Recherches sur le Système Nerveu.r, etc. p
fions, sont rallachables à une sorte de modèle et de type commun. Bien loin de s'exclure, elles se supposent. Le milieu matériel est la condition de la vie organique, sans laquelle, à son tour, point ne serait d'activité psychique. Mais ce n'est pas à dire que la pensée soit le produit ultime de la vie, le perfectionnement suprême d'organes primitivement destinés à d'autres fonctions, ni que la vie soit une sorte de sublimation des propriétés de la matière.
Le perfectionnement d'un organe donné, dans les limites, pourrait-on dire, de son emploi, ne fait pas difficulté pour Gall. C'est notion courante et couramment utilisée dans son système. Mais, en revanche, il n'imagine pas de développement et de transformation qui fasse sortir un organe de sa sphère d'action primitive et l'adapte à d'autres fonctions. Donc, du point do vue organique, la continuité de la nature est toute de juxtaposition.
Pas de propriétés nouvelles sans mécanisme nouveau, susceptible d'en expliquer la présence. La nature, dans ses créations, procède, non par transformation, mais par superposition d'organes. Les organes ont chacun leurs fonctions, en rap-
port avec leur structure, et n'ont que ces seules et uniques fonctions. Nul organe ne peut en suppléer un autre ni être suppléé par lui. Nulle coopération d'organes inférieurs ne peut suppléer à l'absence d'un organe supérieur.
Par conséquent, si les lois générales des organismes sont valables pour tous les êtres, les différents organes n'en sont pas moins irréductibles les uns aux autres, et c'est ici, précisément, dans la philosophie de la nature de Gall, le second des principes que nous avons annoncés : la spécificité des organes est pour lui absolue et ne comporte pas d'exception.
Il faut renoncer aux principes et aux causes uniques. Chez l'animal « beaucoup de phénomènes ont lieu sans système nerveux », beaucoup d'autres sont simplement modifiés par lui, « d'autres enfin le reconnaissent pour cause unique » ; par suite, il ne saurait être « la cause première et unique de toutes les actions des corps organisés, de toute irritabilité, et de toute vitalité » (I, 7). Donc la vie est indépendante du système nerveux.
De même pour les fonctions du système nerveux, à l'égard des fonctions vitales proprement dites.
Nul ne songe à nier que « la constitution individuelle et l'état actuel de la santé ne modifient l'exer cice des facultés intellectuelles et des qualités morales » ; mais de là à « dériver de tel ou tel tempérament, telle ou telle qualité fondamentale déterminée » (II, 173), il y a un abîme que rien ne permet de franchir, car « il est absolument h\nx que l'activité des fonctions vitales soit en rapport direct avec l'activité des forces intellectuelles » (II, 172). Si on voulait, à tout prix, établir un rapport entre l'activité cérébrale et Tactivité vitale, peut-être vaudrait-il mieux reconnaître entre elles un antagonisme, car non seulement « ni l'intensité ni la durée de la vie ne sont en proportion avec la masse du cerveau » (II, 156), mais encore « la ténacité de la vie diminue à mesure que la cervelle augmente » (I, 9) .
Semblable indépendance se retrouve au sein môme du système nerveux. En réalité, il n'y a pas un, mais des systèmes nerveux, indépendants les uns des autres et composés d'appareils eux-mêmes indépendants entre eux. Il est, sans doute, indéniable que les différents systèmes nerveux sont « mis en connexion et en action et réaction réci-
proques avec les systèmes antécédents, par des branches communiquantes » (I, 207), et « on peut... admettre comme un axiome que les organes d'un ordre inférieur servent comme des appareils préparatoires aux organes qui, dans les animaux plus parfaits, sont destinés à des fonctions plus élevées. Tant que les systèmes inférieurs existent seuls, ils agissent isolément ; mais dès que plusieurs organes existent dans un seul individu, ils doivent nécessairement avoir, les uns sur les autres, une influence réciproque établie par des branches de communication » (1, 25).
Mais les systèmes nerveux ont beau être ainsi astreints à une certaine subordination fonctionnelle, ce n'en serait pas moins une erreur de croire qu'il existe entre eux la moindre communauté d'origine, et qu'ils puissent s'engendrer les uns les autres (I, 25). Le système nerveux en général est constitué par une série d'appareils indépendants et spécifiques (I, 8), dont la spécificité et l'indépendance sont amplement démontrées par le fait que, suivant les espèces et les individus, ils « sont diversement modifiés », qu'ils n'ofîrent pas toujours dans leur développement les mômes proportions relatives
(voir par exemple I, 54), et qu'ils sont enfin très loin d'apparaître tous simultanément (1, 171). « Chaque ordre particulier des fonctions de la vie animale [Gall veut dire : psychique) est effectué par un système nerveux particulier, par des nerfs particuliers, distincts des autres systèmes nerveux ou des autres nerfs ' » .
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que Gall se montre partisan convaincu de l'immuabilité des espèces (lY, 250), et s'élève contre « l'opinion de M. de Lamarck », qui « pourrait tout au plus être adoptée par quelques sectes philosophiques, dont les unes supposent que l'âme dirige elle-même la formation du corps qui lui sert d'enveloppe, et dont les autres soutiennent que les espèces ou s'améliorent ou dégénèrent sans cesse, de manière que l'homme pourrait descendre au rang du singe, et l'orang-outang s'élever au rang de l'homme M (11,40).
La théorie qui fait des besoins la source des instincts, des penchants et des facultés, n'a pas d'adversaire plus résolu que Gall. D'abord il