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Nul ne songe à nier que « la constitution individuelle et l’état actuel de la santé ne modifient l’exer cice des facultés intellectuelles et des qualités morales » ; mais de là à « dériver de tel ou tel tempérament, telle ou telle qualité fondamentale déterminée » (Il, 173), il y a un abime que rien ne permet de franchir, car «il est absolument faux que l’activité des fonctions vitales soit en rapport direct avec l'activité des forces intellectuelles » (II, 172). Si on voulait, à tout prix, établir un rapport entre l’activité cérébrale et l’activité vitale, peut-être vaudrait-il mieux reconnaitre entre elles un antagonisme, car non seulement « ni l'intensité ni la durée de la vie ne sont en proportion avec la masse du cerveau » (II, 156), mais encore « la ténacité de la vie diminue à mesure que la cervelle augmente » (I, 9).
Semblable indépendance se retrouve au sein même du système nerveux. En réalité, il n’y a pas un, mais des systèmes nerveux, indépendants les uns des autres et composés d'appareils eux-mêmes indépendants entre eux. Il est, sans doute, indéniable que les différents systèmes nerveux sont « mis en connexion et en action et réaction réci-
proques avec les systèmes antécédents, par des branches communiquantes » (I, 207), et « on peut. admettre comme un axiome que les organes d’un ordre inférieur servent comme des appareils préparaloires aux organes qui, dans les animaux plus parfaits, sont destinés à des fonctions plus élevées. Tant que les systèmes inférieurs existent seuls, ils agissent isolément; mais dès que plusieurs organes existent dans un seul individu, ils doivent nécessairement avoir, les uns sur les autres, une influence réciproque établie par des branches de communication » (I, 25).
Mais les systèmes nerveux ont beau être ainsi astreints à une certaine subordination fonctionnelle, ce n’en serait pas moins une erreur de croire qu'il existe entre eux la moindre communauté d’origine, et qu’ils puissent s’engendrer les uns les autres (1, 25). Le système nerveux en général est constitué par une série d’appareils indépendants et spécifiques (I, 8), dont la spécificité et l'indépendance sont amplement démontrées par le fait que, suivant les espèces et les individus, ils « sont diversement modifiés », qu’ils n’offrent pas toujours dans leur développement les mêmes proportions relatives
(voir par exemple I, 54), et qu'ils sont enfin très loin d’apparaitre tous simultanément (1, 171). « Chaque ordre particulier des fonctions de la vie animale (Gall veut dire : psychique) est effectué par un système nerveux particulier, par des nerfs particuliers, distincts des autres systèmes nerveux ou des autres nerfs! ».
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que Gall se montre partisan convaincu de l’immuabilité des espèces (IV, 250), et s'élève contre « l'opinion de M. de Lamarck », qui « pourrait tout au plus être adoptée par quelques sectes philosophiques, dont les unes supposent que l’âme dirige elle-même la formation du corps qui lui sert d’enveloppe, et dont les autres soutiennent que les espèces ou s’améliorent ou dégénèrent sans cesse, de manière que l’homme pourrait descendre au rang du singe, et l'orang-outang s'élever au rang de l’homme » (II, 40).
La théorie qui fait des besoins la source des insüncts, des penchants et des facultés, n’a pas d’adversaire plus résolu que Gall. D'abord il