‹ La psycho-physiologie de GallChapitre 28 sur 35 · PES T · texte numérisé non relu

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place, quand, pour constituer sa topographie cérébrale, il fait appel aux relations réciproques des fonetions!, il demeure, pour une grosse part, le disciple fidèle du maître qu’il a renié. Car ce point de vue joue dans l’anatomo-physiologie cérébrale de Gall un rôle qu’on ne saurait assez souligner.

Il est, d’ailleurs, au moins un point sur lequel l'anatomie comparée vient apporter à cette construction physiologique un impressionnant concours. Si nombre de facultés sont propres à l’homme, nombre de penchants et de facultés lui sont communs avec l'animal. « L'homme ne se montre jamais comme purement homme, ni comme purement animal », et c’est des multiples combinaisons, qui se réalisent entre les facultés humaines et les facultés animales, que résulte la diversité des caractères humains (II, 93). La physiologie du cerveau nous conduit tout naturellement à établir une distinction fondamentale entre les organes des facultés proprement humaines, d’une part, et, d’autre part, ceux des facultés communes à l’homme

4, Système de Politique Positive, I, p. 677-8.

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et à l’animal, et à admettre qu'ils occupent dans le cerveau des positions essentiellement a puisque leurs fonctions diffèrent essentiellement. Or, l'anatomie comparée nous enseigne que le cerveau de l’homme comporte, de même, deux parüies : l’une qui lui est commune avec les animaux, l’autre qui lui est exclusivement propre. Il parait donc bien évident, que les organes des facullés communes doivent trouver place dans les parties cérébrales communes à l’homme et à l’animal, et ceux des facultés propres à l’homme, dans les parties cérébrales qui lui sont particulières.

Combinons cette nouvelle donnée avec les considérations physiologiques précédentes : alors notre carte du cerveau commence à se dessiner et à se préciser, antérieurement à toute localisation anatomiquement définie. « Les qualités morales et les facultés intellectuelles, selon qu’elles sont communes à l’homme et à quelques espèces d'animaux, ou exclusivement particulières à l’homme, selon que ce sont des sentiments ou des facultés, selon qu'ils appartiennent à une classe supérieure ou inférieure, se rapportent à des parties cérébrales d’un certain ordre principal, de façon que, par exemple, l’on peut

sans crainte de setromper, chercherles qualités etles facultés communes aux animaux et à l'homme, dans les parties postérieures-inférieures et moyenneslatérales du cerveau, et celles exclusivement particulières A’homme, dans les parties cérébrales antérieures-supérieures » (II, 278).

C'est là une idée qui a fait, depuis, son chemin dans le monde. Vraie ou fausse, l’éminente dignité psychologique du lobe frontal, que Gratiolet célébrait dans les termes que nous avons vus, qui joue encore un rôle capital dans certaines théories contemporaines, et à laquelle, pour l'interprétation des É - faits, on en appelle toujours volontiers, tient dans le système de Gall une telle place qu'on ne peut lui refuser le mérite de lavoir, sinon peut-être découverte, du moins pleinement mise en valeur. \ Elle constitue, en eflet, un article essentiel de À sa doctrine, car, seule, elle permet de distinguer | positivement l’homme de l'animal. Qui dit lobe À frontal, dit raison, volonté, moralité. L'homme, « dans les régions antérieures-supérieures, el supé- - rieures-antérieures ! du front, est doué de parties

1. Ce texte est également celui de l'édition in-quarto (If, 366).

encéphaliques, dont les autres animaux sont privés ; etmoyennant lesquelles » il « jouit des qualitéset des facultés les plus éminentes, de la raison et du senüiment de la moralité » (II, 254). Les qualités communes à l’homme et à l'animal ont certainement leur siège dans les parties latérales et postérieures de la tête. Plus l’encéphale des animaux est développé dans ses parties antérieures-inférieures, plus leurs facultés intellectuelles sont étendues; « mais il n'y a pas d'animal qui soit doué de parties cérébrales situées dans la partie antérieure-supérieure et supérieure-postérieure du frontal; auss: n’en existe-t-il point qui soit doué des facultés attachées à ces parties, qui jouisse de la raison, et qui soit susceptible de moralité et d'idées religieuses » (IL, 265). « C’est donc /a raison, le résultat d’un heureux développement de toutes les parties cérébrales antérieures-supérieures, qui constitue l'essence de l’homme, la véritable barrière qui sépare l’homme de la brute » (IV, 126). La majesté du front est l'indice de l’humanité (IV, 259), et sa grandeur l'indice du génie, comme en témoignent même les œuvres d'art et, en particulier, la tête du Jupiter Capitolin (IT, 14).

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A ces considérations physiologiques, à ce groupement méthodique des organes d’après leurs fonctions, à cette hégémonie psychique des lobes antérieurs, Gall attribue une telle importance, que, si elles viennent à les contredire, il n'hésite pas à tenir les constatations proprement eraniologiques et organologiques comme nulles et non avenues. De ce singulier procédé de détermination des organes, il n’est pas d'exemple plus significatif et plus troublant que celui, précisément, du siège de la mémoire des mots, de la seule localisation de Gall qui ne soit pas tombée dans un absolu discrédit, puisque l’histoire des localisations du langage se trouve commencer avec elle.

Après avoir rappelé que la découverte de la mémoire des mots et de son siège fut le point de départ de son système, Gall ajoute : « L'on trouvera fort singulier sans doute que ce soit précisément au sujet de cette faculté et de son organe que mes travaux laissent le plus à désirer ». En effet, la facilité à apprendre par cœur se rencontre chez les personnes qui ont « de grands yeux à fleur de tête ». Or ce sont « les circonvolutions antérieures du

lobe moyen » qui « touchent les parties posté-

rieures-externes de l'orbite », et il est naturel d’admeltre, que « lorsque ces circonvolutions sont très développées, cette partie du sphénoïde, qui forme le tiers-postérieur de la paroi externe de l'orbite,

est chassée en avant; ce qui diminue la profondeur

de l'orbite, et rend le bulbe oculaire saillant ». Donc, à s’en tenir aux seules données craniologiques et anatomiques, les circonvolutions antérieures du lobe moyen seraient le siège de la mémoire des mots. Mais Gall ne peut accepter qu'il en soit ainsi : « Il n’est cependant nullement vraisemblable que le lobe moyen soit affecté aux facultés. Les frugivores n’en ont que les circonvolutions internes, et ils apprennent les mots et les noms tout aussi bien que les carnassiers. D’ailleurs la mémoire a trop peu d’analogie avec l’instinet carnassier, pour que l’on puisse admettre que les circonvolutions du lobe moyen placées au-dessus de l'oreille, constituent organe de l'instinct carnassier, et les circonvolutions antérieures du même lobe, l'organe de la mémoire des mots ». Par conséquent, « s'il arrive en effet que le bulbe soit chassé en avant de l’orbite par un développement considérable et par un grand prolongement de ce lobe, la

forme des yeux qui en résulte ne serait plus la marque d’une excellente mémoire », ce que, d’ailleurs, tendraient à confirmer certaines observations. Conclusion : « Je regarde comme l'organe de la mémoire des mots, cette partie cérébrale qui repose sur la moitié postérieure de la voûte de l'orbite » (IV, 48-50), c'est-à-dire la partie postéroinférieure du lobe antérieur. Tel est l’ordre de considérations qui décida Gall à procéder à cette localisation fameuse‘.

Si impuissante que soit la méthode craniologique et organologique à déterminer valablement le siège des organes, elle n’en était pas moins la seule méthode anatomique dont Gall disposât, ou qu'il consentit à utiliser, dans une recherche où, en fin

1. Par une coïncidence assez curieuse, c'est également « par exclusion » (Polilique Positive, 1, 723) que Comte détermine le siège de l « organe spécial pour le langage », « sur la nécessité » duquel « l'opinion de Gall » lui paraît devoir être adoptée « irrévocablement ». (id. I, 716). — Gall établit entre le sens des mots, sens des noms, mémoire des mots, mémoire verbale, et le sens du langage de parole, talent de la philologie, etc., une distinction, assez difficile à préciser, mais qui est, en tout cas, postérieure à sa découverte initiale : « Nous n'avons pas donné dans les gravures de chiffre particulier, à la partie dont il est ici question, parce que nous avions considéré le sens des mots, comme n'étant qu'un fragment du sens du langage de parole » (IV, 50).

de compte, l'anatomie ne peut pas ne pas avoir à dire son mot. Si donc il localise la mémoire des mots aux lobes antérieurs, non seulement sans preuves anatomiques, mais même contrairement aux indications que la eraniologie lui fournit, nous ne saurions avoir une meilleure preuve de l'espèce d’illusion dans laquelle l’entretenait cette représentation anatomo-physiologique de la vie mentale, indépendante de toute localisation précise, dominée par quelques principes d’une évidence spécieuse, que nous avons essayé de définir. Manifestement, elle avait si bien perdu à ses yeux tout caractère schématique et conjectural, qu’elle en

venait à se substituer à la réalité même, au lieu de se conformer à ses données, et à créer d’ellemême, le cas échéant, par ses seuls moyens et pour les besoins de sa cause, une anatomie du |

cerveau.

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La portée de la physiologie du cerveau ne s’arrôte pas à régenter son anatomie. La représenta-

tion anatomo-physiologique de la vie mentale comporte également des conséquences importantes et dans le domaine de la psychologie et à l'égard de la théorie de la connaissance.

La méthode que suit Gall, les découvertes qu’il croit lui devoir, lui paraissent, en effet, nécessairement entrainer « une philosophie toute nouvelle » (III, préface, p. vi; IV, 232). S'il n’est pas d'états de conscience possibles sans organes cérébraux

adaptés à des fonctions définies, qu'il s'agisse de percevoir les objets relevant de chacune de ces fonctions, de s’en souvenir, de porter sur eux un jugement, ou d'éprouver pour eux un sentiment ou une inclination quelconques, c’est toujours le même organe qui doit intervenir.

fl Sans doute, à ne considérer que certains carac-

tères communs, il est permis de grouper l’ensem-

ble des phénomènes psvchiques en perceptions, souvenirs, jugements, désirs, passions, etc. Mais la psycho-physiologie nous prouve que ces caractères communs ne constituent pas ce que ces phénomènes ont d’essentiel et de spécifique, puisque chaque phénomène, suivant l’occurrence, peut

être objet de perception, de souvenir ou de jug'e-

ment, etc., et qu'aucun n’existerait seulement sans

ses conditions matérielles particulières. Elle nous

interdit, par conséquent, d'admettre que toutes les perceptions relèvent d’un même organe, et, de

même, tous les souvenirs, tous les jugements, tous les désirs, toutes les passions, etc.

Si donc on entend par penchant, ou par faculté, le mode d’activité d’un organe, alors perception, mémoire, jugement, désir, inclination, passion, ne sont ni des penchants, ni des facultés. Par consé-

quent, le type de classification que les psychologues :

proposent communément « n'embrasse que des généralités » ; «que les philosophes qui s’enfoncent dans la voie du raisonnement, admettent une, deux, trois, quatre, cinq, six ou sept facultés de l'âme, l'erreur est essentiellement la même, tant que ces facultés ne sont que des abstractions, des attributs généraux » ([V, 3). De même que le fait de sentir est commun à tous les nerfs, et ne suffit pas à définir leur action, mais qu'il faut préciser s’il s’agit, par exemple, d’une sensation de la vue ou de l’ouïe, de même le fait de penser est

commun aux facultés intellectuelles et ne suffit pas

à les définir. Seul les définit leur caractère spéci-

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