ROLE
B) Etat psychique. Troubles de la mémoire. — Xe peut dire son àge qu'après effort et réflexion. De même pour le prénom de sa femme et son nom dle fille. Ne se souvient pas du nom du maire de sa commune. Souvenirs anciens assez bien conservés. Ne peut dire d’un trait les jours de la semaine ni les mois de l'année. Il est employé dans les chais el ne se rappelle plus à quelle époque on soutire le vin. Ne se rappelle plus ses prières : «Notre père » et «Je vous salue Marie ». Il raconte une histoire et quelques minutes après revient sur celte histoire; d’autres fois il ne se rappelle plus ce qu'il a fait un moment auparavant. Compte jusqu’à 40 sans hésiter (sauf à 33) mais s'arrête à 40 et dit que ça le fatigue. Impossible de compter à reculons, il n’essaie même pas.
Calcul. — Additionne 8 +8, mais non 5 +6. Ne peut multiplier D x 6.
Existence journalière. — Passe son temps à se promener, marche souvent seul. A l'air de réfléchir. Est très propre. Mauge à sa place. Fait son lit. Cause avec les autres. Fait marcher un de ses camarades. Ne pleure pas dans la journée. N'a jamais eu ni fugue ni délire. Se rend compte que ses idées sont troublées, qu'il n’est plus le même.
Dus... est retourné chez lui. Son médecin auquel nous avons écrit pour lui demander des nouvelles du malade nous apprend qu'un traitement qu'il avait institué par des pointes de feu répétées tous les quinze où vingt jours, le long du rachis, dans la région dorsale et à la nuque, Ca produit unc amélioralion telle que Dus.. qui était auparavant une sorte d'infirme à pu sorlir, marcher longuement en poussant la charretle de sa femme qui était blanchisseuse ». Il l’a perdu de vue dans la suite, mais sait qu'il est mort, il ne peut nous dire exactement quand ni de quoi. Ilne croit pas cependant qu'il ait duré plus d’un an.
OgsEervarTion VII
(Tirée de l'Introduction à la psychiatrie clinique; traduclion française d’après la deuxième édition allemande par Devaux et Merkcen, 4907, p. 274)
liésumé, — Homme, quarante-cinç ans. Depuis {rois ans céphalées occipitales. Ictus suivi d'aphasie, d'hypoesthésie, d'hémianopsie, de parésie du
côté droit passagères. Accès de confusion; vomissements, rétention d'urine transitoire, accès épilepliforme. Troubles de la mémoire, de l'orientation dans le temps. Affaiblissement de l'intelligence et de la volonté, avec conscience de son état. Parole lente, difficile. Troubles paraphasiques et paragraphiques. Faligue générale prononcée, Nystagmus à droite. Hémiparésie et hémihypoesthésie droites. Sens stéréognostique troublé à droite. Marche à petits pas. Romberg. Tremblement des doigts. Réflexes rotuliens exagérés. Temporales sinueuses. Radiale dure. Urine fortement älbumineuse.
Homme de quarante-cinq ans, électricien.
Il ignore tout de ses parents et de sa famile.
Pas d’antécédents pathologiques. Marié à vingt-deux ans, il eut deux enfants qui succombèrent. Pas de syphilis.
Il y à trois ans il commence à ressentir des céphalées, surtout occipitales, presque quotidiennes (tantôt le jour, tantôt la nuit). IL dormit une fois vingt-quatre heures sans arrêt; à son réveil il était à peine en état de se tenir sur ses jambes. On lui aurait dit qu'il avait du sucre dans ses urines. Il est entré à la clinique il y a sept mois.
Quand on cause avec le malade de sa vie antérieure on voit que ses phrases sont confuses. Il hésite beaucoup pour fixer une époque quelconque ; il ne peut citer le nom de son dernier patron, chez lequel il est resté plusieurs années. Il n'indique ni la date du jour, ni le millésine de l'année, confond les noms des villes où il a passé récemment et ne sait expliquer comment il est venu à la clinique. IL a une certaine conscience de ces troubles du souvenir : «C'est ridicule, dit-il, pour un homme de mon âge d’être aussi désorienté ».
L’affectivité est plutôt déprimée. Bien qu'il ne comprenne qu'imparfaitement la gravité de son affection, il a pourtant le sentiment de son impuissance. Il se reproche de s'être masturbé, d'avoir été condamné (il a été condamné en effet à dix-huit ans pour vol), d'aVoir perdu sa place.
La faiblesse de sa volonté est des plus évidentes. Le malade s'exprime lentement, difficilement, cherche souvent ses mots ; il commet des erreurs dans le choix de ces derniers, maintes fois se trompe de syllabes et ne les intercale pas à leur place ; tous ces symptômes s’accentuent avec la fatigue du sujet, si bien qu'à la fin il devient malaisé de le comprendre.
Il commence à écrire son nom sans peine ; après quelques mots, c'est
Robert
ART VE un grilfonnage dans lequel on distingue encore au besoin quelques lettres mais où l'ordre régulier des syllabes est modifié par l’interposition illogique d’autres syllabes et par la répétition des mêmes signes ; à la fin, le malade fatigué laisse tomber son crayon à côté de lui.
Le malade est bien bâti, a une nutrition générale bonne. Il a l'air fatigué cependant. La voix est tremblée. Persistance de la réaction pupillaire ; légers mouvements nystagniformes du globe oculaire à droite ; peut-être une légère hémianopsie. Sensibilité cutanée un peu diminuée à droite. Il reconnaît plus vite l’objet qu’on lui met dans la main à gauche qu’à droite. Force musculaire très affaiblie, surtout à droite. Démarche tremblante, à petits pas. Signe de Romberg. Légères oscillations des doigts quand la main est étendue. Réflexes rotuliens exagérés. Temporales sinueuses et très visibles. Radiale dure ; le pouls, régulier et plein, bat à 72 pulsations. L'urine contient des quantités d'albumine. |
Deux mois après son entrée à la clinique il eut une syncope qui fut suivie le lendemain d’aphasie très marquée, avec hémianopsie, hypoesthésie et parésie du côté droit.
De temps à autre, il était très confus et plusieurs fois eut des vomissements. Tous ces stigmates disparurent vite et presque complètement. Le mois suivant il eut une rétention d'urine transitoire, et six semaines plus tard un accès épileptitorme.
Une cure mercurielle n’a pas amélioré l’état du patient, mais plutôt fait augmenter l’albumine et diminuer les urines. La médication iodurée a fait disparaître les phénomènes graves sans modifier l’état antérieur.
Le malade, quinze mois après son entrée à la clinique, meurt dans un asile de chroniques. L'examen de l'écorce montre l’existence indis-
SAR à 3 cutable d’artério-sclérose.