‹ La Pseudo-Tumeur Blanche de la Syphilis héréditaireChapitre 11 sur 14 · OBSERVATION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PREMIÈRE

(Recueillie dans le service du professeur Estor)

Due à l’obligeance du docteur Aimes, chef de clinique

Le jeune L..., âgé de 6 ans, entre, pour la première fois, dans le service de chirurgie infantile, le 9 juillet 1911, pour douleur du genou gauche, avec impotence fonctionnelle.

Le début de l’affection remonte au commencement de juin de la même année. Ce début s’est fait d’une façon insidieuse, par des douleurs peu vives, mais plus marquées à la marche et de la boiterie.

Peu après l’enfant a refusé de marcher, et lorsque les parents nous l’ont amené, nous avons constaté:

1° Que le genou gauche était légèrement globuleux;

2° Que la jambe était en flexion marquée sur la cuisse;

3° Que la région articulaire était le siège d’un empâtement assez net.

La palpation révèle, en outre, l’existence de points douloureux au niveau de la tubérosité interne du tibia ; le choc rotulien est net; les mouvements sont limités et assez douloureux. La cuisse est atrophiée, micro-polyadénopathie.

Le malade ne présente aucune autre manifestation pathologique. Nous remarquons seulement que son état général est peu brillant.

D'autre part, l’interrogatoire des parents est absolument négatif quant à la possibilité d’une syphilis.

Devant le tableau clinique, le diagnostic porté est celui de tumeur blanche du genou gauche et, le 10 juillet 1911, le membre malade est immobilisé dans un plâtre.

L'enfant revient le 20 septembre 1911: l’état local s’est amélioré, les lésions paraissent en voie de régression, ce qui semble confirmer le diagnostic; l’état général est un peu meilleur. Pas d’autres manifestations patholologiques.

On applique un deuxième plâtre le jour même et le petit malade rentre dans sa famille le 22 septembre 1911.

Lorsque l’enfant revient à l’hôpital, quelques semaines plus tard pour faire changer son appareil, le tableau clinique a complètement changé. Le genou gauche est encore globuleux, mais ce qui frappe, c’est la facilité avec laquelle sont exécutés les mouvements; malgré des lésions non en- * core éteintes, la flexion complète est possible et se fait sans douleurs; la palpation de l’articulation est indolore.

D'autre part, deux autres articulations: le coude et le poignet droits, sont depuis quelques jours le siège d’un gonflement diffus avec conservation des mouvements.

Enfin, il y a un mois, est survenue une perforation de la voûte palatine.

Cet ensemble clinique était trop net pour faire hésiter.

Le père, pressé de questions, finit par avouer que néuf ans auparavant, il avait contracté un chancre syphilitique,

suivi de roséole et qu'il ne se soigna que pendant un an. | D'autre part, sa femme avait de fréquents maux de gorge.

Nous devons ajouter, fait qui avait contribué à faire po- ser un diagnostic erroné, que la mère avait eu érois gros-

sesses, toutes trois menées à bonne fin et qu’il restait deux enfants : le petit malade et'une petite fille âgée de 3 ans; le troisième était une petite fille morte à l’âge de cinquante jours. La mère se trouvait en état de grossesse.

La réaction de Wassermann fut neftement positive et l'enfant, confiée à M. le professeur Vedel, fut traitée par des injections de 606.

Les résultats furent excellents : régression rapide des lésions articulaires, relèvement de l’état général, changement à vue d’œil de la perforation palatine qui se déterge et se rétrécit.

L’enfant a été revu trois mois plus tard, il ne lui restait qu’un léger degré de genu valgum et la perforation palatine était presque entièrement guérie.

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