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La Fsyckulogie et la l'hrénologie comparées, 1839, p

44 LA PSYCHO-PHYSIOLOr.IK DE GALL

Mais Garnier nous paraît ici commettre une erreur importante. Il suppose à la psychologie de Gall et à son organologie une indépendance réciproque, qu'elles sont loin de posséder. Le système de localisations que Gall préconise, son analyse proprement psychologique des penchants et des facultés ont entre eux un lien : c'est la conception générale d'une subordination constante et nécessaire des phénomènes mentaux à des conditions organiques, en général, et, en particulier, à des modifications cérébrales. Cette conception fait corps chez Gall avec la psychologie. N'en pas tenir compte, c'est bien, en effet, se donner toutes les facilités désirables pour ramener la physiologie du cerveau à la psychologie, mais c'est, en même temps, la dépouiller de sa caractéristique la plus essentielle, de la manière dont elle a été pensée et conçue.

Gall se refuse à limiter l'étude de l'homme à sa partie spirituelle : elle doit embrasser « l'homme tel qu'il est, c'est-à-dire, le résultat de la réunion de l'âme avec le corps » (IV, 1). L'âme ne saurait être considérée comme une substance détachée, « se servant du corps tout au plus comme d'un

moyen de communication entre elle et le monde » ; toutes ses fonctions sont évidemment de « nature mixte » et elle « est ici-bas dans la dépendance d'organes matériels » (IV, 4).

Toute activité mentale apparaît donc à Gall lestée, pour ainsi dire, d'une masse matérielle, qui se situe tout naturellement dans l'espace, en un point, problématique ou non, du cerveau. Car peu importe que les localisations soient positivement affirmées ou seulement soupçonnées et pressenties, si tous les phénomènes psychiques sont donnés, indistinctement, comme locahsables, et si leur localisation devient la condition même de leur parfaite connaissance.

Une analyse purement psychologique se suffit à elle-même. Une physiologie du cerveau prétend aller plus avant. Elle vise à répartir les éléments que cette analyse a fournis sur le territoire cérébral; avant que cette répartition ne soit faite, elle la tient déjà pour nécessaire, et raisonne comme si, déjà, elle était réalisée. Car ces éléments entretiennent entre eux des rapports, qui supposent, à leur tour, des connexions matérielles entre les diverses parties cérébrales intéressées.

Ainsi se constitue dans l'espace, avec des organes et des fibres convergentes, comme dit Gall, avec des centres et des faisceaux d'association, comme nous disons aujourd'hui, organes ou centres dont la situation n'a pas besoin, d'ailleurs, d'être autrement précisée, puisqu'on se montre en tout cas certain de leur existence, une représentation schématique des phénomènes mentaux, qui donne au moins l'illusion de décomposer l'homme, selon le mot de Gall (m, préface^ p. m), comme une machine en ses rouages.

De « laphj^siologie, qui, dans ce cas particulier, s'appelle la psychologie », Broca, sur ce point fidèle disciple de Gall, nous dit qu'elle a pour objet l'étude des « fonctions cérébrales dites intellectuelles » '. Nulle formule ne saurait être plus décisive pour déterminer en quoi la physiologie du cerveau est une psychologie, et en quoi elle n'en est pas une. Elle est une psychologie, parce qu'elle s'occupe des phénomènes mentaux ; mais elle est plus ou autre chose qu'une psychologie, parce que les phénomènes qu'elle étudie sont pour elle céré-

1. Bulletins de la Hociéié d'Aiil/iropolorjie de Paris, 1801, p. 310.

braux, au moins autant que mentaux, et appellent, naturellement, par une conséquence presque nécessaire, le système de représentations que nous venons de définir.

Nous n'avons pas ici h nous demander si Gall a eu tort ou raison de comprendre la vie psychique de la sorte. L'essentiel est qu'il ne peut concevoir un état de conscience, sans imaginer aussitôt des parties cérébrales entrant en activité, et s'engageant dans une série d'actions et de réactions réciproques. Sans des appareils matériels lui permettant de s'exercer, la vie mentale lui paraît inintelligible. « Là où l'on ne voyait que des formes et des fragments mécaniques, nous montrerons des appareils matériels pour les fonctions de l'âme. Sans nous arroger d'approfondir le principe essentiel des facultés, nous démontrerons néanmoins les conditions corporelles auxquelles ces facultés se trouvent subordonnées dans cette vie » (I, préface, p. xiv).

La physiologie du cerveau, c'est donc, sans doute, l'étude de la vie psychique, mais de la vie psychique envisagée, systématiquement, sous le point de vue de ses conditions organiques, réelles

OU hypothétiques. Et c'est là un caractère dont nous ne saurions faire abstraction, tant pour ne pas méconnaître la véritable originalité de Gall, que pour ne pas rompre le lien entre sa psychologie et son organologie.

Reste maintenant à examiner les raisons qui ont amené Gall à faire des phénomènes psychiques l'objet de la physiologie du cerveau et les conséquences qu'il a tirées de cette conception particulière delà vie mentale.

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