‹ La PsittacoseChapitre 6 sur 18 · ORIGINES DE L'INFECTION · texte numérisé non relu

ORIGINES DE L'INFECTION

À. — PROPAGATEURS DE VIRUS. — Dans toutes les: épidémies de psittacose qui ont été observées, dans tous les cas, on a signalé la présence de psittacidés qui furent malades ou succombèrent. Ce fait démontre bien que le germe se trouve être à la fois pathogène pour l'oiseau et pour l’homme: l’oiseau est donc en. même temps victime et propagateur de l’épizootie. Les animaux les plus aptes à recevoir l'infection sont ceux qui viennent directement du pays d’origine; les transports défectueux, la mauvaise nourriture, le surmenage, le manque d’hygiène et le jeune âge les prédisposent à la maladie.

Les espèces de psittacidés mises en cause ne sont: pas nettement déterminées. Il semble que le perroquet: incriminé dans la majorité des cas soit le perroquet: vert de l’ Amazone : Chryzotis Amazonicus, appelé: «.courique » au Brésil.

BREHM le décrit en ces termes: « Cette espèce est très connue sur la côte orientale du Brésil ; on en rencontre beaucoup. dans les forêts des environs de Riode- Janeiro. On en voit des bandes innombrables dans certaines côtes de Macure. Ces oiseaux s’apprivoisent parfaitement et apprennent facilement à parler; c'est: pour. cette raison qu'ils sont très recherchés par les

amateurs et exportés en grand nombre en Europe, aussi bien par les marchands que par les matelots. Il paraît qu’au Brésil on les chasse également, parce que leur chair est très succulente.

« Ce perroquet est un grand oiseau de 40 cm. de long sur 50 à 60 cm. d'envergure; la queue est de 10 à 12 cm. : il est d’un vert clair avec le front bleu ciel, les joues et la gorge jaunes, le pli de l’aile rouge; les plumes latérales de la queue sont rouges à leur face interne. Le bec est gris foncé, recouvert à sa base d’une peau noire. Les pattes sont d’un gris cendré saupoudré de blanc. L'iris est jaune orangé en dehors, jaune clair en dedans. »

Un certain nombre de cas ont été rapportés au perroquet gris ou jacquot. Cet animal, très intelligent, est aussi très recherché. « Ses plumes sont gris cendré ou gris bleu, bordé d’un liseré plus clair, plus manifeste à la tête et au cou, ce qui fait paraître ces parties moins foncées que le reste du corps. La queue est rouge sang, le bec est noir ,les pattes d’un gris noir, la pupille est d’un brun clair, le tour des yeux blanc. L'espèce a en moyenne 30 cm. de long et 70 cm. d’envergure ; la queue est courte et ne mesure que 8 cm. Cet oiseau se rencontre surtout sur la côte occidentale de l’Afrique et assez loin dans l'intérieur du continent. Îl existe également à Madagascar et dans les îles voisines, à l’île Maurice et à la Réunion. »

La perruche ondulée ou d'Australie (Melopsittacus Undulatus) fut accusée d’avoir été l'agent de contamination dans l'épidémie de Zülpich en 1909.

« Cette espèce est propre à l’Australie. C’est un des plus petits perroquets que l’on connaisse. Il ne mesure que 22 à 25 cm. de long et 28 d’envergure.

Ce ER

Son plumage est dominé par le vert, mais parcouru par un fin dessin. L’occiput, la tête, la nuque, la partie supérieure du dos, les épaules, la couverture supérieure de l’aile sont d’un vert jaune pâle. Chaque plume est bordée de noir et tachetée de même couleur à la pointe; ce dessin est plus fin au cou et à la tête qu'au dos. Le ventre et la poitrine sont d’un vert uniforme. La partie inférieure et supérieure de la tête et la gorge sont jaunes: quatre taches d’un bleu foncé ornent les côtés de la tête, celles des joues étant plus grandes. Les ailes sont brunes, avec les barbes extérieures des rémiges d’un gris foncé, bordées de jaune vert ; l'iris est blanc jaunâtre ,le bec couleur de corne. Les pattes sont d’un bleu pâle. Ce perroquet est très recherché par les jardins zoologiques et par les amateurs. »

On a également incriminé comme vecteurs de la psittacose les inséparables, appelés « love bird » dans les pays à langue anglaise.

On signale même à l’origine de certains cas de psittacose des perroquets apparemment en bonne santé, peut-être se trouve-t-on là en présence de porteurs de germes ?

Dans la plupart des épidémies, ce sont les perroquets venant d'Amérique du Sud qui ont été incriminés. Quelques cas seulement, antérieurs à 1929, semblent dus à des oiseaux provenant d’Afrique.

D'un autre côté, il ne faut pas passer sous silence le rôle joué par les marchands ambulants. Ceux-ci achètent à bas prix chez certains commerçants des oiseaux qui sont plus ou moins vieux et malades et qui meurent dans les jours ou semaines qui suivent. C'est pourquoi dans l'épidémie parisienne de 1929,

me, CE

nombreux sont les cas dus à des perroquets d'origine inconnue ou achetés et gagnés dans les baraques fo-

raines.

B. —— MATIÈRES VIRULENTES. — Le sang, le sérum sanouin, la rate, la moelle osseuse, l’exsudat pleural, le mucus nasal et bronchique, les sécrétions pathologiques des yeux, du nez et du pharynx, le contenu de l'intestin et les fèces sont virulents.

Pour PACHECO, les organes les plus virulents sont le foie et la rate ; le cerveau le paraît très peu. GUNTHER injecte à un jeune perroquet normal du sang d'un homme atteint de psittacose à la période de pyrexie ; l'oiseau meurt en trois jours et l’auteur constate à l’autopsie des lésions de gastro-entérite et une réaction au niveau du foie et de la rate.

SACQUÉPÉE et FERRABOUC ont constaté que l’injection à un oiseau neuf de filtrat d’une émulsion de contenu intestinal d’un perroquet malade, provoque la mort en trois jours.

L'expérience répétée par BEDSON dans huit cas différents, a donné des résultats identiques ; il a opéré avec du sang citraté, du sérum sanguin et de l’exsudat pleural; ces produits, bien que reconnus sains après examen bactériologique, étaient en réalité fort virulents.

C. — RÉCEPTIVITÉ. — L'espèce semble avoir une influence considérable en ce qui concerne la réceptivité. En effet, à part l’homme et les psittacidés, très peu d’autres espèces contractent la maladie. La poule et le pinson auraient été infectés.

Pour BLANQUINQUE, ACHARD et RENDU, le bouvreuil,

le capucin, le serin et le chat contracteraient la maladie.

En 1924, SMYTHE, vétérinaire anglais, signale une épidémie intéressante dont il fut lui-même victime ainsi que sa femme. La maladie débute chez un lot de perroquets, cacatoès et pinsons ; ces derniers succombent tous, quelques perroquets seulement survivent. L'affection se communique à neuf singes ayant cohabité avec les perroquets et un d’entre eux meurt. Puis SMYTHE et sa femme sont atteinis à leur tour.

Les animaux les plus divers sont donc capables de contracter la psittacose ; mais il ne faut pas oublier que la réceptivité varie certainement avec le terrain et la virulence des produits pathogènes.

D. — MoDESs DE CONTAGION. — 1° Chez les oiseaux :

a) Contagion directe. — I] semble que le mode le

plus fréquent de contagion soit de bec à bec; on sait en effet que ces oiseaux n’aiment guère se quitter (inséparables) ; l’inoculation peut se faire aussi par des plaies consécutives à des coups de bec ou de patte.

b) Contagion indirecte. — Celle-ci se fait par l’intermédiaire des matières virulentes dont nous avons vu la liste ci-dessus : elles sont dispersées par la toux, les cris, les battements d'ailes. Rappelons à ce sujet l'expérience de SACQUÉPÉE et FERRABOUC : « Nous avons placé, disent-il, dans deux cages voisines séparées par une distance de 8 cm., deux perruches, l’une inoculée, l’autre saine. La perruche inoculée meurt le cinquième jour qui suit l’inoculation, la perruche saine quatre jours après. »

A la suite des lésions qu'ils ont observées, les au-

RE

teurs pensent que « la contagion doit se faire par projection de matières virulentes ». Ces dernières souillent la nourriture, l’eau de boisson, les plumes, le duvet, les cages. NOCARD a montré qu'il suffisait de déposer des ailes sèches provenant d'oiseaux atteints de psittacose, au fond de la cage d’une perruche saine, pour la voir périr en moins de 20 jours.

La contagion peut encore être assurée de manière plus indirecte, d’après HEYMAN, par les tiques et les puces.

2° Chez l’homme :

La contagion est le plus souvent directe : nourriture de bouche à bec, manifestations amicales de la part de l’homme et belliqueuses du côté des oiseaux.

La transmission indirecte existe aussi, dans les mêmes conditions que ci-dessus.

D'autre part, la contamination d'homme à homme, après avoir été discutée, est admise actuellement, mais elle doit être rare et nécessiter un contact direct et prolongé.

D'après ELKELES, il ne faut pas non plus perdre de vue le danser que présentent les oiseaux situés dans un foyer de psittacose et qui semblent indemnes de tout trouble; ils seraient cependant une source de la contagion. Mais s’agit-il d’une infection latente ou de porteurs de virus ?

MM. Benson, WESTERN et SIMPSON pensent que les oiseaux guéris peuvent demeurer porteurs de germes ; pour eux, (il y a quelque évidence que l’infection puisse persister pendant une période de quatre mois chez un oïseau en apparence en bonne santé ».

Bactériologie

Jusqu'à la dernière épidémie de 1929, on pensait que c'était le bacille découvert par NOCARD qui était à l'origine de la psittacose. D’autres microbes ont également été incriminés : streptocoque, colibacille. Actuellement, il semble que l’ultra-virus soit considéré comme l'agent pathogène de l’affection.

Ï. —— BACILLUS PSITTACOSIS.

En 1892, au cours de l'épidémie qui sévit à Paris, des recherches bactériologiques sont entreprises, notamment par NETTER et GASTOU; ces auteurs découvrent chez l’homme, dans le suc des poumons de malades morts de psittacose, des pneumocoques et des pneumobacilles.

Mais c’est l’année suivante, en 1893, que NoOCARD fait, au Conseil d'Hygiène et de Salubrité publique, une importante communication relative aux recherches qu'il a entreprises l’année précédente au cours de l'épidémie de psittacose. Il lui a été impossible de retrouver des perruches malades encore vivantes ou ayant succombé. Mais NOCARD réussit à découvrir un paquet d'ailes desséchées, conservées par les acheteurs, et provenant .d’animaux morts pendant le voyage d'Argentine en France. Des fragments de moelle osseuse ont été prélevés aseptiquement dans le canal

ie

médullaire de plusieurs humérus et ensemencés dans différents milieux de culture. Dans les jours qui suivent, on constate la pullulation d’un microbe particulier semblable pour toutes les ailes examinées. Ce microbe est appelé par NocaRD Bacillus Psittacosis. Mais laissons à NocaRD le soin de sa description :

« C'est une bactérie courte, assez épaisse, à extréraités arrondies, à la fois aérobie et anaérobie, extrêmement mobile: cette bactérie se développe rapidement sur la plupart des milieux solides ou liquides utilisés en microbiologie, pourvu que la réaction du milieu soit neutre ou légèrement alcaline ; elle ne prend pas la couleur du Gram, ne liquéfie pas la gélatine, ne fait pas fermenter le lactose, ne coagule pas le lait. Elle est pathogène, non seulement pour la perruche, mais encore pour le pigeon, la poule, la souris, le lapin, le cobaye, etc... Inoculés dans la trachée, dans le péritoine ou dans les veines, tous ces animaux meurent en moins de 48 heures, avec des lésions internes de septicémie hémorragique: tous les parenchymes sont congestionnés et on y retrouve aisément la bactérie spécifique ; elle existe aussi dans le sang mais en très petite quantité; néanmoins, tous les ensemencements du sang sont fertiles. Inoculée sous la peau ou dans les muscles, ou mélangée aux aliments, la bactérie produit des effets moins constants et moins rapides; parfois aussi, la mort survient en deux ou trois jours ; le plus souvent, les. animaux résistent pendaat un temps plus grand et survivent huit, dix, quinze jours, puis meurent, très amaigris, avec de la diarrhée profuse, parfois enfin, mais rarement, ils guérissent et se rétablissent lentement. Les lésions sont toujours

celles d'une septicémie hémorragique intense et tous les viscères renferment la même bactérie. »

On peut ajouter que ce microbe a 2 ou 3 & de long et présente de plus, 10 à 12 petits cils vibratiles. Ses cultures en bouillon peptoné donnent un trouble homogène avec production d'ondes moirées par agitation ; sur gélose, la culture prend l’aspect d’une strie humide, opaque, crémeuse; sur pomme de terre, elle donne une couche visqueuse et épaisse, semblable à celle que forme Bacterium Coli. Le lait tournesolé présente le phénomène de caméléonage ; il devient bleu au bout de quelques jours, après avoir auparavant viré au rouge.

Bacillus psittacosis reste sans action sur le lactose, mais il attaque avec dégagement de gaz le lévulose, le glucose, le maltose et la mannite.

Tels sont les caractères morphologiques et culturaux de Bacillus psittacosis.

En 1896, ACHARD et BENSAUDE, découvrant les infections paratyphoïdes, énoncent que le bacille décrit par NocaARD se rapproche du paratyphique B; d’ailleurs, à l’heure actuelle, il est rangé dans le groupe des Salmonella avec le type Aertrycke.

Par la suite, les recherches de ce bacille dans les organes et le sang d'oiseaux atteints de psittacose ont été rarement couronnées de succès. Pourtant MM. GILBERT et FOURNIER le découvrent dans le sang, la pulpe de la rate, la moelle osseuse d’un perroquet mort, qui a présenté une diarrhée abondante et succombé en mêine temps que plusieurs autres chez un oiseleur. SICARD, d'autre part, l’a retrouvé chez un des perroquets resnonsables de l'épidémie de Passy.

Les mêmes auteurs se sont demandé si le sérum

ei lp

des sujets atteints de psittacose agglutinait vis-à-vis le bacille de NocaRp : les diverses tentatives faites dans ce sens n'ont donné aucun résultat positif.

Nous sommes donc à nous demander si Bacillus psittacosis se trouve être l’agent spécifique de l’affection : il semble que ce soit un agent secondaire, un microbe de sortie. Peut-être, est-il à l’origine d’une paratyphose de perroquets, mais nettement différente de la psittacose et trop longtemps confondue avec elle.

Page 1