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Le début de la maladie actuelle remonterait à quelques mois : chez elle, où elle vivait seule, elle criait : au voleur ! accusait ses enfants de la dépouiller, faisait des scènes de violence.
Elle entre à l'asile de Picon avec le certificat suivant de M. le D' Galtier, chef de clinique des maladies mentales à l'hôpital Saint-André: « Affaiblissement global des facultés intellectuelles et de la mémoire, Désorientation absolue dans le teinps et dans l’espace. Tremblement de la langue. Troubles de la parole, des réflexes pupillaires ; exagération des réflexes tendineux.
» Elle présente de plus des symptômes survenant par crises, qui consistent en tentatives de suicide inconscientes, agitation vive, accompagnée de cris, actes de violence contre son entourage, dont elle ne garde pas le souvenir. »
État actuel, Troubles somatiques. — Le deuxième bruit est claqué au foyer aorlique. Les radiales sont souples, mais la tension un peu audessus de la normale. Arc sénile.
Léger tremblement fibrillaire de la langue ; quelques secousses en trombone. Tressaillements de l’orbiculaire des lèvres. Trémulation des doigts.
Réflexe patellaire très vif des deux côtés. Les pupilles sont égales, réagissent à l'accommodation des deux côtés ; le réflexe à la lumière, normal du côté gauche, est paresseux à droite.
Troubles paraphasiques et dysarthriques : ne peut dire le nom de l’objet qu’on lui montre.
Troubles psychiques. — Démence globale, sans délire : satisfaction niaise. Ne répond aux questions que d’une façon incohérente. Elle cherche ses mots. Sa pensée n’est pas suffisamment nelte pour être exprimée.
À son entrée au quartier elle est très agitée et doit être maintenue au lit par deux infirmières, qu’elle essaie d’ailleurs de frapper. Elle crie dès qu'on ‘l'approche et semble avoir peur. Elle se défend dès qu’on veut lui prendre la main.
Les jours suivants, elle est plus calme, souriante même. Mais elle se met facilement en colère, tire ses draps, court dans la salle. Elle dort irrégulièrement la nuit. Elle ne sait pas son âge ni depuis quand elle est ici. -
Le liquide céphalo-rachidien ne contient ni lymphocytes ni albumine.
DEUXIÈME GROUPE : Observations sans porction lombaire
Ogservarion IV (Due à l'extrême obligeance de M. le Professeur Réas)
Résumé. — Homme, quarante et un ans; hérédité alcoolique. Depuis six mois, céphalées, insomnies, cauchemars, perte des érections, oublis de mémoire, accès de violence. Actuellement, affaiblissement intellectuel, préoccupations hypocondriaques, tremblement fibrillaire de la langue, tressaillements musculaires de la face, hésitations et accrocs de la parole, aspect tremblé et grossier de l'écriture ; sensibilité testiculaire abolie.
Ba... boulanger, quarante et un ans.
Père mort à soixante-six ans, d'accidents urinaires ; était faible de la tête. Mère morte à quarante-neuf ans, d’une attaque d'apoplexie ; tous deux auraient eu des habitudes éthyliques. Cinq frères et sœurs : deux sont morts, l’un des fièvres tropicales, l’autre de maladie inconnue; les trois autres sont bien portants.
Ba... lui-même a eu une rougeole grave avec orchite à vingt ans ; réformé au bout de cinq mois de service militaire, pour varices. Opéré en 4905 pour une mastoïdite droite: depuis, surdité complète de ce côté. Marié en 1899 et père d’une fillette qui a aujourd'hui dix ans. Ba... ne fait pas d’excès alcooliques ; nie avoir eu la syphilis; accuse une chaudepisse en 1906. Il y a six mois environ, à la suite d’ennuis d'argent et de surmenage, a commencé à ressentir des maux de têle continus avec exacerbations : il lui semblait qu’on lui fendait la tête ; il avait des élancements. Insomnies. Cauchemars qui le réveillaient en sursaut. Violents maux d'estomac; digestions pénibles ; tendances invineibles à la somnolence après les repas. Il transpirait souvent la nuit ; surtout entre les jambes. Souffrait violemment de la région du cœur ; palpitations. Disait à sa femme qu'il n’en avait plus pour longtemps. Depuis cette époque ses fonctions génitales sont abolies.
Ba. fut bientôt obligé de cesser son métier de boulanger ; il commençait à éprouver dans son membre supérieur droit et sesdeux membres inférieurs des sensations de lassitude, de pesanteur avec élancements. On l’emploie alors à vendre des gâteaux ; mais ila desabsences,
des oublis, néglige de rendre la monnaie. Lui-même sent qu'il n’est plus comme autrefois; il se rend compte de l’affaiblissement des facultés intellectuelles ; il a de fréquents accès de violence pour des motifs futiles ; il n’a plus d'esprit de suite. Comme ses affaires périclitent, il manifeste à sa femme l'intention de mettre le feu à sa maison, comptant que la Compagnie d'assurances lui paiera une forte somme. C'est à grand’peine que sa femme le détourne de ce projet.
Comme la fatigue augmente de plus en plus, Ba... entre à l'hôpital le 14 décembre 1909.
Le malade a une physionomie triste. Il répond bien, mais avec une extrème lenteur aux questions qu'on lui pose. Il est d'une taille moyenne et d’une constitution robuste. Signes physiques de dégénérescence. Peu intelligent et peu instruit.
Troubles psychiques. — Amnésie portant sur les faits anciens et sur les faits récents, surtout sur les faits récents ; si on lui demande s’il a reçu une visite la veille, il hésite avant de répondre et se trompe quelquefois. Il se rend compte que sa mémoire a baissé et souffre de ne pouvoir répondre juste. Son amnésie des faits anciens varie d’un jour à l'autre ; tel jour il peut donner des renseignements sur son enfance, sa famille, sa vie, et le lendemain.il ne peut plus rien dire de tout cela. Les efforts intellectuels qu'il doit faire pour comprendre les questions et y répondre le fatiguent beaucoup. Désorientation dans le temps et le lieu.
Ba... reçoit avec plaisir la visite de sa femme, s’entretient longuement avec elle, demande des nouvelle de ses affaires et de sa famille ; un jour qu'il apprend que son frère est malade en Amérique, il témoigne vivement du désir d'avoir de ses nouvelles.
Ba... se préoccupe de son état ; il s'ennuie à l'hôpital.
Troubles somatiques. — Faiblesse musculaire. Tremblement fibrillaire de la langue ; légers tressaillements des muscles de la face quand il tire la langue. Réflexes rotuliens et achilléens normaux. Réflexes crémastériens abolis. Réflexes abdominaux diminués. Réflexes plantaires, au chatouillement: diminués. Réflexes pupillaires normaux. Sensibilité testiculaire abolie. Quelques faux pas dans la parole et nombreuses hésitations. L'écriture présente un tremblement général des traits, une brusque déviation des lignes et des lettres mal formées.
Le sommeil est léger et peuplé de cachemars, moins pénibles cependant depuis qu'il est à l'hôpital. Le malade a toujours une tendance à la somnolence après les repas. Quelques vertiges.
Traces d’albumine dans l'urine.
OBSERVATION V (Due à l’extrème obligeance de M. le Professeur Réais)
Résumé. — Homme, cinquante-neuf ans, Depuis cinq ans, affaiblissement intellectuel, troubles de la parole, Il y a un an et demi, ictus apoplectiforme, irritabilité du caractère. 11 y a trois mois, légère agitation maniaque, affaiblissement plus marqué de l'intelligence, délire onirique nocturne. Actuellement, réactions pupillaires faibles, tremblement fibrillaire et secousses en trombone de la langue, tremblement de la main, dysarthrie, écriture tremblée, réflexes tendineux vifs.
Ve..., cinquante-neuf ans, marin.
Père asthmatique, mort à soixante-douze ans. Mère morte au même âge : aurait eu dans sa vie une crise de rhumatisme articulaire aigu. On ne relève dans les antécédents personnels ni syphilis ni alcoolisme. A pêché la morue pendant douze ans à Terre-Neuve. N’aurait eu que les «fièvres » (?) et la « picote volante ».
Il y a dix-neuf ans il éprouve une grande contrariété et reçoit un coup de pied dans la région épigastrique qui l'immobilise quinze jours au lit. A partir de cette époque, il devient très irritable.
Il y a quatorze ans, paralysie partielle de la jambe qu’on soigne par l'électricité.
Crises d'asthme de temps à autre.
Il y a cinq ans, l'inconduite de son fils lui cause un grand chagrin à la suite duquel apparaissent les premiers troubles mentaux ; il ne comprenait plus exactement les paroles que lui adressait sa femme et lui disait qu’elle ne savait plus parler. C'est vers la même époque que débutèrent les troubles de la parole.
Il y a un an et demi, il tombe paralysé dans la rue ; il aurait eu à ce moment de lafièvre, mais jamais de contractures. En même temps, accès de délire ; hallucinations de la vue et de l’ouïe.
Le caractère devenait de plus en plus irritable.
Il y à trois mois, il commença à commettre des actes excentriques (déchirait les draps, se mettait à la fenêtre en chemise et interpellait les passants).
Il y à quinze jours, il ne reconnaissait pas sa femme, voulait lui mettre les doigts dans les yeux pour extraire les animaux qui étaient en elle, Il avait l'habitude de cacher les objets. Il a déféqué plusieurs fois dans une cuvette et l’a placée ensuite sur une table. II voyait la maison inondée d’eau ou bien des personnes qui voulaient attenter à sa vie, mais qu'il ne reconnaissait pas.
Il entre à l'hôpital. La première journée, il se tient tranquille; mais le soir a une crise de délire aigu, crie : «Au voleur ! » voit des fantômes, se lève, monte sur son lit et sur celui de son voisin; il brise la chemise de contention qu’on est obligé de lui mettre. Le lendemain malin, le calme complet est revenu, mais le soir-le délire revient avec hallucinations. Le délire s’est encore reproduit souvent les nuits suivanties, mais plus tranquille. Les journées ont toujours été calmes.
Etat actuel (12 janvier 1905). — Légère déviation de la langue qui est en même temps animée d’un tremblement librillaire. Quelques mouvements de trombone.
La main, succulente, tremble lorsqu'elle est étendue. Marche à petits pas, mal assurée.
Pupilles égales, réagissent faiblement à la lumière et plus faiblement encore à l’accommodation.
Réflexes rotuliens vifs.
Sensibilité à la piqûre et au contact très fortement diminuée aux mains, aux bras et à la partie antéro-interne des cuisses. Pas d’analgésie testiculaire. Sens stéréognostique un peu diminué.
Parole trainante, tremblée, embarrassée, hésitante. Il ne peut répéter exactement « inamovibilité ».
Il ne sait écrire que son nom; il ne le fait que très difficilement et que très lentement. L'écriture est tremblée et les lettres mal formées.
Artères dures et flexueuses (surtout la temporale) ; le pouls est dur, mais régulier. Varices volumineuses, surtout au mollet gauche ; léger œdème des membres inférieurs.
La mémoire et l'émotivité sont normales. Cependant quelques contradictions dans les idées exprimées : c’est ainsi qu’il dit avoir voué à un
de ses ennemis une haine éternelle, mais, une minute après, affirme ne plus lui en vouloir du tout.
1°‘lévrier. Le malade, depuis quelques jours, n'a plus de délire hallucinatoire nocturne. Mais son était physique empire ; la marche devient presqu'impossible, la parole presqu'inintelligible.
4 février. Sommeil très agité. Le délire est revenu; il est surtout nocturne (le malade parle d'argent principalement). Ce matin il est assis dans son lit, agite ses draps, les plie et les replie pendant un quart d'heure. IL semble vivre complètement étranger au monde extérieur. «A quelle date sommes-nous ? », lui demande-t-on. — « Le 14 octobre 1880 ». IL sait cependant qu'il se trouve à l'hôpital.
14 février. Même état. Le malade est méchant et agressif, se plaint qu'on ne lui donne pas assez à manger, pour le moindre motif s'emporte contre ses voisins et les frappe. Le sommeil est mauvais; il voit des ombres, du sang. L'appétit demeure excellent, les digestions normales.
La suile de l'observation manque malheureusement, le malade a quitté l'hôpital et on ne sait ce qu’il est devenu.
OgservarIox VI {Due à l’extrème obligeance de M. le Professeur agrégé ABabie)
Résumé. — Homme, cinquante-trois ans. Depuis un an céphalées occipilales, affaiblissement de la mémoire, tournements de tête. Actuellement fatigue au moindre travail, cerele sénile, inégalité et irrégularité des pupilles, instabilité et trémulation de la langue, troubles de la marche, exagération des réflexes tendineux, athéromasie des artères périphériques, premier bruit étouffé, dysarthrie, écrilure tremblée.
Dus..., cinquante-trois ans, employé dans un chai.
Antécédents : a) héréditaires : peu intéressants; 4) personnels : Nie tout antécédent syphilitique. Marié à vingt-sept ans. Sa femme aurait eu deux enfants bien portants et fait une fausse couche à la suite d’une chute. Buvait quatre litres de vin jar jour, mais jamais d’apéritils.
Histoire de la maladie. — Depuis l'an dernier, maux de Lèle localisés
nd: DE dans la région occipitale. Il en souffrait tous les jours, par crises paroxystiques /lancements).
Depuis la Noël 1904, on s'est aperçu qu'il perdait la mémoire; il commençait son travail, s'arrêtait et ne se souvenait plus de ce qu'il faisait; de même, quand il parlait, il s’arrêtait et ne pouvait continuer. Aurait eu, depuis le commencement de sa maladie et à la suite d’une contrariélé, une «crise de nerfs» (?) avee perte de connaissance. Il aurait eu de même de nombreux « tournements de tête ».
Etat actuel (août 1905). — A) Ætat somatique. — Apparence de bonne santé; cependant, il serait devenu plus faible et se fatiguerait pour le moindre travail.
L'air un peu étonné; face toujours très rouge. Cheveux rares sur le haut du front et des tempes. Pas de parésie faciale. Fentes palpébrales égales; pas de tremblement des paupières; pas de ptosis. Cercle sénile très apparent, surtout marqué à la partie supérieure et interne des iris. Pupilles inégales et irrégulières; la droite, notamment, est légèrement ovalaire, aplatie de haut en bas. Réflexes iriens normaux à la lumière, à l’accommodation et à la convergence, difficiles à la douleur. Motilité externe de l'œil normale. Pas de nystagmus. Vue faible.
La bouche ouverte, pas de frémissement des muscles des lèvres, du menton ni des zygomatiques. La langue tirée est instable; elle est animée de mouvements constants, surtout sur ses bords latéraux: de temps en temps, on voit quelques mouvements légers de projection antéropostérieurs, sans mouvements en trombone véritables.
La main étendue dans l'attitude du serment ne tremble pas, mais chaque doigt est animé de mouvements d'instabilité particuliers (notamment l'index et l’annulaire).
Pas de tremblement vrai des membres, de la tête ou du trone.
Marche très lente, les jambes écartées. Pas de Romberg. Croise bien les jambes au commandement.
liéflexes. — Scapulo-huméral nul des deux côtés; tricipital, un peu exagéré des deux côtés; radio-palmaire normal des deux côtés ; rotulien et achilléén un peu exagérés, surtout à droite; abdominaux et testiculäires conservés; plantaires nuls au chatouillement et au grattage (la sensibilité de la plante du pied est cependant conservée). :
Appareil digestif. — Appêtit bon. Pas de troubles digestifs. Pés de constipation.
en où —
Appareil respiratoire. — Rien à signaler.
Appareil circulatoire. — Varicosités de la face et des joues.
Radiale un peu épaissie. Pouls radial, régulier à 60; tension légèrement augmentée.
L'humérale se sent sous les doigts: elle est très apparente dès l'aisselle et on la voit battre violemment sur 6 centimètres au-dessus du pli du coude. Temporale gauche très sinueuse.
Carotides senties au-dessus des clavicules. Aorte non sentie derrière la fourchette sternale ; elle ne se dilate pas après la percussion du 2° espace. Augmentation légère de la submatité des gros vaisseaux au niveau du sternum.
On ne voit pas battre la pointe du cœur; pas d'augmentation de la matité cardiaque. Bruits bien frappés à la pointe, plus sourds à la base; le premier bruit à la base est très étouflé.
Pas de palpitations, d'essoufflement, d'angoisse. Pas de crampes dans les jambes, de doigt mort, d'épistaxis, de bourdonnements d'oreille, de vertiges, d'ictus. N'est pas frileux. Maux de tête de temps à autre sur le haut du crâne.
Appareil génito-urinaire. — Urine bien, sans rétention ni incontinence. Erections totalement supprimées.
Parole. Parole spontanée. — Parle peu, par monosyllabes ou par courtes phrases. Parole explosive. Quelques syllabes sont parfois répétées en bégaiement léger. Les mots sont scandés de temps en temps; le ton devient ânonné. Il n’y a cependant pas dans le corps des mots de répétition de lettres ou de syllabes.
Répétition des mots. — On lui propose : Constitulionnel, il dit: Con... conditionnel. On lui propose : Régiment d'artillerie, il dit : d'artillerie; on lui répète : Régiment d'artillerie, il dit : d'artillerie, régiment d’artillerie ; on reprend encore: Régiment d'artillerie; cette fois, il répète bien.
Lecture. — Lit couramment et sans faute (mais se rappelle très imparfaitement ce qu'on lui fait lire).
Ecriture. —- Le malade, qui savait un peu écrire et signait couramment son nom, ne peut tracer: Bordeaux ; il ne peut même pas faire un a; si on lui fait copier son nom, il n’en peut tracer que les deux premières lettres, dont les traits sont d’ailleurs fortement tremblés.