‹ La psycho-physiologie de Gall; ses idées directricesChapitre 10 sur 25 · LA CONTINUITÉ DE LA NATURE · texte numérisé non relu

LA CONTINUITÉ DE LA NATURE

der les cerveaux des animaux comme des fragments du cerveau de l'homme, et à chercher dans le cerveau humain toutes les parties dispersées dans les diverses classes d'animaux. En ôtant et en retranchant quelques parties du cerveau de l'homme, nous le ravalons au niveau du cerveau des animaux, et en ajoutant de nouvelles parties à celui-ci, on peut l'élever à la perfection du cerveau humain » (I, 191).

De ces deux manières de voir, la première se justifie, en partie, par la notion de la spécificité des organes, que nous envisagerons tout à l'heure. Tous les organes sont, en leur fonctionnement, soumis aux mêmes lois générales, mais ils n'en sont pas moins pour cela indépendants les uns des autres. Cette indépendance peut nous expliquer pourquoi, dans la hiérarchie des êtres, il n'y a pas nécessité à ce que tout ce qui appartient à l'inférieur se retrouve dans le supérieur. D'ailleurs, Gall allègue surtout cette éventuelle différence d'organisation entre l'animal et l'homme en manière de fin de nonrecevoir, pour ne pas décider si les animaux ont des sens que nous n'avons pas (I, 157), ou pour éliminer de ses recherches organologiques les

animaux dont les facultés ne se prêtent pas à des rapprochements avec celles de l'homme (III, 53). La seconde de ces manières de voir est, au contraire, une des bases de sa méthode, et il se comporte, dans la pratique, comme s'il l'admettait sans restriction. « Avant de connaître l'homme, il faut connaître les éléments dont il est composé » (II, 5), et, pour la connaissance de ces éléments, l'observation des animaux nous est d'un perpétuel et indispensable secours.

De là l'incomparable utilité de ces « longues et pénibles recherches d'anatomie et de physiologie comparées ». qui, seules, permettent d' « arriver lentement et par fragments à la connaissance de l'homme moral et intellectuel » (IV, 8).

Sans doute l'homme et l'animal offrent de multiples différences, mais « la nature suit constamment un type général dans toutes ces différences ; et celui qui sait reconnaître ce type général en comparant les systèmes analogues chez les différents animaux, a découvert par l'anatomic comparée une loi qu'il retrouvera aussi bien dans l'homme que dans tous les autres animaux, peu importe qu'ils aient des écailles, des plumes, des cornes, des

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queues ou des antennes » (I, préface, p. xxxi). Grâce à la connexion nécessaire qui existe entre la structure d'un organe et son fonctionnement, l'anatomie comparée ne sert pas seulement à faire état des analogies morphologiques, et, par exemple, à conclure des lois de formation des systèmes nerveux inférieurs à celles du cervelet ou du cerveau (I, 171 , 177) ; mais elle offre, en outre, pour la physiologie, cette utilité capitale de « conduire à la connaissance des généralités, des lois et des gradations de l'organisme animal ». Et c'est là son mérite le plus essentiel, car, « si nous avons fait entrer l'anatomie comparée dans nos recherches, ce n'est qu'autant qu'elle pouvait nous servir pour arriver à la découverte des lois de l'organisme » (I, préface, p. xxx).

Les rapprochements physiologiques ne jouent, naturellement, pas dans le système un rôle moins important. Continuellement, Gall se représente l'activité psychique à la manière de l'activité viscérale ; continuellement, il conclut de l'exercice des sens et de ses conditions aux conditions et à l'exercice des qualités morales et des facultés intellectuelles : toutes déductions et toutes analogies qui

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seraient sans fondements, si runité et la continuité de la nature n'offraient aux yeux de Gall l'évidence d'un principe. La nature suit partout le même plan; elle obéit partout aux mêmes lois ; en toutes ses productions elle opère par les mêmes procédés et suivant les mêmes règles. Etres et choses ne sont nulle part isolés les uns des autres. Il est entre eux une exacte et rigoureuse hiérarchie, qui permet de passer graduellement de la matière à la vie, de la vie à la sensibilité, de. la sensibilité à l'activité, à l'intelligence et à la raison, sans que jamais la nature se départisse de l'uniformité méthodique de ses moyens et de ses voies.

Un des défauts les plus apparents des méthodes psychologiques, courantes de son temps, que Gall taxe de métaphysiques, est précisément de méconnaître cette continuité de la nature et ses conséquences. Il s'indigne que la curiosité des psychologues se cantonne à l'étude de l'homme seul : « Pourquoi dans ses méditations ne veut-on pas honorer d'un regard les autres êtres vivants? » (1,130). Il soutient, contre Laromiguière, qu'il est inadmissible de ne tenir aucun compte de l'animal et de ses facultés, puisque l'homme est soumis

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aux mêmes lois organiques que le cheval, le chien ou le singe (IV, 4). 11 s'insurge contre la distinction qui s'est établie a priori, contrairement à toute observation, entre Factivité humaine et l'activité animale. L'instinct, qu'on attribue à l'animal, n'est ni automatique ni immuable ; il est susceptible de s'adapter aux événements, de se modifier par la réflexion. La considération des circonstances et des besoins intervient dans les actes des animaux. Ils font donc preuve d'initiative (IV, 12-16) et leur prétendu instinct est inséparable de Tintelligence : « Dans l'homme on attribue à la prévoyance, à la réflexion des actes absolument analogues; mais qu'est-ce qui nous autorise à admettre des causes différentes pour les mêmes eff'ets? » (111, 253).

L'homme est supérieur à l'animal^ cela est évident. Mais ce n'est pas en creusant entre eux un illusoire fossé, en méconnaissant ce qu'ils ont de commun, en isolant l'homme dans la nature, que nous parviendrons à définir cette supériorité et ses causes. C'est « la comparaison de l'encéphale humain avec celui des animaux », qui seule fera coimaîlre « où l'animal cesse dans

l'homme, où commence le noble caractère qui distingue l'homme de la brute, et de combien il est élevé au-dessus d'elle ; recherche bien plus utile que les vaines rêveries des métaphysiciens » (111,55).

Mais, cette « échelle graduelle des êtres sensibles », Gall est convaincu qu'elle s'explique par des « productions cérébrales superposées », qu'elle tient à des « additions successives de nouveaux organes » \ D'une continuité de développement et de transformation organiques il n'a, d'une manière générale, aucune idée. La continuité qu'il voit dans la nature est, pourrait-on dire, toute formelle. Le dessein, la méthode de la nature demeurent invariables ; de la manière dont elle procède sur un point, on peut induire celle dont elle procède partout ailleurs. Réalité matérielle, vie organique, activité psychique, en leurs multiples manifesta-

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