‹ La Pseudo-Paralysie Générale Cérébro-scléreuseChapitre 27 sur 29 · CHAPITRE VIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIi

Evolution et Pronostic

Nos observations ne nous fournissent pas les données nécessaires pour que nous puissions dire d'une façon même approximative quelles sont l’évolution et la durée habituelles de la pseudo-paralysie cérébro-scléreuse.

Cependant quelques détails sont à retenir, dans les cas rapportés dans ce travail, qui nous permettent d’entrevoir déjà, à ce point de vue, de nouvelles différences entre cette forme morbide et la méningo-encéphalite diffuse.

Tandis que celle-ci, en effet, est essentiellement progressive, la paralysie cérébro-scléreuse comporte des arrêts, des rémissions et même des régressions. Nous rappelons, à ce sujet, les cas de Po..., de Mne B.. et surtout celui de Dus.…. (Obs °F: IEHT):

On a bien signalé des régressions et même des guérisons dans des cas de paralysie générale vraie. Les régressions existent, mais elles sont extrêmement rares et elles ne portent jamais, d'ailleurs, que sur une partie des symptômes. Bien plus souvent, il y a arrêt dans la marche de la maladie, stagnation dans l’état morbide plutôt qu'amélioration véritable. Quant aux guérisons, nous avons vainement cherché dans la littérature médicale une observation probante à ce sujet. Il faut voir d’ailleurs avec quels symptômes les auteurs font quelquefois le diagnostic de paralysie générale! D'autre part, le nombre de ces guérisons a singulièrement diminué depuis que l'on a découvert, étudié et mieux connu Île groupe

Robert

des pseudo-paralysies dont certaines, la pseudo-paralysie alcoolique par exemple, comportent à l'exemple de leur congénère cérébro-scléreuse, une évolution beaucoup moins fâcheuse que la méningo-encéphalite diffuse.

La durée de la paralysie cérébro-scléreuse ne serait guère différente cependant de celle qu'on assigne d'habitude à la maladie de Bayle, si l’on s’en rapportait uniquement aux deux observations qui nous donnent des renseignements à ce sujet, celle de Dus..…. et celle du malade de Kræpelin (Obs. VI et VIT) : deux ans dans le cas de Dus..., quatre ans au plus dans le cas signalé par Kræpelin (ce dernier toutefois ne nous dit pas exactement à quelle époque précise remonte le début des troubles paralytiques constatés chez son éleclricien). Quoi qu’il en soil, il serait de la plus haute imprudence de se baser sur deux exemples seulement pour déterminer quelle est la durée ordinaire du type paralytique qui nous occupe, d'autant plus que nous ne savons pas de quoi sont morts ces deux individus: des conséquences naturelles de leur maladie ou bien d’un accident, d’une maladie intercurrente ?

Reste un dernier point que nous voulions signaler à l'attention de ceux qui reprendront celte quéstion : à mesure que le cérébro-scléreux entre davantage dans sa maladie, il semble que les symplômes paralytiques s’effacent, s’estompent (et c’est surtout dans ce sens que l’on peut parler de régression), laissent le premier plan de la scène morbide aux manifestations purement artério-seléreuses qui, elles, se précisent, s’aflirment, se développent. Que l’on voie plutôt Mme B... (Obs. Il) : elle sort peu à peu de sa confusion, elle se dépouille de cette excitation euphorique qui faisait penser à la méningo-encéphalite, mais elle subit l’insulte plusieurs fois répétée et de plus en plus fréquente d’ictus apoplectiformes (1) dont la gravité parait aller en augmentant. Que

(4) Ges ictus existent également dans la maladie de Bayle; mais ils sont moins frégnents, moins fréquemment renouvelés que dans la cérébro-sclérose et surtout ils sont rarement suivis d'hémiparésie véritable, comme dans Jecas de MB

l'on voie aussi Po... : les troubles somatiques qui attiraient l'attention chez lui du côté de la maladie de Bayle se dissipent en lrès peu de lemps. Après un trop court séjour à l'hôpital il rentre dans sa famille, où il suil un régime que l'on devine facilement et le voilà repris de ses ictus larvés : vertiges, éblouissements, dérobement des jambes et il faut qu'ils le malmènent sérieusement pour que, de lui-même, il se soumelte à la diète lactée.

Mais celte varialion en sens inverse des symplômes paralytiques et des symplômes arlério-seléreux ne saurait se déduire d'une façon cerlaine des faits relatés dans nos observations. Aussi bien n'est-ce là qu'une simple supposition, qu'une simple suggestion que nous soumellons, sous toute réserve, au contrôle des praticiens que la question intéressera. Ce détail, en effet, n’est pas des moins importants et mérile qu'on lui accorde quelque attention, puisque c’est en somme lui, et lui seulement, qui permeltra de se prononcer définitivement, dans un grand nombre de cas, entre la méningo-encéphalite et la cérébro-sclérose.

Et ceci nous amène à une conception que nous ne serions pas éloigné d'admettre: la pseudo-paralysie cérébro-scléreuse est peut-être beaucoup moins une entité morbide, un type pathologique ou clinique distinct qu'une sorte d'état de passage, de transition entre telle et telle forme de la cérébroselérose. Parlons mieux : la paralysie cérébro-sclérose n'est que l'événement fortuit d'un moment, une combinaison de circonstances, une apparence que prend la cérébro-sclérose un jour ou plutôt un certain nombre de. jours, mais qui se dissipe par la suite ; alors, la cérébro-sclérose s'affirme avec des caractères qui ne laissent plus de doute et le tableau paralytique évoluant dans tel ou tel sens, ou plutôt dans telle ou telle série de faits, devient démence artério-sclérotique (les symptômes physiques s’alténuant et disparaissanl) ou hémiplégie organique (une hémorragie cérébrale où un ramollissement étant venus compliquer la cérébro-selérose).

Que dire maintenant du pronostic? C'est surtout cette

question que nous devons réserver à l'observation de ceux qui nous succéderont dans cette étude. Les exemples du malade de Kræpelin et de Dus... (Obs. VIT et VI) ne sont pas faits pour nous rendre optimiste; mais d’un autre côté, les améliorations réelles dont nous avons été le Lémoin, à l'hôpital, de Po... et de Mme B..., nous font nous demander si, en somme, le pronostic de la pseudo-paralysie cérébroscléreuse n’est pas celui même de la cérébro-sclérose en général, c’est-à-dire détestable si le malade ne se soigne pas, beaucoup moins noir, au contraire, s’il consent à exécuter les prescriplions qu'on lui formule et à entrer dans le genre de vie qu’on lui conseille. Voilà qui justifie pleinement le chapitre suivant qui résume les principales dispositions du traitement applicable aux pseudo-paralytiques cérébroscléreux.

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