Sur les Fonctions du Cerveau, e\c., VI
2. Quand se siiivonl une ou plusieurs citations empruntées au même passage, noiis avons cru pouvoir ne donner l'indicalion du tome el de la page que pouf la dernière.
Mais, sans l'immense collection de faits physiologiques et pathologiques qu'il a réunie\ aucune induction raisonnable sur la nature du cerveau et de l'ensemble des nerfs ne lui eût été permise : « A quoi nous aurait servi cette collection de faits, si nous ne leur avions provisoirement supposé une liaison étroite et nécessaire avec leurs conditions matérielles ? C'est ainsi que, préparés parles leçons de la physiologie et de la pathologie, nous eûmes bientôt fait des découvertes auxquelles le scalpel seul n'eût jamais pu nous conduire ^ ».
« 11 est donc manifeste que la physiologie occupe un rang bien supérieur à celui de l'anatomie » (III, 52). puisque la seconde ne sert de rien à la première, et que la première, au contraire, nous oriente dans l'étude de la seconde.
Avant Gall, les connaissances sur le cerveau et le système nerveux étaient, d'après lui, fort défectueuses. 11 en donne plusieurs raisons ; mais la plus essentielle, à ses yeux, était l'absence de toute physiologie cérébrale exacte et précise. « On manquait de principes physiologiques propres à
1. Recherches sur le Système Nerveux, etc., p. 249. Blondel. — Psycho-physiologie. 3
conduire par degrés les anatomistes à la connaissance des lois de l'organisation du système nerveux en général, et de celle du cerveau en particulier » (I, 15). L'influence de spéculations gratuites et de décrets métaphysiques se faisait fâcheusement sentir : par exemple, de la prétendue simplicité de l'âme on concluait à celle de son organe. On répugnait à admettre que les facultés supérieures de l'âme dépendissent d'organes matériels . Alors même qu'on n'y répugnait point, on s'épuisait à chercher le siège de l'instinct, des passions, de l'entendement, de la mémoire, de l'attention, du jugement, de la raison, de l'imagination, c'est-àdire non pas des réelles facultés de Tâme, mais de leurs attributs communs et de leurs combinaisons. Mais « il était impossible de faire aucune découverte sous ce rapport, avant d'avoir dirigé son attention sur les qualités primitives et fondamentales de l'âme, ce dont aucun auteur n'annonce avoir eu la moindre idée » (l, 17).
Aussi en revenait-on toujours à méconnaître la portée des recherches anatomiques, et à les utiliser pour déterminer les organes particuliers, alors qu'elles ne peuvent servir, en général, qu'à c con-
firnier et à expliquer les vérités physiologiques » (I, 18). Il n'est pas d'anatomie possible, sans physiologie pour l'orienter : « Qu'est-ce qu'une analomie sans vues physiologiques? », proclament les Recherches sur le Système Nerveux^.
Aussi le Mémoire, qui est la pièce capitale de ces Recherches, est-il, de ce point de vue, fort curieux. Gall entend n y soumettre à l'Institut que ses seules découvertes anatomiques. Mais il commence" en annonçant une description du système nerveux, faite non d'après les « formes mécaniques », mais bien d'après des « vues philosophiques et physiologiques » ; il conclut en niant l'existence d'un « centre commun de toutes les sensations, de toutes les pensées et de toutes les volontés » et en proclamant que « l'unité du moi restera toujours un mystère » ^ Ce Mémoire anatomique est donc comme saturé de sa physiologie du cerveau.
Aussitôt après s'être écrié : « Qu'est-ce qu'une anatomie sans vues physiologiques? », Gall ajoute,
i. Idem, Lettre à V Institut, p. 15.