Idem, p
il est vrai : « et une physiologie sans bases anatomiques? » Evidemment cette subordination de Tanalomie à la physiologie est, à ses jeux, toute relative à nos moyens de connaître; elle est un des caractères de la recherche et non de la réalité. En fait, aiiatomie et physiologie se répondent intimement : « Une doctrine sur les fonctions du cerveau, ne pourrait qu'être très imparfaite, si elle ne se rattachait étroitement à la doctrine de la structure de cette partie » {l^jrréface. p. xi).
L'idéal serait de déterminer les conditions matérielles de tous les phénomènes de la vie mentale. Alors l'anatomie et la physiologie seraient « fondues l'une dans l'autre », « la connaissance du système nerveux » atteindrait a son plus haut degré de perfection ». C'est, selon Gall, ce qui a conduit Reil à penser « que l'anatomie n'est pas une science particuUère, mais une partie de la physiologie ayant pour objet la forme et la structure des organes dont la connaissance est indispensable pour expliquer les divers phénomènes du corps des animaux ». Entre la structure et la fonction, il y a liaison nécessaire (1, préface, j). xv).
Et, reprenant un développement déjà utilisé
dans ses Recherches sur le Système Nerveux \ Gall conclut . « En effet, toute doctrine sur les fonctions du cerveau serait fausse, si elle se trouvait en contradiction avec sa structure. En supposant que le cerveau ne soit qu'un organe sécrétoire et excrétoire, ou qu'il soit uniquement destiné à sécréter le principe du mouvement volontaire, comment peut-on le regarder comme l'organe des facultés de l'âme ? En admettant un point central où aboutiraient tous les nerfs, et en regardant ce point central comme l'organe unique et exclusif de l'âme, comment expliquer le développement successif, l'action isolée et la diminution partielle des diverses facultés intellectuelles? Si les autres animaux mammifères ont réellement toutes les parties du cerveau humain, comment est-il possible que l'homme soit doué de facultés plus nombreuses et plus sublimes ? Si chez tous les individus toutes les parties du cerveau se trouvent égales entre elles, et toujours dans le même rapport les unes avec les autres, comment concevoir les différents degrés de chaque faculté et de chaque penchant dans les divers
individus et même dans chacun d'eux ? MM. les professeurs Walter et Ackermann avaient donc raison de penser qu'en démontrant la fausseté de notre anatomic, ils anéantiraient notre physiologie du cerveau. S'ils peuvent jamais prouver qu'une hydrocéphale dans laquelle la plupart des facultés intellectuelles seraient restées intactes, a entièrement désorganisé le cerveau en opérant la dissolution de ses parties dans l'eau; s'ils peuvent faire avec la nature un pacte en vertu duquel le cerveau ne sera désormais plus qu'une masse médullaire, etc., alors c'en est fait non seulement de nos découvertes anatomiques, mais aussi de nos découvertes physiologiques » (l, préface, p. xvi).
Passage singulier et d'une interprétation assez délicate. De prime abord, Gall semble s'y donner pour but d'établir que la physiologie ne saurait s'affranchir du contrôle de l'anatomie. Mais n'aboutit-il pas, en fait, à démontrer par l'absurde le bien-fondé de ses conceptions anatomiques, en énumérant celles des hypothèses adverses qui auraient le plus évidemment pour premier effet de ruiner, si elles se trouvaient exactes, sa physiologie du cerveau en ce qu'elle a de plus incontestable :
ANATUMIK ET PHYSIOLOGIK CÉRÉBRALES 39
participation du système nerveux central aux manifestations de la vie psychique, supériorité de l'homme sur l'animal, diversité intellectuelle et morale des êtres humains? N'en reviendrait-il donc pas, ici encore, à subordonner, malgré l'apparence, Tanatomie à la physiologie ?
Peut-être sommes-nous en droit de convertir notre soupçon en certitude, en voyant Gall reprendre ailleurs cette même argumentation, la simplifier et la présenter d'une manière qui ne laisse plus de place au doute. Quelques pages plus loin, en effet, après avoir énoncé les erreurs de ses devanciers sur les fonctions du cerveau, il conclut : (c Plusieurs idées que l'on se faisait de sa nature ne permettaient pas de lui attribuer les opérations de l'esprit. Quelle connexion pourrait-il exister entre une substance spongieuse ou une masse de viscères impurs, et les facultés spirituelles? » (I, 11).
Il se pourrait donc que la reconnaissance de la nécessité où est la physiologie de ne pas contredire l'anatomie eût été pour Gall une pure clause de style. En fait, ce que nous savons positivement de la physiologie d'un viscère ne saurait être dé-
menti par les constatations anatomiques, car l'organe ne peut pas ne pas être adapté à sa fonction, et le devoir de l'anatomiste est donc d'en analyser la structure jusqu'à ce qu'il se trouve en état d'en comprendre le rôle. Du cerveau nous savons positivement qu'il est le siège des facultés mentales: il lui faut donc être organisé à cet effet. On peut connaître les fonctions des sens extérieurs sans rien savoir de la structure de leurs appareils. De même, l'exactitude et la vérité de la physiologie du cerveau, telle que Gall l'a conçue, sont indépendantes des lois d'organisation du système nerveux et du cerveau qu'il a été amené à proposer \ A plus forte raison le sont-elles de tout autre conception morphologique, car on peut être assuré que i'anatomie du cerveau ne sera pas ou aboutira à les confirmer.
Ainsi, quelque convaincu que soit Gall que, dans la réaUté, anatomie et physiologie ne font qu'un, dans l'ordre de la recherche, malgré quelques restrictions de peu de portée, il ne consent pas à admettre que le fait anatomique et le fait physio-