien faire et ne remuait que le bras droit et à peine le côté gauche. »
ll y a quinze jours, elle aurait eu un nouvel ictus.
OBsERvaATION IIT
(Due à l'extrême obligeance de M. le D' ANGLans, directeur de l’asile de Château-Picon)
Résumé .— Femme, soixante-quinze ans. Depuis quelques mois, affaiblissement global de l'intelligence, désorientation complète, agitation, satisfaction niaise. Actuellement, réflexes pupillaires faibles, dysarthrie et paraphasie, tremblement de la langue, des muscles faciaux, des mains ; réflexes tendineux vifs. Liquide céphalo-rachidien normal.
Veuve La..…., soixante-quinze ans.
Père mort très âgé, en dormant. Mère morte de vieillesse. Une sœur excentrique.
A fait une fausse couche et eut quatre enfants, l’aîinée morte à vingthuit mois (méningite) ; la deuxième morte en nourrice (de faim ?) ; la troisième morte à trois mois ; le quatrième vit encore, est rhumatisant et père lui-même de deux enfants bien portants.
Pas de maladies mentales dans la famille.